[Portrait] Take A Mic – Envoie !

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[Portrait] Take A Mic – Envoie !

front évolutionSi « 9.4 c’est le barça », Take A Mic est à Orly ce que Andrés Iniesta a été au club catalan : pas la plus grande star mais une pièce importante du puzzle. Distribuant les freestyles comme des passes décisives, il est un des rares rappeurs français à s’être emparé de la plateforme SoundCloud pour partager sa musique. Derrière une « vestuelle » s’écartant du sens commun se cache un personnage réfléchi et avisé, conscient de son art et bien décidé à asseoir sa notoriété. Développant ses compétences au fur et à mesure de ses projets, il a su petit à petit se réinventer et se perfectionner pour atteindre le niveau qu’on lui connaît actuellement. À l’aube de sa nouvelle évolution, je suis allé rencontrer Take A Mic, rue Beauregard, dans un de ses fiefs parisiens. Deux chaises, un dictaphone. Envoie !

« Take A Mic, rappeur de 22 ans. J’ai grandi à Orly, j’ai déjà sorti 4 projets solo et 2 projets en groupe. Je prépare le 5ème »

Les présentations sont faites, les points sont sur les « i ». Take A Mic, pourtant natif du Val-de-Marne, découvre le rap de l’autre côté de l’Atlantique. Son premier souvenir d’enfance lié au rap est New-Yorkais : « J’étais super jeune. La première fois que j’ai écouté du Nas c’était à Harlem, j’avais 9 ans. J’écoutais Stillmatic sur la chaîne hifi de mon oncle » Bercé par les rimes de Nasir Jones, il n’était âgé que d’un an lorsque le rappeur de Brooklyn sortait son premier opus et marquait à jamais l’histoire du rap. C’est donc logiquement qu’il fait ses classes sur le 5ème LP du Nasty Nas et très vite apparait l’envie de s’emparer du stylo et de gratter ses propres rimes. Premier texte écrit à 12 ans, il entrera deux années plus tard en studio pour enregistrer son premier morceau.
L’orlysien grandit dans ce qu’il définit comme « un fief du rap français ». Au moment où il commence le rap, beaucoup de petits groupes prolifèrent dans sa ville. Il fait donc le choix logique d’entamer une carrière en solo. À 17 ans, son premier projet « Mauvaises Habitudes Vol.1 » sort en téléchargement gratuit sur internet.

« Le tout premier morceau que j’ai enregistré c’était un test. Dès mon deuxième morceau, j’ai pris les choses au sérieux. » Peu inspiré par le rap français de l’époque, il se tourne vers les sonorités qui sévissent outre-Atlantique. Si sa première mixtape passe plutôt inaperçue, l’objectif qu’il s’est fixé de « montrer aux gens que je sais rapper » est rempli. Il en sera de même 1 an plus tard pour la sortie de « Mauvaises Habitudes Vol.2 ». C’est avec ses 3ème et 4ème projets que Take A Mic passe un premier cap : « Résolutions c’est la même chose mais en plus carré. Convictions arrive juste après et on essaye d’enfoncer le couteau dans la plaie. On essaye de confirmer que le travail est bien fait. » Il ajoute : « Les deux premières ce sont des vraies mixtape. Les deux autres aussi parce que je les offre aux gens, elles sont disponibles gratuitement. Mais en dehors de ça c’est plus réfléchi, c’est taffé comme un vrai projet. »

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« Quand j’ai vu l’énergie qu’il y avait au sein du groupe j’ai pas hésité »

Fin 2011, 3010, rappeur alors à la tête du crew Eddie Hyde, tombe sur « Mauvaises Habitudes Vol.1 » et contacte Take A Mic. Visiblement séduit par son style et ses qualités microphoniques, il lui propose de rejoindre le collectif « Au début j’étais pas chaud mais quand j’ai vu l’énergie qu’il y avait au sein du groupe j’ai pas hésité. Ce sont des bosseurs. Ce soir-là (le soir de leur rencontre, ndlr), on a fait une mixtape en 24h. » L’histoire du projet « Heat Wave + » s’étale sur un jour et une nuit. À peine intégré au sein de l’équipe, le travail amorcé avec cette dernière attire la lumière sur le crew et leur forge une solide réputation. Bien que déjà engagé dans une carrière solo, le « hyder » fraîchement titularisé comprend à cette époque-là l’intérêt que peut apporter son association à un crew de ce type : « Une force déjà, mais aussi de la musicalité. Souvent le type de prod qu’ils choisissent n’est pas mon standard de prédilection. Quand faut travailler sur ce genre de prod, faut trouver un flow, faut y aller. Ça fait partie des choses qui font que je pense être tout terrain aujourd’hui. C’est de l’entraînement d’être avec Eddie Hyde. »

