Une chronique pour…

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Chaque mois le site numéro 1 du rap français aka www.booska-p.com propose à ses visiteurs une chronique sur un album classique du rap français. Pour le Booska Classic du mois de mars j’ai été sollicité par l’équipe du site pour rédiger un article sur l’album « Le combat continue » d’Idéal J. Voici l’article:

Kery James, Teddy Corona, Rocco et DJ Mehdi à la production, voici la composition de l’escadron Ideal J à l’époque de la sortie du révolutionnaire album intitulé « Le combat continue ». Quatre banlieusards tous issus du Val de Marne, à l’origine d’un des meilleurs albums rap français de tous les temps. Ideal J c’est une équipe affiliée à la Mafia K’1fry, c’est la souffrance et la violence de mecs de cités qui ont toujours combattus l’injustice, c’est un vécu collectif hors du commun, c’est la mort atroce de Las Montana, c’est une brigade frappée par la dureté de la vie. Ideal J c’est des passionnés de rap qui malgré avoir vécu les drames du Ghetto, continuent le combat au service de millions d’autres victimes d’un système qui divise, sacrifie, oppresse et condamne pour mieux régner.

Le combat continue…

Françaises, français, immigrés et enfants d’immigrés. En 1998, le rap français vous a délivré un des manifestes les plus explicite de son histoire. Vous le connaissez tous ou au moins un des articles qui le compose. Ce manifeste s’appelle « Le combat continue ». Je vous l’accorde, cette année là le mouvement rap français foisonnait de sorties d’albums qui ont pour la plupart atteint le rang de « classique » (Opera Puccino, Suprême NTM, Résurrection…) mais avec un contenu aussi fort, des textes aussi engagés et un discours aussi formel, aucun individu ne se verra octroyer de passe droit en disant qu’il n’a jamais écouté cette oeuvre incontournable.

« Le combat continue », c’est l’album qui a sonné le glas, plus qu’un coup de gueule sur instrumental, c’est un coup de poing ferme et revendicatif sur la figure de la France. Un message d’insurgés prêt à en découdre avec l’état. L’étendard est porté haut et fort par Kery James qui rappe de toute sa rage et de tout son être les blessures et la douleur d’une jeunesse victime d’une vie qui ne la satisfait pas. L’éternel conquête du respect, réveiller les consciences quand le sheitan (le gouvernement) mène la danse, plaider la liberté des frères et soeurs incarcérés (J’ai mal au coeur), dénoncer les méfaits des drogues et de l’alcool sur les populations perdues qui s’enlisent à petit feu dans des sables mouvants composés de violence, de ruptures familiales, de dépendance et de perte de toute rationalité (là tout devient abstrait, j’tire un trait sur le respect – « un nuage de fumée »). Comme le dit Kery James sur le titre « Sur violents breakbeats »: une logique s’implique à chacun des titres de l’album.

« Si tu m’demandes c’que j’ferais pour une poignée de dollars c’est comme demander à Chirac c’qu’il ferait pour garder le pouvoir ». Délaissé par le système qui n’a d’yeux que pour ses intérêts, les jeunes sont poussés à user de solutions radicales pour pouvoir subvenir à leurs besoins: Deals, biz, braquages quitte à terminer dans les gêoles de la république. A l’époque, Idéal J accuse sans ménagement un pouvoir qui adoube le diable (illuminati, franc-maçonnerie) et le Menace clairement d’une révolution au cours de laquelle les têtes tomberont comme celle des anciens rois décapités (Evitez feat Daddy Mory). Le combat a commencé, il est sanglant et sans rémission. « Ce n’est que dans la violence que le silence des agneaux sera brisé ». Le discours est clair « le combat » est en fait une Guerre qui vise aussi les autorités militaires et policières. Pourquoi s’allier à un système qui ne veut que ton échec et ton auto destruction? A cette question les révoltés scandent ceci « Je ne veux pas aller au service militaire, dans mon quartier c’est déjà la Guerre, hier encore j’ai souffert de leur violence policière » (R.A.S).

…Jusqu’a la mort (Hardcore)

Le combat continue…Jusqu’à la mort! Plutôt Hardcore comme phrase, n’est ce pas chers co-combattants? « Hardcore », comme le titre phare de l’album, celui dans lequel Kery James a concentré toute la rage qui l’a poussé à enfiler le treillis. « J’vis Hardcore, tu vis Hardcore… Qu’ils essaient pas de nous faire croire qu’aujourd’hui le monde est cool ». Cinéma, boites de nuits, musique, jeux vidéos, sports, shopping, vacances et tous les divertissements possibles, voici ce que les plus hauts placés nous ont offerts pour nous aveugler d’un monde qui part en ruine, un monde de démagogie où les pires cruautés, les pires insanités, les pires vices mentaux font l’actualité, le malheur et le quotidien de milliards de personnes.

Tout est passé au crible: racisme, maladie, bavures policières, esclavage, pédophilie, la conquête de la Palestine, le dévergondage des femmes et des hommes, l’homosexualité, les Guerres, les génocides, la corruption, la prison, l’inégal répartition des richesses mondiales…

Hardcore est le titre le plus cru, le plus radical et le plus vrai du rap français. Même sans voir le clip qui a été censuré pour son contenu trop choquant (réel scènes de meurtres, d’exécution et de Guerres…) vous ne pouvez pas échapper à l’impact mental que provoque chaque rime du morceau. Kery James additionne les faits et les méfaits de notre monde qui n’a fait qu’empirer depuis. Comme si nous étions tous au bas d’une montagne qui nous cache des réalités, avec « Hardcore », Ideal J nous tire violemment Au sommet de celle-ci et nous hurle Avec les tripes « Voyez maintenant, voyez ce monde de fous, et ce sera comme ça jusqu’à votre dernier souffle! ». Comme une montée en puissance à chaque mesure, ce titre c’est le point culminant de l’album.

« Hardcore, comme L.A.S, j’le serai Jusqu’a la mort! ». Las Montana (paix à son âme) était un membre du groupe Intouchable, ami de Kery James, il est mort assassiné sauvagement en 1999. La mort de ce pote c’est aussi l’essence du morceau. Kery James rappe les atrocités de la planète mais au fond c’est sa propre rage, ses propres larmes, sa Haine et sa peine qu’il déclare dans « Hardcore ». Un ami parti comme un martyr à cause des rouages défaillants d’un système qui ne lui a pas permis de s’en sortir. Il n’en fallait pas plus pour déchaîner Kery James. Finalement, le plus écorché de tous ces drames c’est lui, d’ailleurs après cet album Ideal J ne se reformera plus et Kery va par la suite ranger les armes. Prônant l’unité, la paix et la rédemption dans ses albums solos. Mais ne vous y méprenez pas, l’album est un classique et continuera donc d’exister comme ce combat que nous mènerons tous ensemble Jusqu’à la mort!

  

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Franckie Small

Hoodster. Je chausse du 42,5 et je vous emmerde.

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