[Portrait] Les Tontons Flingueurs – La flamme de Paris Nord Est

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[Portrait] – Les Tontons Flingueurs – La flamme de Paris Nord Est

coverParis Nord-Est, d’un côté comme de l’autre du périphérique. Les origines éparses du jeune crew convergent toutes vers le 19ème arrondissement, leur quartier général. En plein cœur de ce chef-lieu : le parc de la Villette, lieu de réunion où les tontons construisent au quotidien ce qui s’apparente à un avenir prometteur. Mais qui sont-ils ? Pourquoi ce nom ? À cette question, la réponse est sans équivoque : « Ce qui nous parle c’est le concept de famille et de punchline. » En référence au film, ils ajoutent : « C’est une bande de tontons qui flinguent sauf que eux tirent à balles réelles. Notre flingue à nous c’est notre bouche. Nous aussi on est une bande de tontons flingueurs. On veut devenir classic shit comme eux. » Récit d’un entretien où se mêlent détermination, rires, sagesse et ambition.

« LTF c’est une secte, il fallait être là depuis le début »

Les bases fondatrices du collectif parisien sont posées : la secte, la famille. Cette famille se forme officiellement au détour d’une radio en 2013, le 11 septembre (quand on vous parle de flingues et d’attentats microphoniques, c’est du sérieux). Neuf associés (dont un expatrié) très vite rejoints par un retardataire qui feront des Tontons Flingueurs ce qu’ils sont aujourd’hui. La « LTFAMILIA » – comme ils aiment à l’appeler – se compose donc, en dehors des personnes qui gravitent autour du collectif, de 10 membres : B-Biface, Derka, Lasco, Lesram, Lpee, Lu’cid, M le Maudit, Moken, S-Cap et So Clock. De nombreuses têtes pour autant de styles différents.

Pour la plupart rentrés dans le rap avec l’appui des grands frères, ils sont avant tout des grands passionnés du genre. Se définissant encore parfois davantage comme des auditeurs plutôt que des rappeurs, ils n’en demeurent pas moins très sérieux dans leur approche de la musique. Très vite, une fois les 10 tontons réunis, l’idée a été de construire un projet : « Dès qu’on a créé le crew, après la radio, on est allés chez Happy Face (studio d’enregistrement à Paris, ndlr) et on a fait des morceaux sans savoir vraiment ce que ça donnerait. » Un an et demi s’écoule et leur premier projet voit le jour : Le Démon À 9 Queues Vol.1. Lorsque je les questionne sur les dates de sortie de la mixtape plusieurs fois repoussées, ils m’expliquent : « Il faut se mettre à notre place, on est 10 jeunes autour de la vingtaine. La musique ça coûte de l’argent, on la produit avec nos propres moyens, notre propre énergie et notre propre temps. Quand il n’y a pas de structures pour te soutenir dans ta création, c’est compliqué. » Un autre ajoute « Ça a été repoussé pour des questions d’organisation, certains morceaux avaient pris de l’âge et n’étaient plus cohérents. Et puis faut payer les feuilles et les cannettes aussi ! (rires) » Bien vite on comprend que cette famille vit finalement comme les autres, avec ses obligations et ses travers mais sans jamais perdre de vue son fil conducteur : le rap.

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« Les ninjas sont de sortie »

LDA9Q Vol.1 paraît finalement le 22 février 2015 en téléchargement gratuit. Portés par une promotion étonnamment professionnelle, les tontons distillent au compte-gouttes des freestyles solo quotidien annonçant la sortie imminente de leur mixtape. Le « buzz » prend forme lorsqu’ils sortent leur premier morceau au complet : « Kyubi ». Véritable fer de lance du projet, ce morceau provient pourtant initialement d’un fond de tiroir « Pour Kyubi, So Clock avait enregistré un couplet il y a longtemps et avait laissé le truc de côté. On est retombé sur la prod et on se l’est prise un par un. On a finalement tous enregistré notre couplet et ça a donné le morceau tel qu’il est aujourd’hui » Les clips s’enchaînent et le projet est finalement plutôt bien accueilli, cumulant au total plus de 22 000 écoutes et 5300 téléchargements sur le site Haute Culture.

