[Portrait] Manast LL’ – Live Love, Live Life

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[Portrait] Manast LL’ – Live Love, Live Life

Flo aka Manast LL’ aka Live Love aka Live Life est un artiste au sens propre. On le sent réfléchi, conscient et en même temps spontané, et dans l’instant. Naturel en somme. Sa vie est américanisée, de sa culture à son lifestyle. Ses relations avec autrui sont intenses et font naître des projets aux couleurs bien spécifiques. Il vient de sortir « Forty Two Stories », un EP collaboratif avec Astrolabe Musique et Jeune Faune, qui a lui aussi sa propre histoire. Plus d’une heure d’entretien pour retracer un parcours qui s’articule autour d’Orléans, Paris, ses amis, ses muses, et bien sûr sa musique. Le décor est planté, on peut commencer.

« Je me disais que c’était possible d’être comme eux »

Si l’amour et le côté carpe diem sont des concepts qui semblent accompagner l’humain au jour le jour, l’artiste, lui, se définit d’une toute autre manière : « Manast c’est la contraction de maniaque et nasty. Maniaque pour le côté perfectionniste dans la vie comme dans la musique, et nasty parce que quand j’en veux à quelqu’un, je peux devenir un peu orgueilleux et développer du négatif sur la personne. » Ce surnom, c’est son meilleur ami qui le lui a donné, à l’époque. Un nickname qui apparaît aujourd’hui comme passé d’usage, ou peut être à nuancer, comme le prouve l’ajout du double L par la suite. Une ambivalence propre à l’artiste, et totalement assumée. Artiste, justement, il le devient d’abord par envie de leurs ressembler « Toi aussi t’as envie d’avoir des bijoux, des vêtements de marque, des air force one, des grillz, des do-rag. C’était pas juste de la musique, c’était une appartenance à une culture. » Jeune basketteur à l’époque, son esprit est en immersion complète aux Etats-Unis. Fumer des backwoods et boire du henny’ sont ses fantasmes du moment. Son grand frère écoute 2pac, Snoop Dog ou encore « Nellyville », lui s’essaye à la danse mais cela ne prend pas. Au milieu des années 2000, ses influences sont celles du sud et il n’est pas ici question de la Côte d’Azur « Mike Jones, Ying Yang Twins, Three 6 Mafia, David Banner, Lil John. Et puis ça a évolué avec le temps. Par contre j’ai toujours eu Lil Wayne dans mon cœur. Quand tu écoutes Tha Carter I et que tu te remets dans le contexte de l’époque, par rapport à ce qu’il faisait, par rapport à l’âge qu’il avait, impossible de ne pas être d’accord avec sa musique. C’est vraiment l’un des artistes pour lequel j’ai le plus de respect. Je pense sincèrement qu’il a influencé beaucoup de rappeurs d’aujourd’hui à rapper d’une certaine façon mais aussi à être décomplexés. » Best rapper alive, comme il disait.

En parallèle du basket, le natif d’Orléans s’empare du micro de sa webcam et commence à s’enregistrer. Sans jamais prétendre être ce qu’il n’est pas, il vit cette culture américaine de manière globale. Naturellement, il se met à rapper en anglais « Je me disais que c’était possible d’être comme eux. Moi ça ne me fait pas bander de fumer du shit en air max et de boire un flash. Je n’ai jamais eu l’amour que j’ai pour le rap américain avec le rap français. » Il commence alors des voyages à répétition à Londres, chez sa cousine, auxquels s’ajoutent la musique et les films qu’il n’ingère que dans la langue de Shakespeare. À la suite d’une blessure, il s’écarte des terrains de basket et se met au skate avec ses potes, influencés par le Odd Future de Tyler, The Creator. Alors qu’il rentre à peine au lycée, le site Pure Baking Soda sort la compilation « Deep Purple » qui accompagne la popularisation de A$AP Rocky en France « Le son « Uptown » était vraiment fou. Depuis je n’ai quasiment jamais été déçu par lui, je le trouve vraiment fort. » Par la suite, le jeune rappeur de Harlem sortira « Long. Live. A$AP » qui va grandement influencer Manast l’année de son baccalauréat. En parallèle, il y a aussi cette fille, la première dont il tombe amoureux. Le savant mélange de cette relation et de ses influences, multiples et éparses, mènera à son tout premier projet « Based & Devilish » le 10 juin 2013.

