Rééducation – Niro

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Niro - Rééducation« Rééducation », c’est le deuxième projet de l’un des MC français, les plus prisés de ces deux dernières années (je cite: « Chaque compile qui sort depuis 2 piges, y’a mon blaze dessus », qui conteste ?). D’ailleurs, il le dit lui même  sur le titre « Jihan » qui clôture le projet: « Le meilleur de ma génération, trop la dalle cousin ». Il faut l’admettre, il est difficile de dire le contraire, lorsqu’on voit l’engouement autour de la sortie du dernier projet de Niro et surtout l’énergie qu’il fournit dans chaque morceau voir même à chaque rime. Sortie chez Street Lourd (Teddy Corona, DJ Mosko & Mista Flo), « Rééducation » c’est la dernière étape avant l’arrivée du projet « Miraculé » que Niro annonçait déjà dans sa première galette intitulée « Paraplégique ». Je ne sais pas s’il est nécessaire de le rappeler mais les titres des projets de Niro font référence à une suite logique, en gros le rappeur est arrivé comme un « Paraplégique » et si ça marche il deviendra « Miraculé » (c’est métaphorique, commencez pas à sortir des rumeurs !). En attendant, il faut passer par la « Rééducation » et on va voir si Niro aurait mieux fait de rester au statut de « Paraplégique ».

Tu voulais du suspense ? Ben non, y’en aura pas. « Rééducation », c’est la suite logique et réussie de « Paraplégique ». Pas plus tard que dans « Faut les sous », le morceau introductif du projet, on sent la détermination de Niro. Le MC originaire de Blois (je le rappelle pour ceux qui savent pas) exprime sa dalle dès le départ. Tout en restant authentique, Niro montre son envie d’évoluer, de faire du cash et de mettre bien ses proches. C’est avec un flow crapuleux et une fougue atroce, que Niro raconte sa position parmi les têtes d’affiches du rap français en seulement un projet. Je ne vois pas lequel des autres morceaux aurait pu introduire le projet, tellement « Faut les sous », résume l’état d’esprit de Niro et sa soif de « tout niquer » (vous m’excuserez du terme, vous dites pire à vos potos !).

Ceux qui pensaient qu’avec un nouveau projet, Niro retournerait sa veste, se sont trompés. Le flow du rappeur est toujours aussi racailleux, les textes puent le bitume et la rue. Ce qui est vraiment bon dans tout ça, c’est la faculté de Niro a élever ses thèmes et ses sonorités tout en gardant son éthique de départ. Ghetto youth il était sur « Paraplégique », ghetto youth il reste sur « Rééducation ». Ça parle du ter-ter et de tout ce qui gravite autour: l’argent, les galères, la grinta (détermination), les meufs, la prison, le rap, la fume, le mauvais oeil… En gros, les thèmes abordés par Niro sur ce projet sont ceux qui le représentent lui, sa mentalité et son vécu. Ce qui ressort de « Rééducation » ce sont les messages positifs que Niro fait passer avec un certain franc parler. La détermination est palpable du début à la fin du projet. C’est comme si le gars te dit d’arrêter d’être en chien, de bouger ton boule, de faire du cash et de te barrer mais sans prendre de pincettes. Chaque morceau est une mise en garde au rap français et aux auditeurs, qu’ils écoutent par envie ou juste pour entendre ce que Niro raconte pour mieux rager.

Les titres qui élèvent le projet sont « Laisse pas trainer ton fils » feat Mac Tyer, « Faut les sous », « Fiers de nous », « Les mains sales », « N.I.R.O », « On s’comprend », « Encore un » et « Poussez vous ». Le reste est bon mais le cran est au dessus pour les titres que je viens de citer. Pourquoi ? Parce que le feat avec Mac Tyer est une bonne réadaptation du titre éponyme de NTM, le message est visiblement le même qu’à l’époque mais les flows et les sonorités ont changé. Pour les autres titres c’est soit le thème et son interprétation qui m’ont parlé soit les flows et la technique de Niro qui ont fait mouche. Difficile de dire du mal de ce projet, car quand on a vécu un minimum en quartier, on sent que le mec a vraiment vécu le terrain. De plus sa manière de le raconter est bien exécutée à tous les niveaux (punchlines, rimes, énergie, références, attitudes…). Tous les éléments sont réunis pour faire un bon projet que ce soit l’équipe qui l’entoure (Street Lourd), son flow, ses textes et la façon d’emmener les choses à nos oreilles.