Le titre du projet naît d’une influence mutuelle partagée par la quasi-totalité des tontons (S-Cap, I see you !), les mangas. Pour eux, la philosophie de vie dont s’imprègnent ces bandes dessinées japonaises est transposable à leur échelle : « On apprécie beaucoup les mangas. Il y a ce délire de compétition et par rapport au rap, il y a une vraie comparaison à faire. C’est bien plus profond et sérieux que ça n’en a l’air. Et puis entre nous on a aussi des expressions genre « On va lâcher le démon » ou « Les ninjas sont de sortie ». » Ce sont ces expressions qui dépeignent finalement le mieux ce parallèle entre les mangas et leur univers, un monde fait d’hyperboles et de superlatifs où leurs élucubrations ne servent qu’une seule et unique cause : marquer les esprits.

« Que les gens se préparent à se prendre des gifles à un moment qu’on définira (rires) »

Marquer les esprits, distribuer des gifles, marquer les visages. L’objectif du Vol.1 a été rempli. « On a eu la chance de faire quelques scènes parisiennes et on a eu beaucoup de retours sur les réseaux sociaux de gens qui disaient : « Putain LTF, 10 sur scène dans une petite salle, faut aller voir ça ! ». On a réussi à se faire une petite notoriété grâce au fait qu’on arrivait à gérer la scène à 10 tout en gardant une énergie importante. » Si un « avant » et un « après » LDA9Q Vol.1 se fait parfois sentir lorsque les conversations s’animent sur les réseaux sociaux, les flingueurs ne montent pas pour autant au créneau et demeurent conscients qu’il reste du chemin à parcourir : « Le Vol.1, il a énormément de défauts. On ne le reniera jamais, on devait passer par ce projet, c’est notre carte de visite. Mais en le réécoutant et en sachant ce dont on est capables aujourd’hui, on sait tous que l’on peut faire beaucoup mieux, chaque morceau mérite d’être encore plus bossé. ».

Forts de cette première pierre ajoutée à l’édifice du rap, l’équipe portée par celui qu’ils surnomment le « Jeune Suge Knight » ou encore le « Young Dawala » (Thomas, ndlr) ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Propulsés sur la scène du Bataclan le 28 juin 2015 en finale du concours Emerganza, les LTF enflamment la salle et s’en tirent avec les honneurs. Une nouvelle fois, ils savourent ce moment passé mais modèrent leurs propos lorsqu’il s’agit de définir leur plus « grand » concert. En effet, en termes de capacité d’accueil du public et d’expérience marquante, leur meilleur souvenir fait l’unanimité. Lpee témoigne : « On a fait la première partie de la Scred (Scred Connexion : groupe de rap du 18ème arrondissement, ndlr) en juin à Belleville. C’était un kiff de malade. J’ai jamais eu autant de frissons en faisant une scène. C’était un mur de monde devant nous. L’organisateur nous a annoncé autour de 2000 personnes. » Chacun y va de son compliment pour le groupe phare du 18ème arrondissement « C’est des vrais. On a parlé avec eux, c’est vraiment des bons gars, en fait c’est des tontons. Ils disent ce qu’ils ont à dire, ils ont beau ne pas faire de rime, tu te manges une gifle. À la fin tu te dis « Ouai, ok. Je vais me mettre à la poterie » (rires) »

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« Si on se mange une grosse face B, on la kick et ça devient une face A direct, on la rebaptise (rires) »

Méthodiques dans leur approche, ils utilisent leur « joker » lorsqu’il s’agit d’aborder la conception et la forme qu’adoptera LDA9Q Vol.2. Les rares informations que j’arriverai à obtenir me font penser que le format sera assez différent du Vol.1 mais le mystère reste entier. Curieux de connaître les occupations en dehors du rap d’un crew de 10 rappeurs ne dépassant pas la vingtaine, je leur pose la question en fin d’interview. Je me rends compte qu’ils sont en définitive composés de « narcotrafiquants », de « chercheurs de pierre philosophale » et d’étudiants. Un collectif de rap sérieux qui ne se prend pas au sérieux. Soyez sûrs que parmi ces théories absurdes se cachent des jeunes rappeurs bourrés de talent avec lesquels il faudra composer à l’avenir.

La mixtape LDA9Q Vol.1 en téléchargement gratuit ici.

Toni S. pour Baskets Blanches

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Toni S.

Dans la matrice comme Néo. Peu d’élus dans nos milieux. Paris East-Side

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