DOSSIERS SPECIAUX Slider — 28 janvier 2012
Portrait – Sam’s « Le Gesteur en Go Fast »

Portrait – Sam’s « Le Gesteur en Go Fast »

Le débat a été abordé maintes et maintes fois, mais le constat reste le même : plutôt dur, voir même très dur de se faire un place dans le paysage du rap français lorsque l’on ne vient pas de l’axe Paris/Marseille.

Paris, ville lumière, centralise la grande majorité des évènements Hip Hop de l’hexagone, et c’est bien peu le dire : tous les gros concerts, soirées, émissions de radio diffusées à l’échelle nationale se déroulent dans la capitale. Il ne se passe pas une semaine sans qu’un événement Hip Hop, quelle qu’en soit la forme n’ait lieu (ce qui n’est pas pour nous déplaire à la rédaction de Baskets Blanches, rassurez-vous!). Chaque ville/département d’Ile de France possède son lot de rappeurs ayant laissé leur empreinte sur le rap français, ouvrant ainsi la voie aux générations montantes. Il en est de même pour Marseille qui, dans une moindre mesure, a réussi à pérenniser le mouvement local, par la création de structures et la signature de nouveaux artistes sur ces mêmes labels. Immanquablement, les rappeurs occupant le devant de la scène contemporaine sont majoritairement issus de ces deux villes. Mais qu’est-ce qui différencie le rap parisiano/marseillais (l’association était trop belle, pour ne pas être tentée!) de celui du reste de la France ? L’exposition, la médiatisation, la crédibilité, le talent…? Car ne nous voilons pas la face, il existe malheureusement une barrière profondément ancrée dans l’inconscient de l’auditeur de rap lambda : le rap, et accessoirement les histoires de quartier, demeurent plus crédibles dans la bouche d’un francilien ou d’un phocéen que dans celle d’un « provincial »… Triste analyse lorsque l’on se remémore les classiques de NAP ou KDD, qui ont tous deux fièrement défendu les couleurs de leurs villes respectives, Strasbourg et Toulouse, à la fin des années 90/début 2000. Et si l’on observe le mouvement d’un peu plus près, cette théorie a vite fait d’être remise en question, vu l’activité de MCs talentueux opérant aux quatre coins de la France : Demi Portion à Sète, Médine au Havre, Bakar à Chartres, pour ne citer qu’eux… ou encore Sam’s du côté de Bordeaux.

« Le 33 s’exporte ! »

Sam’s est originaire du 33, et plus précisément de Floirac (banlieue proche de Bordeaux), quartier Dravemont. Il fait ses premiers dans le rap très tôt, à l’âge de 12 ans, influencé par un cousin à lui de Paris qui rappe déjà à l’époque, mais essentiellement en mode « impro/chambrette ». Ce sont surtout les grands de son quartier « Le Kartel » qui lui donnent l’envie de prendre à son tour le micro. À l’age de 13 ans, il fonde le groupe « Le Square » avec des amis d’enfance. Faute de moyens, l’accès au studio pour maquetter des sons se fait plutôt rare, c’est donc sur scène que le groupe affute ses armes, en effectuant la première partie de tous les « gros » qui se produisent dans la région. Vous l’aurez compris, Sam’s fait partie d’une génération qui a pu exister avant tout grâce à la scène : « A l’époque, c’était vraiment pas évident d’enregistrer, donc les morceaux que l’on composait, c’était dans l’unique but de les jouer en concert. », nous explique-t-il. Quelques années plus tard, il poursuit son bonhomme de chemin en solo, et fonde aux alentours de 2005 le label Ecliptic Music, avec Dony & Warn qui assurent les productions. Cette période coïncide avec le fameux Indépendance Tour (tournée nationale de Sinik, Tandem et L’Skadrille), dont Sam’s assure la première partie à Bordeaux. Coup du destin, sa prestation est filmée et tombe entre les mains de Philo, manager de Youssoupha et fondateur du label Bomayé Music, grâce à une amie qu’ils ont en commun. Impressionné par ce qu’il vient de découvrir, Philo entre en contact avec le MC Bordelais, et après divers échanges, l’introduit à à Tefa et Masta : « A cette même période, ils préparaient Hostile 2006, j’ai donc eu la chance de poser dessus. Ça m’a permis de me faire un nom en dehors du 33 et de rencontrer certaines personnes. ». Par certaines personnes, vous l’aurez compris, il pense avant tout à Youssoupha, car il s’agit bien là d’une des rencontres qui déterminera la suite de sa carrière. Les deux rappeurs se lient d’amitié, si bien que le Bordelais en viendra à l’accompagner par la suite lors de ses futures tournées.