De Orléans à Paris

« Le son dont j’étais vraiment fier à l’époque c’était « Adrian / OTL », c’est le premier son où j’ai commencé à chanter plus que rapper. Mis à part ça, je ne réécoute pas ce projet. » Le peu de fierté qu’il conserve à l’égard de cet album ne l’empêchera pas de rééditer le titre en question à la fin de l’année 2016, en réajustant quelque peu le nom du morceau. Si on ressent encore les influences de certains artistes précités, ce projet a le mérite de servir de carte de visite et de poser les bases d’une production juste, franche, faite avec le cœur et de qualité. Pour réaliser cet opus, il reçoit un coup de pouce local « À Orléans il y avait un gars qui s’appelait Nicolas Noël, il avait son magasin qui s’appelait « onzemètrescarrés ». C’est l’un des premiers à avoir vendu du Bleu de Paname, il ramenait aussi des casquettes Supreme de New-York. Parfois je dis qu’il n’y a pas grand monde à Orléans qui a fait des choses pour moi, lui fait partie des rares personnes qui m’ont aidé. » Plongé dans ses souvenirs, il ajoute « Il faisait des soirées qui s’appelaient « Orléans will kill New-York », je me rappelle qu’il a fait venir A-Trak à Orléans, tu te rends compte ? » Ce Nicolas en question, outre le fait de lui fournir des sapes exclusives au rabais, va lui permettre de rencontrer un membre du label Orlinzoo Music, structure sur laquelle son projet sera distribué « De connexion en connexion, j’ai été présenté à Nemo (DJ et membre de l’abcdrduson, ndlr) qui avait un groupe de hip hop qui s’appelait « The MallRats » et qui a apprécié ce que je faisais. » Avec l’aide de ce label et de Weshokids (aujourd’hui rebaptisé NUDE, ndlr), qui signera un bon nombre de faces A sur le projet, « Based & Devilish » voit le jour au milieu de l’année 2013, un an jour pour jour avant la sortie de « No Regrets, No Pain », son second projet.

Juin 2014, cette fille qui rythmait le premier opus a disparu. Le titre du second semble très évocateur. Ne pas regarder derrière, continuer sa route. Mais même lorsqu’il s’agit de passer à autre chose, l’envie de laisser une trace musicale demeure. « No Regrets, No Pain » est un album intermédiaire « Ce projet là c’est la transition Orléans-Paris. Je me cherchais encore un peu à cette époque. » Cette époque de transition marque également le début de la collaboration avec des beatmaker Orléanais qu’il affectionne particulièrement « À un moment ils avaient un groupe qui s’appelait The 45ers, c’était Chilea’s, AAyhasis et Astronote. Il y avait peut être d’autres gars avec eux, je ne sais plus. J’ai trop d’amour, de respect et d’admiration pour ces gars parce que c’est les premiers à m’avoir tendu la main. Ils sont vraiment humbles et intègres. Ils peuvent bosser avec Kendrick un jour et le lendemain avec toi, ils ne sont pas après l’argent » Une couleur musicale commence à germer, même si elle n’est pas encore totalement revendiquée. Un album 14 titres, sous forme d’exutoire, qui lui permet de quitter sans regret son amour de jeunesse ainsi que sa ville natale, direction Paris. « Dans le courant de l’année 2015, il y a aussi eu la transition entre faire des trucs comme je les entendais et les retranscrire un peu à ma manière, et faire mon propre truc, ma propre musique. » C’est le cas sur « District 10th Prelude : Free Spirit », son 3ème opus dans lequel il rend hommage à son arrondissement d’adoption. Son premier projet sérieux comme il aime à l’appeler. Outre certaines connexions à l’international, c’est également le projet sur lequel se retrouvent, pour la première fois, Astrolabe Musique et Jeune Faune, deux acteurs majeurs de sa carrière, et de sa vie « Astrolabe Musique c’est un groupe de 3 producteurs composés de Talia B, que j’ai rencontré il y a 6 ans sur un camp de basket à Vichy, son cousin Vince qu’on appelle « V » et Sandro. Jeune Faune je l’ai rencontré au lycée à Orléans. » Ses frères, plus que ses collaborateurs. À leurs côtés, une palette de producteurs reconnus dont le talent n’est plus à prouver : Leknifrug, Asura ou encore SamTiba. Cet album est une franche réussite et reçoit un succès d’estime de la part du milieu. L’arrivée à Paris est synonyme d’émancipation, le pari est réussi.