Bien conscient de faire partie d’un collectif avec une tête surexposée comme 3010, Take A Mic n’en demeure pas moins assoiffé de reconnaissance. Empli de respect à l’égard de son teammate, figure de proue du Eddie Hyde Gang, le Val-de-Marnais est aussi très lucide par rapport à sa propre condition et ses ambitions « 3010 il a réussi en quelque sorte. Nous on est 10, on a chacun nos rêves. Si les gens pensent qu’il y a un écart, faut le rattraper en taffant. C’est à nous de resserrer l’étau. 3010 je l’ai toujours vu comme un génie mais quand je le regarde je me dis que si il est capable de faire ça, j’en suis aussi capable. C’est une force. »

« Tout ce que j’ai fait jusqu’à maintenant c’était de l’entraînement »

Fort de ses nouvelles certitudes à la suite de sa 4ème mixtape, Take A Mic va opérer un léger changement dans son approche de la musique : « Après Convictions, je me suis mis à vraiment écouter l’avis des gens par rapport à ma musique. J’ai aussi beaucoup écouté de musique pour voir ce qui se faisait en ce moment sans pour autant tenter de faire la même chose. J’ai essayé de travailler la musicalité, de corriger certaines choses comme des couplets trop longs ou des refrains qui ne frappent pas assez. » Son sens de la musicalité et sa science du refrain décuplés, il va faire appel à ses « partners in crime » Baxter et GRTZKY afin d’amorcer son évolution. Bien vite, un engouement se fait sentir : « Je l’ai senti aussi pour Résolutions, mais c’est vrai que là il est plus intense avec Évolution. C’est simple, l’erreur qu’on avait faite sur les autres projets c’est qu’on prenait trop de temps et qu’il n’y avait pas assez de visuels. Pour Évolution on a mis tout ça à jour. » Évoluant en marge de la déferlante trap, il développe une image et un son qui lui sont propres. Cette singularité va devenir son principal atout et sera à l’origine du thème du 3ème extrait d’« Évolution », sa cinquième mixtape solo.

« Autour de moi y a que des clones, tout le monde est différent sauf dans le rap jeu » Tirée de « Transparent », cette phase résume bien l’humeur et la détermination sous-jacente de Take A Mic alors qu’il s’apprête à sortir son prochain projet. Passer inaperçu et ne pas être apprécié à sa juste valeur. Deux questionnements qui font office de trame du morceau et qu’il tente d’effacer avec sa musique. Lorsque je lui demande si ce morceau est porté par un ressenti objectif, sa réponse est sans équivoque : « Bien sûr ! Et des raisons il y en a mille. Des fois j’ai l’impression que certaines personnes se voilent la face. Ils ne veulent pas admettre que ce que tu fais c’est lourd. Et c’est valable pour tous les domaines, pas seulement la musique. » Derrière toute la haine verbale déversée dans ce titre se cache un besoin de transmettre. Une volonté sincère de véhiculer un esprit de combativité et d’acharnement. « Le message que j’essaye de transmettre aux gens c’est que si tu te concentres sur le truc que tu veux faire, peu importe quoi, tu vas y arriver. Tu vas forcément obtenir quelque chose au final. Je me sers de mon parcours musical pour communiquer ça aux gens. »

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« Continuez à donner de la force »

Take A Mic s’apprête à sortir ce qui pourrait bien être son projet le plus abouti. Arrivée à maturité, la forme finale d’« Évolution » sortira le 28 octobre en téléchargement gratuit. La fin d’un cycle. La suite des évènements ? Défendre son projet, tourner au maximum, travailler encore plus. À seulement 22 ans, Take A Mic a déjà tout d’un grand et les cartes en main pour le devenir. C’est en tout cas ce qu’on lui souhaite. Envoie !

La mixtape « Évolution » est disponible en téléchargement gratuit ici.

Toni S. pour Baskets Blanches

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Toni S.

Dans la matrice comme Néo. Peu d'élus dans nos milieux. Paris East-Side

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