« En attendant demain »

En parallèle, Sam’s, véritable couteau-suisse, entame une carrière d’acteur et lance avec ses potes du quartier une série de court-métrages, par l’intermédiaire d’une association locale : « On avait pas d’autres prétentions que de rigoler entre nous et donner une autre image du quartier, au lendemain des émeutes. », nous confie-t-il. « On diffusait ça sur Internet, puis certains producteurs sont tombés sur ces vidéos. ». C’est la naissance d’ « En attendant Demain », gros buzz du web, qui sera diffusé à plusieurs reprises sur Canal Plus, et qui donnera même lieu à un long-métrage. Plus tard, Sam’s aura l’occasion de jouer dans plusieurs téléfilms (dont « Les beaux mecs »). Il nous apprend par ailleurs qu’un autre projet cinématographique est en cours, avec l’équipe d’ « En attendant demain » et qu’il devrait sortir d’ici un an (« Dégage »).

« Go Fast Mixtape »

Revenons-en à sa musique, car sans dénigrer ses talents d’acteur, c’est principalement ce qui nous intéresse aujourd’hui. Et matière à discussion il y a ! En 2009, après avoir rencontré les membres de la Bomayé Team, Sam’s sort son album solo « Un nouveau jour, un nouveau billet », première galette qui fera office de carte de visite. Cette année est plutôt faste pour lui, car il assurera un grand nombre de premières parties, et pas des moindres : Method Mand, DMX, pour ne citer qu’eux, puis Youssoupha, lors de sa date historique à la Cigale en 2009. En 2010, il accompagne le lyriciste bantou dans chacune des dates de sa tournée. Puis vient 2011 et la fameuse « Go Fast Mixtape ».

« Le concept était simple : j’ai voulu mettre en parallèle l’univers du charbon et des « go fast » avec celui de ma musique. ». Le mot d’ordre était donc de créer une ambiguïté autour de l’univers de la vente de drogue et de la vente de CD. A aucun moment ni arme, ni drogue n’ont été divulguées lors des différents teasers annonçant la tape. « Attention ! » nous prévient-il, « Je ne prétends pas être qui que ce soit à travers ce titre. Pour moi, le rap c’est avant tout des concepts, agrémentés par un vécu personnel. Il faut être capable d’incarner un personnage tout en puisant de ses propres expériences. Un peu à la manière de ce que j’ai pu faire dans « En Attendant Demain », finalement. ». Car ce qui transparait de cette conversation, c’est que ses expériences d’acteur l’influencent jusque dans sa manière de réaliser sa musique : « Pour moi le rap doit être interprété. Ce n’est pas le tout de rapper ses phases, il faut pouvoir les transmettre à l’auditeur telles qu’on les ressent. Par exemple, si je balance une phase un peu crue, elle fera plutôt sourire si j’y mets la forme, le flow, si je l’amène en « gestant ». » [Si à ce point précis, vous vous demandez toujours ce que signifie « gester », je vous invite à consulter les différents articles/interviews qui ont accompagné la sortie de « Noir Désir », ce sera plus simple !]. Bousillé par le cinéma et les séries, Sam’s s’autorise de nombreuses références cinématographiques, notamment à la cultissime série américaine « The Wire » : « Mon aka, c’est Marlo Stanfield ! », plaisante-t-il. « Plus sérieusement, cette série est tellement réaliste, tellement bien ficelée à tous les niveaux, qu’il est parfois plus pertinent de faire un parallèle avec certains épisodes pour mieux illustrer ma pensée. ».

L’interprétation, d’accord, les références, ok, mais qu’en est-il du visuel ? La réponse fuse : « C’est primordial ! Un morceau comme « Tetris » par exemple (featuring Youssoupha et S-Pi, NDLR), il a encore plus été validé par le public, car le visuel interpelle, au delà du son en lui-même. ». Vous l’aurez compris, sous ses allures de mixtape, le projet « Go Fast » est en réalité très travaillé : « Il s’agit d’un mélange de sons sur faces B et de productions originales, mixés par DJ Scretch. J’ai pu inviter les gens qui me tenaient à cœur, car le format d’une mixtape est plus libre, moins strict que celui d’un album. ». On peut donc retrouver sur cette tape des rappeurs tels que Sofiane, Redk, S-Pi, Kozi, Youssoupha, Kalash l’afro, et quelques rappeurs bordelais dont Fello, Nux, Denza et Dybai, pour ne citeur qu’eux.