Parlons-en d’ailleurs des sonorités « Trap ». C’est ce qui marche depuis quelques années mais c’est aussi le style qui habille le mieux, la voix racailleuse de Niro. Les productions sont puissantes et toujours bien choisis. Même le titre « Laisse pas trainer ton fils » qui sample, l’original du groupe NTM est bien travaillé. Je m’attendais à un truc grotesque ou trop ressemblant mais le résultat est bien dosé finalement. Et même quand Niro s’associe à Isleym et que la mélodie pousserait à croire que le rappeur va nous sortir un flow plein de retenues, le gars garde la même verve que sur un titre comme « Pas d’blaah » feat Koro ou « Ghetto Star Killer » feat Juicy P (LMC Click). Le message change mais la gouache reste la même. Globalement, s’il y a une remarque à faire, c’est quand même sur le manque de variété des instrumentaux. Le côté trap domine et même si les prods sont différentes, on a l’impression d’être enfermé dans un même univers sonore de bout en bout.

« Rééducation » est certainement l’un des meilleurs projets rap français de ses 6 derniers mois. Niro a fait le boulot et seuls les sourds vous diront le contraire. Peu de featurings sur ce projet. Niro a privilégié ses textes et s’est laissé de l’espace. Ceci dit, il a quand même partagé de son gâteau avec des mecs moins exposés mais méritant comme Juicy P, Koro, Senskara, Boush.B ou Mays. Pour rappel, Mac Tyer et Isleym sont aussi invités sur le projet. Plutôt que de blablater encore des lignes et des lignes, je vous conseille de vous procurer « Rééducation » si ce n’est pas déjà fait. En terme de rap français, même si les thèmes, l’argot et les références de Niro, parleront plus particulièrement à ceux et celles qui vivent ou ont vécu le quartier, il s’agit d’un très bon produit. « Je suis pas sur le trône, cherche pas à me détrôner », c’est les lyrics de Niro sur le titre « On s’comprend ». En effet ce serait prématuré d’asseoir Niro sur le trône (Si trône il y a) alors qu’il en est aux prémices de sa carrière mais à cette allure et par la force des projets même s’il le renie, le gars est bien parti pour le prendre. Affaire à suivre…

Note:

quatre

 

 

  1. Faut les sous
  2. On s’comprend
  3. Ghetto Star Killer (feat. Juicy P)
  4. Fiers de nous
  5. Ils le savent
  6. On arrive
  7. Poussez-vous
  8. Encore un
  9. Laisse pas trainer ton fils (feat. Mac Tyer)
  10. Pas d’blaah (feat. Koro)
  11. Né pour vaincre (feat. Isleym)
  12. Un mal pour un bien
  13. Follow Me
  14. Les mains sales
  15. N.i.r.o
  16. Hood Story (feat. Senskara & Boush.B)
  17. Tout ça pour un kwaah (feat. MAY’S)
  18. Jihan

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Franckie Small

Hoodster. Je chausse du 42,5 et je vous emmerde.

1 comment

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  1. b2zo-almendha 18 juin, 2013 at 21:40 Répondre

    4/5 pour moi aussi.
    Je trouve, contrairement à toi, que le fait que l’album est sur presque tous les sons les mêmes sonorités est un plus, ça rend le projet homogène et c’est dans l’esprit de Niro.
    Pour moi c’est un très bon album. Seuls 2 titres ne m’accrochent pas du tout : Un Mal Pour Un Bien et Encore Une Fois. Pour le reste c’est du tout bon, ça tourne dans ma voiture.

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