[Portrait] L’Ordre Du Périph – « La Brigade arrive ! »

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« On compare tout le temps la vie à One Piece. Je suis parti du 95 je ne connaissais personne. Je suis parti tout seul comme Luffy, sur ma petite barque, et à Paris j’ai rencontré mes gars. Puis on gravit des échelons, y’a d’autres équipages et tout le monde veut être le roi, faut juste être bien équipé. On est partis d’une barque mais aujourd’hui on a une flotte. » (Youv Dee).

Assy, Youv Dee, Swan et Ars’n, tous originaires de la banlieue parisienne et fans d’Harry Potter, forment l’Ordre Du Périph. « Energique, turn up et expérimental », voilà de quoi tenter de résumer l’univers du groupe de manière simple. Jeunes rappeurs, ils font aujourd’hui partie de la scène montante du rap français. Les noms ont changé, les styles ont évolué et je rencontre les principaux intéressés pour parler de leur parcours, de leur petite barque à leur future flotte.

« En sortant du studio, Assy a dit quelque chose du genre : c’est chaud, on va faire au moins 10 000 vues »

Si les quatre membres du crew ont tous un goût prononcé pour le rap et la culture hip hop depuis jeunes, ce n’est que tardivement qu’ils passeront du côté d’auditeur à celui de rappeur. Lunatic ou Sniper pour certains, Lil Wayne et T-Pain pour d’autres, les premiers vrais contacts avec le rap sont variés mais les liens avec la musique toujours présents. « Je ne me voyais pas forcément percer dans le rap, je me disais juste que j’allais faire de la musique jusqu’à la fin de ma vie. Même si le rap ne marche plus demain, je ferai ingénieur du son, je ferai de la musique quoi qu’il en soit. » (Assy). En solo comme Assy et Swan ou directement en groupe, chacun progresse et fait ses armes sur des productions boom bap. « En vrai c’était indispensable de passer par cette phase, c’est là que t’apprends vraiment les bases, les schémas de rime, les différentes techniques… » (Youv Dee). Déjà entouré par les autres membres, c’est dans cet esprit qu’Assy sort « Allégeance ». Un premier projet sur lequel on retrouve une collaboration avec Youv Dee, « Sans effort », qui nous indique déjà la direction plus trap que va prendre l’Ordre.

Pendant un temps, ils évoluent ensemble sans que le nom du groupe ne soit officiel. Et comme dans l’équipe tout se fait spontanément, c’est de la même manière qu’est dévoilé « MTH », premier clip sous l’étendard de l’Ordre Du Périph. « En sortant du studio, Assy a dit quelque chose du genre : c’est chaud, on va faire au moins 10 000 vues » (Swan). Bien au-delà de ces prévisions, une véritable fanbase se crée grâce à l’énergie dégagée, les flows entraînants et l’univers reconnaissable. « ODP c’est expérimental et turn up. Quand on fait des sons on s’ambiance dans le studio. On fait notre truc et on kiffe » (Ars’n).

« Ça ne sert à rien de faire un feat pour un feat juste parce que l’autre fait plus de vue. »

Depuis, en solo, en duo ou au complet, les clips s’enchaînent, la formule plaît et le public est au rendez-vous. Quatre membres et autant de façons de manier les mots, la diversité au sein du crew séduit. On passe des freestyles entêtants de Youv Dee, au « Freestyle Finest » de Swan qui nous rappelle l’indéniable aisance technique de ce dernier, en passant par le duo d’Assy et Ars’n, « Futurs Elus », qui fait la part belle aux assonances et à des schémas créatifs. « En fait on est tous dans le même délire mais on a chacun notre truc. C’est quelque chose qu’on avait pas calculé mais au final c’est ce qui fait un plus d’ODP » (Ars’n).

Outre les spécificités de chacun, le groupe peut également compter sur son entourage. Si ce sont les quatre rappeurs qui composent ODP, ils aiment rappeler que l’équipage est plus large que ça « On a une équipe avec laquelle on peut bien travailler l’image. D’un côté on bosse avec des beatmakers vraiment forts et de l’autre on évolue ensemble avec Baïsela Prod (Réalisateurs des clips et de différents visuels d’ODP, ndlr), on parle toujours de ce qu’on va faire plus tard » (Ars’n). Les relations avec la 75e session, les rappeurs avec lesquels ils collaborent et évoluent… rien n’est calculé mais tout permet une évolution constante de l’Ordre. « Avant de faire de la musique avec des gens, on veut vraiment qu’il y ait une relation. Il faut que ça marche humainement et professionnellement pour que ça se fasse naturellement. Ça ne sert à rien de faire un feat pour un feat juste parce que l’autre fait plus de vues. » (Assy).

« Quand je dis zéro message, c’est dans le sens où je veux rien leur apprendre, je veux rien leur dicter. »

Fidèles à leurs influences et à leur temps, plus dans l’ère de la vibe que du message, chacun des rappeurs confirme se retrouver dans le gimmick de Youv Dee « Zéro message dans mes propos », qu’il s’agit de bien comprendre. « Quand je dis zéro message, c’est dans le sens où je veux rien leur apprendre, je veux rien leur dicter. C’est juste notre vie, on raconte ce qu’on fait. Et plus ta vie change, plus t’as de trucs à raconter. » (Youv Dee). « En vrai quand t’écris tu donnes ton point de vue sur ce qui est autour de toi, ta vision des choses, et je n’appelle pas ça un message. » (Swan).

Pas de message donc, mais dans chaque morceau, une énergie impressionnante qui se prête parfaitement à la scène. S’ils ont déjà fait sauter les foules à L’International ou à La Bellevilloise une première fois, c’est leur deuxième passage dans cette salle qui les a réellement marqués. « T’es avec tes gars sur la scène et t’as l’impression qu’elle est à toi. C’est là où on a vu que le public était vraiment chaud et ça a donné tellement de force. » (Swan). Plus tard, c’est le Panama Bende qui confie le soin à l’ODP, avec les Suisses Di-Meh et Slimka, d’assurer la première partie de leur concert à La Cigale. Moment intense pour les quatre jeunes rappeurs qui prennent du plaisir en assurant parfaitement le show. « Faut pas oublier qu’on a 5 concerts à notre actif. On faisait des concerts devant 400 personnes et on s’est retrouvés devant 1500 personnes à la Cigale. On est des jeunes artistes, cinq minutes avant t’as ton cœur qui bat. Mais dès que c’était lancé c’était bon, on a vraiment kiffé ! » (Assy).

Une invitation à la Grünt en début d’année installe encore davantage l’Ordre sur la scène montante du rap français. Depuis, Youv Dee et Assy ont offert « Beta Test » à leur public. Une première mixtape, une première carte de visite. « On l’a appelé comme ça parce que c’est seulement les prémices, c’est que de l’entraînement. On est des anciens geeks et Beta Test c’est une première version avant que le jeu n’arrive vraiment. » (Assy).

Aujourd’hui, c’est sur un projet au grand complet que le groupe travaille. Et derrière eux, tout l’équipage s’affaire, prêt à prendre d’assaut les écouteurs et les scènes. « La Brigade arrive ».

Crédits photos : theochemist

 

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Ismaël

Des rêves en tête, on fait pas semblant de vivre.

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