« Le Gesteur »

Youssoupha, lors d’une interview récente, nous confiait qu’être aux côtés de Sam’s et S-Pi, lui permettait de retrouver son côté « gesteur », qu’il mettait parfois de côté pour des morceaux plus sérieux. Comment lui donner tort après avoir passé un moment aux côtés du MC bordelais, dans un studio de Planète Rap enfumé à coups de grosse bouffées sur sa chicha de poche, saveur menthe/pomme (oui oui, apparemment il ne se déplace jamais sans sa chicha !) ? « Il est vrai que Youss « geste » moins dans le côté street. », rigole-t-il. « Mais pour ma part, même si finalement je rappe le quartier, je pense qu’en venant de province, j’apporte quelque chose de différent. Ce n’est pas la street pour la street. Je suis plus détendu, on va dire. » Éclats de rire. Son sentiment sur le fait de vouloir percer dans le rap, sans venir de Paris, n’a rien de surprenant : « C’est forcément plus dur, car tout de passe à Paris. ». Mais il soulève un point très intéressant : « En fait, ici, si tu ne viens pas de Paris ou de sa banlieue, il faut d’abord que les gens t’acceptent en tant que rappeur. Car les gens pensent que les choses qu’on vit en dehors d’Ile de France, c’est forcément moins dur. Et je vais aller plus loin, c’est même plus difficile pour nous, car on est plus isolés. ». La scène bordelaise, bien que méconnue, est très active et possède son lot de talents cachés : quelques producteurs qui font parler d’eux comme Kilogramme ou Pandemic, et des groupes qui ne demandent qu’à exploser comme Ghetto Brut Collabo ou H.L.M Crew. « Mon objectif est de devenir autonome à 100%, afin d’être en mesure de développer des choses dans ma ville. »

Ses influences musicales sont très larges, mais résident avant tout chez nos confrères outre-atlantique : époque Death Row, période Queensbridge et plus récemment Atltanta ou Miami. Il affectionne particulièrement la Soul, pour son atmosphère, son ambiance, « tragique doux », pour reprendre ses mots. Côté rap français, comme bon nombre d’entre nous, il retient avant tout l’époque Time Bomb, Idéal J ou l’épopée marseillaise « Côté Obscur » (FF, 3ème oeil, etc.) : « Je retiens vraiment cette période, car c’était vraiment représentatif de ce qu’on vivait dans le sud. Quand j’entendais le Rat rapper, ça aurait très bien pu être mon voisin de palier. C’était des gars comme nous. ». Aujourd’hui, il ne suit pas d’artistes en particulier, mais prend plutôt les morceaux un par un, comme le dernier Despo Rutti par exemple.

L’actualité à venir est plutôt chargée pour Sam’s. Après des featurings remarqués, notamment son apparition sur « Gestelude Part.1 », Il nous livrera environ un morceau par mois (vous pouvez déjà écouter « Déraciné » ici), en attendant le Concept Followerz « Je rappe comme je twitt », qu’il balancera sur Twitter d’ici peu. En mai 2012, nous devrions avoir une digitape à nous mettre sous la dent, en attendant l’album prévu pour fin 2012/début 2013. Aficionados d’Ecliptic Music, 2012 s’annonce chargée et Sam’s s’apprête à envahir vos Ipods et écrans ! #Sachezle

« Fuck leur discipline, mec la force est dans le Geste ! »

Peace !

Renaud M.

Fais tourner !

Check ça aussi :

(3) Commentaires

  1. Pingback: 09/10/2012 – Taipan « pète les tambours » à La Boule Noire | Baskets Blanches

  2. je vous invite a gester

  3. Toujours très agréable de lire tes articles! La plume est fresh, neutre, le rédacteur skar bien renseigné! L’info sic comme on l’aime!
    Le son avec Youssoupha est vraiment frais et l’instru derrière déchire bien aussi.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Connect with Facebook

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>