Tokyo – Joke

Share this post

tokyo jokeElle parait loin l’époque où Joke, alors signé chez Stunts, tentait de se bâtir un nom à la taille de son ambition. Le vent a pour ainsi dire tourné, en témoigne le dernier semestre de l’année 2012, plutôt intense pour le Montpelliérain ! Une apparition remarquée sur le projet « We made it », dont son morceau « MTP Anthem » deviendra le single phare, une signature sur le label Golden Eye Music, à l’origine de cette même compilation, quelques gros clips (« Triumph », « Scorpion remix ») histoire d’accroître un buzz en pleine expansion, un EP plus que prometteur (« Kyoto », chroniqué ici) adoubé par le public, une date explosive dans une Maroquinerie bouillante, ainsi qu’une couleur musicale et un style très affirmés, seront les vecteurs témoignant de son ascension fulgurante. Ascension qui fut d’ailleurs matérialisée par une signature chez Def Jam France (en compagnie de son staff GEMG), pour un album qui devrait voir le jour début 2014. La suite n’a pas non plus été de tout repos ; les six premiers mois de l’année en cours lui ont permis de se préparer à une nouvelle étape d’envergure : concevoir un deuxième EP au moins à la hauteur du premier.

En cette fin de printemps, où le soleil tarde à se montrer, Joke se voit donc à nouveau propulsé au cœur des débats. La raison tient en un seul mot : « Tokyo » ! Le 27 mai 2013, Joke a ainsi droppé le deuxième volet de sa « saga japonaise », et s’il n’en est toujours qu’au début de sa carrière, il se retrouve aujourd’hui dans une toute autre position. De rookie au fort potentiel, notre MC est désormais considéré comme l’un des plus solides espoirs du rap game francophone. Forcément attendu au tournant, les enjeux que réservent ce nouvel EP ne sont pas anodins ! Intéressons-nous donc à son contenu.

Au vu des trois premiers extraits dévoilés avant la date de sortie, les supporters de l’Héraultais avaient de quoi être rassurés. Dans la continuité des singles du premier volume, « P.L.M » est un banger efficace, dont le refrain et les nombreux gimmicks entrent facilement en tête. Des sonorités électroniques, limite stridentes, s’entremêlent à des bruits de sirènes sur une rythmique soutenue. Joke y livre un flow speed, plein de tonicité, et son humour un brin arrogant est toujours aussi palpable : « Je vais tous les victimiser comme ce petit garçon qui a deux pères ».  Le visuel, soigné comme son habitude, fait la différence. « Django » n’est pas mal non plus dans son style, même si le délire aurait pu être poussé encore plus loin (un visuel Western ?). Le clip est intéressant (notre protagoniste y déambule dans les ruelles du quartier Château-Rouge, tel le héros du dernier Tarantino dans les états sudistes), et la production, bien que dans un tout autre registre (beaucoup plus soulful), est assez efficace. Mais c’est finalement dans le domaine où il excelle généralement le plus qu’il ne convainc que partiellement : le refrain, un peu trop répétitif à mon goût, finit par lasser après quelques écoutes. La bonne surprise de ces « amuse-gueules », avant l’arrivée du plat principal, vient d’un extrait dévoilé sans le clip il y a de cela un bon mois : « Tokyo Narita ». Blastar nous pond une instrumental de haute volée, très électro (allez jusqu’à l’outro qui vaut vraiment le détour !), collant parfaitement à l’univers futuriste du Montpelliérain. Lui, d’ailleurs, n’en fait qu’une bouchée et invite l’auditeur à adopter pleinement sa direction artistique.  « Jokeezy reprend du service », il étale ses ambitions et sa détermination sans faille qui l’amènera à trôner au sommet du rap français : « J’suis pas là que pour l’oseille, j’viens réaliser des rêves » ou encore « Personne n’y échappe, j’suis là pour des années ». Magnifié par des images captées sur la terre qui l’influence tant (le Japon), Joke lâche selon moi l’extrait le plus solide de la pré-sortie. Voilà de quoi aborder sereinement ce nouvel opus et rassurer les sceptiques. Une question trotte cependant dans ma tête : le reste sera-t-il à la hauteur ?

L’intro joue parfaitement son rôle, à savoir nous faire pénétrer dans le disque en douceur : une prod très soul et posée sur laquelle notre rappeur exerce le flow nonchalant qu’on lui connaît, agrémenté de quelques phases bien salaces : « J’l’imagine en vrette-le si elle me fait un sourire ». S’en suit un morceau très intéressant, avec l’un des plus gros noms que ce rap français ait compté, j’ai nommé Lino, sur « 501 lunettes Cartier ». Après les featurings très street du premier opus (Niro et Mac Tyer), Joke prouve qu’il a le respect de ses pairs en s’offrant l’une des plus belles plumes de l’hexagone. Le beat, réalisé par Richie Beats, est lent et peut surprendre dans un premier temps, mais Joke le prend à contrepied en rappant de manière rapide et saccadée sur les couplets tout en ralentissant la cadence sur le refrain. La moitié d’Arsenik nous livre ce que tout le monde attend : de phases lourdes de sens dans une ambiance particulièrement sombre. La combinaison est surprenante au premier abord mais prend tout son sens après quelques écoutes.