« C’est vraiment nos histoires, ça raconte qui on est »

Comme on commence à le comprendre, la musique de Manast LL’ est rythmée par ses relations, amicales ou sentimentales, mais toujours très intenses. C’est au cours d’un voyage aux Pays-Bas qu’il va se pencher sur son projet suivant « Je suis parti à La Haye, aux Pays-Bas. J’étais chez une fille qui s’appelle Jamie, cet EP raconte la romance qu’on a vécue. Il y a des titres intenses et sexuels comme « Once more », sur celui là c’est même elle qui a écrit le refrain. On est tombés amoureux le temps d’une semaine en fait. C’est une fille que je n’arrive pas forcément à effacer de ma mémoire aujourd’hui. » Son EP « Tha Hague » est un nouveau manifeste de l’amour. Un voyage interne, à cœur ouvert. La franchise et l’honnêteté dont il fait preuve sur ces 3 titres ne laissent pas indifférent. C’est d’ailleurs avec ce projet qu’il ira démarcher son futur label « On se disait avec Martin (son manager, ndlr) qu’il n’y avait qu’un seul label en France qui pourrait me convenir par rapport à la musique que je faisais et c’était Kitsuné. On les a contactés, ils ont kiffé et puis ça s’est fait. » Maintenant épaulé par une structure importante, il peut laisser parler sa musique en étant sûr qu’elle touchera sa cible. Sur la base d’un titre, il va proposer un EP avec 5 remix aux ambiances bien distinctes qui donnera le jour à « Known as Sookah ». Et qui dit nouveau projet dit nouvelle relation. « C’est de nouveau une histoire avec une fille. Sookah c’est le surnom qu’elle s’est donnée, mais ça ne s’écrit pas comme ça normalement. On a eu une relation très intense qui m’a inspiré ce projet. » Ces 6 morceaux singuliers sont encore une fois salués par la critique. La dernière marche avant les 42 histoires est franchie.

Près d’un mois après la sortie de son dernier EP, Manast LL’ prend la direction de Saint Etienne pour y passer l’été. Au cœur du 42, toujours porté par son inspiration première, il va raconter ses histoires avec les femmes, accompagné de ses partenaires de son « C’est un projet collaboratif avec Astrolabe Musique et Jeune Faune. C’est autant leur projet que le mien. On a tout fait ensemble, de l’écriture des paroles à l’écriture des instrumentales. C’est vraiment nos histoires, ça raconte qui on est. Le titre fait référence au code postal de Saint Etienne, là où on a composé le projet. » Plusieurs aller-retour entre le 42 et la capitale donneront peu à peu naissance à son dernier projet en date, « Forty Two Stories », un condensé d’influences partagées avec ses potes sur fond de mélodies électroniques ensoleillées. En parallèle de ce processus artistique bercé par ses pérégrinations, Manast se produit régulièrement sur scène et notamment à Paris. Nous sommes à l’automne 2016 lorsqu’il atterrit sur la scène de la Maroquinerie. Il se remémore ce concert comme un moment particulier « Je pense que c’était mon meilleur concert. Les gens étaient très réceptifs, ça sautait de partout. Même moi j’ai senti que c’était ma meilleur performance. Ce qui s’est passé ce soir là c’était fou. » Jonglant entre les représentations et la production, il s’entoure de ses amis pour l’épauler dans la conception de son prochain EP. Pour le visuel, il fait appel à Ibrahim Soimadou, le directeur artistique de La Ligne Bleue dont il fait lui-même partie « C’est un collectif d’art visuel et sonore. Il y a de la musique, de la vidéo, de la direction artistique, de la mode, du développement web, du graphisme. C’est un groupe d’amis en fait. » Il a toujours été question d’amitié, dans sa vie comme dans sa musique, et ce projet, au même titre que les précédents, est le fruit de son application.

Créer une nouvelle ère

A tout juste 22 ans, Manast LL’ est déjà plein d’ambition. Pour lui, et sa musique, mais aussi pour sa ville d’origine. Développer des artistes en qui il croit, créer une nouvelle ère à Orléans, en faire une ville importante de la musique en France. Exit les frustrations du passé, no regrets no pain, être positif et faire sa musique reste son seul objectif. Comme pour mieux le souligner une dernière fois, il ponctue notre entretien avec les mots suivants : « Je fais de la musique pour propager de l’amour. » Live love, live life…

Toni S. pour Baskets Blanches.

Crédits photos : Louis Mas & Anthony Girardi

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Toni S.

Dans la matrice comme Néo. Peu d'élus dans nos milieux. Paris East-Side

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