[Portrait] Misa – Quand l’Amérique lorgne vers la France !

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Misa-Photo(2)Misa – Quand l’Amérique lorgne vers la France !

Plusieurs freestyles de qualité (diffusés sur Daymolition), une mixtape bien ficelée (Nouveau Rebeu), un parrainage de choix (en la personne de Koudjo, son producteur attitré) et une promotion savamment menée sur nos terres (avec en prime une Nocturne lui ayant été consacrée) : Misa – jeune rappeur de 19 ans, québécois d’origine algérienne – intrigue… Contrairement à bon nombre de ses pairs canadiens, qui se suffisent au marché local et ne croisent généralement le fer avec leurs alter égos français que lors des célèbres ligues de battle, Misa semble déterminé à s’installer durablement dans le paysage du rap français. En y multipliant les apparitions, mais surtout en basant son public dans nos contrées, sur lesquelles il lorgne depuis sa mégalopole nord-américaine.

Non pas double, mais une triple-culture !

Mariant habilement influences nord-américaines et références françaises, sa musique semble en effet destinée au public hexagonal : sa – non pas double mais – triple-culture y est forcément pour quelque chose. Si Misa est né en Algérie et a grandi au Québec, sa jeunesse est en effet rythmée par de nombreux passages par la France, au cours desquels il rend visite à sa famille résidant à Paris. Escales qui façonneront inévitablement sa perception du rap. Pourtant, c’est bien par l’intermédiaire d’artistes américains qu’il découvre le hip hop en tout premier lieu. Via son grand frère qui ramène régulièrement les albums des têtes d’affiche au domicile familial. DMX, 50Cent, Eminem sont ainsi les premiers blazes qui lui sont révélés, alors qu’il n’a que 6 ou 7 ans. Bien évidemment, le rap français ne tardera pas à entrer dans l’équation. Très précisément avec « La Cerise sur le Ghetto » de la Mafia K1Fry. Pour l’anecdote, l’une de ses tantes, désirant offrir un cadeau à son grand frère durant l’un de ces fameux séjours, se rend à la Fnac et demande à acquérir le disque de rap le plus vendu du moment : le vendeur l’orientera alors vers le célèbre collectif du Val-de-Marne, qui truste au sommet des charts à l’époque. Véritable tournant dans sa vie, Misa – après avoir dévoré cet album – tentera à son tour d’écrire des textes.

Les yeux rivés vers d’autres horizons !

Arrivé à l’âge de 13 ans, le rap prend alors une toute autre dimension : Misa gratte désormais au quotidien et nourrit une véritable passion pour cette discipline. Il commence à enregistrer ses tous premiers morceaux chez lui, seul, et de manière très artisanale. Dès lors, la flamme ne cesse de s’accroître. Quelques années plus tard, notre néo-rappeur rencontre un ingénieur du son résidant dans son quartier et, véritable révolution, ce dernier lui propose d’accéder à son studio. Une aubaine pour le jeune Misa qui aura enfin l’opportunité de travailler dans de bonnes conditions. Naturellement sérieux lorsqu’il est question de musique, il ne tarde pas à concocter de véritables chansons, qu’il diffusera sans plus attendre sur Internet via les réseaux sociaux. Aux côtés des grosses productions américaines du moment, ce sont des rappeurs tels que Sefyu, Rohff, Booba ou Rim’K qui inspirent ses écrits. La scène montréalaise, bien qu’active, lui est alors totalement inconnue. Vivant en autarcie dans son quartier du Mont-Bleu – dont les communautés immigrées sont finalement les mêmes que dans les quartiers français – il a déjà les yeux rivés vers d’autres horizons.

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Koudjo entre en piste

Malgré son jeune âge, Misa déborde de productivité. Avec une rigueur impressionnante, il enregistre de nombreux titres et balance un clip pratiquement tous les deux mois. Sa stratégie est claire : fournir une musique qualitative, sur une base très régulière, afin d’imprimer son nom dans la tête du public. Une telle créativité ne tarde pas à attirer les regards sur son cas. Une rencontre fortuite viendra même accélérer son évolution : celle de Thomas et Koudjo. Ce dernier, beatmaker réputé au CV bien fourni, a alimenté de productions une liste prestigieuse de rappeurs français (Booba, Rohff ou Kery James, pour ne citer qu’eux). Interpelé par le morceau « Bienvenue dans les bas-fonds », l’une des premières apparitions résonnantes du Québécois, Koudjo décèle en Misa un potentiel certain et n’attend pas plus longtemps pour entrer en contact avec lui. Le courant passe, tant et si bien qu’une véritable collaboration rapprochée en découle. Koudjo alimente le boulimique Misa en productions, et le rappeur lui rend la pareille en concoctant des morceaux que Koudjo, fort de toute son expérience, juge exploitables. Plus qu’un beatmaker, c’est un mentor que Misa rencontre en la personne de Koudjo : ce dernier a en effet posé des beats sur bon nombre d’albums ayant bercé la jeunesse du rappeur, le pari était gagné d’avance. Les liens tissés en France par le beatmaker profiteront également à Misa, qui posera notamment le morceau « Certifié par la Street », répondant au concept initié par le célèbre Rohff.

http://youtu.be/DoPeXEZdbSc

« Nouveau Reubeu »

Misa ayant été présenté au public via divers supports, il était désormais temps de concrétiser cette amorce et d’embrayer sur un nouveau projet. Fort du travail réalisé en amont, l’EP « Nouveau Reubeu » a donc vu le jour, en fin d’année 2014. Regroupant  5 morceaux déjà en stock, cet opus visait à illustrer toute la versatilité du MC, qui chantonne aussi bien qu’il rappe. Mission accomplie ! Disponible en téléchargement gratuit, le projet a été relativement bien accueilli par le public, notamment par celui qu’il a en tête depuis ses premières rimes : l’auditoire français. De belles collaborations en ont découlé (notamment avec les Marseillais de Guirri Mafia ou avec Jarod en freestyle), mais surtout Misa est parvenu à attirer l’attention de la plupart des médias rap français. Pas une mince affaire lorsqu’un océan nous sépare ! Déterminé, fort bien encadré et relativement mature pour un si jeune âge, Misa a toutes les cartes en main pour parvenir à ses fins. Mais comme il le dit lui-même, ça n’est que le début : « La suite s’annonce chargée et le meilleur reste à venir. Rendez-vous en mars pour un prochain projet ! » L’envoi devrait être imminent… Affaire à suivre !

Renaud M.

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Renaud M.

J'écris sur les autres, pas sur moi.

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