Le temps fort du projet est incontestablement atteint sur « Louis XIV ». La prod concoctée par Gucci Vump, duo de beatmakers composé de du DJ électro Brodinski et de Guillaume Brière (the Shoes), est l’une des meilleures du projet et comme à son habitude, Joke la dompte avec une insouciante arrogance. Si vous êtes toujours à la recherche d’une quelconque forme de conscience chez Joke, passez votre chemin. Le Montpelliérain est un entertainer qui s’assume. Des sonorités digitales, on passe aisément aux samples, comme sur « Max B. » (annonçant de manière un peu racoleuse « starring Max B. » qui n’effectue au final que l’outro) ou « Aurore Boréale », où apparaissent ses amis de toujours, Les Monsieur (Titan et Bip’s). Pour ma part, ce dernier morceau est un ton en-dessous, tout d’abord car ses compères n’ont pas encore le charisme nécessaire pour se distinguer sur un projet de cette envergure, mais également car une fois de plus, le refrain est un peu trop « facile ». Quant à « Max B. », il rappelle un peu le titre « Journée » dans son aspect très laid-back et Joke se permet de glisser quelques perles : « J’veux une statue de moi et une salope qui la masse ». « 3-4 », incisif dans la forme, est un titre de bonne facture, qui le place dans une posture un peu plus agressive : « Si on vise on shoot dans les casquettes ». La touche asiatique qu’un projet nommé « Tokyo » se devait de comporter est bien évidemment présente sur « Tokyo Narita », mais également sur « Harajuku ». La mélodie de ce dernier a le don de faire voyager et Joke y varie les intonations de manière intéressante. Le bonus track voit intervenir le rappeur californien Fashawn sur un instrumental très musical, où Joke chantonne le refrain avec brio.

L’heure est au bilan, et force est de constater que Joke n’a pas déçu. Son choix de productions est une fois de plus quasi-parfait avec un très bon équilibre entre les bangers et les morceaux plus calmes. Aucun son ne se ressemble, mais tous s’emboitent parfaitement. S’il avait déjà affublé « Kyoto » d’une couleur musicale très intéressante, je dirais que « Tokyo » est dans la même lignée mais en mieux. Son sens de la formule est toujours aussi poignant, avec de nombreuses phases bien marrantes qui restent en tête après écoute. Attention cependant à ne pas sombrer dans la facilité (sur les refrains), ni à donner l’impression de tourner en rond (d’un point de vue général), même s’il ne s’agit là que d’entertainment. Pour les raisons exposées plus haut, les featurings sont assez inégaux, mais Joke a le mérite de faire la passe à son entourage proche. Hormis ces quelques points faibles, mission accomplie avec « Tokyo » qui est un bon projet. La suite d’ici quelques temps, avec un long format qui sera à coup sûr très attendu, et l’intéressé en a pleinement conscience : « Les négros vont se gratter les veines pour les 16 titres ». Affaire à suivre !

Renaud M.
4
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=ApCt_MNWzno]

Pour vous procurer l’EP, ça se passe ici, et si vous souhaitez voir Joke en concert, les dates sont disponibles ci-dessous !

tokyo tour

Share this post

Renaud M.

J'écris sur les autres, pas sur moi.

6 comments

Add yours
  1. hiphopadict 10 juin, 2013 at 21:08 Répondre

    Le mec ce veut charismatique mais c’est du vent !

    Lyrics en carton, attitude nonchalante poussé à l’extreme comme si il rappait comme RAKIM (ce n’est pas vraiment le cas loin de là).

    Ce mec c’est un sapin de noel, du bling bling mais rien derrière.

    Il faut reconnaitre par contre qu’il propose des clips très propre et que ses productions sont bien choisie, ça colle a son univers. En bref c’est cohérent, c’est juste dommage que le mec n’ai pas de talent.

    Si c’est ça le futur du rap français ….

  2. b2zo-almendha 30 mai, 2013 at 23:40 Répondre

    4/5 pour moi aussi.
    J’adore l’univers de Joke et certains punchlines sont énormes !
    Musicalement c’est du bon boulot également.
    Bref, j’attends son véritable premier album avec impatience en espérant qu’il reste dans le même registre.

  3. Roscoe 29 mai, 2013 at 15:52 Répondre

    J’le trouve trop banal comme rappeur ce mec… J’arrive pas à voir en lui le futur du rap français. Son flow est pas mal mais soulant à force. Il donne l’impression d’être blasé !! Et puis je rejoins @Papi sur le fait qu’il tourne en rond. Ses phases sont les mêmes, ses textes se répètent (comme ses refrains) et il est toujours, ou presque, dans l’égo-trype. J’attends de voir/d’entendre ce gars sur un son qui me fera vraiment kiffer de ouf et là, peut être que je commencerai à le considérer autrement qu’un mec qui a fait polémique dans un clip où il fait poser une bonne soeur en string lol.

  4. Papi 29 mai, 2013 at 00:35 Répondre

    Papi les goûts et les couleurs sa se discute pas t’aime pas c est ton problème mais vient pas dire au gens ce qu’il doivent écouter je suis sur que la moitié des rappeurs que tecoute je ne les écoute pas ,mais jvai pas dire qu il font de la merde parce que je n aime pas donc passe ton chemin écoute pas et c est tout perso je valide les 2 deux ep son tres bon et il n y’a pas Qu ici quon le dit
    sa change de ce que l’on n’a l habitude d écouter et je lui souhaite de tout éclater merci basquette blanche pour la chronique

  5. Papi 28 mai, 2013 at 21:46 Répondre

    Les refrains vous les trouvez répétitifs mais pas les morceaux ?

    Autant les prods sont bonnes autant les lyrics de ce gars sont des blagues sur papier cul.

    Son flow est fatiguant au possible et ses lyrics ne sont vraiment pas variés. C’est répétitif au possible et ça depuis le début avec Joke. Si c’est ça l’avenir du rap français on est pas dans la merde.

    A part Guizmo qui a des textes qui sont vraiment travaillés, cette génération de rappeur pue la merde. Et vous l’encouragez. Quel bordel

Post a new comment

Connect with Facebook