[Portrait] Katrina Squad – Un ouragan en « mélodie mineure »

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Katrina Squad

[Portrait] Katrina Squad – Un ouragan en « mélodie mineure »

Katrina 2Riche en découvertes, l’année 2015 s’est imposée comme un exercice déterminant dans l’évolution du rap français. Marquée par un net renouvellement des têtes d’affiche, elle s’est surtout illustrée par une éclosion d’identités fortes, aux univers clairement affirmés. À l’avant-garde de cet avènement —bien que trop souvent relégués au second plan — se trouvent les producteurs. Définissant les couleurs musicales, affinant les styles, dictant les tendances, voire dénichant les nouveaux talents, les beatmakers jouent un rôle essentiel dans la tournure artistique prise par le rap. Alors que les rappeurs tendent de plus en plus à produire des opus intransigeants, à l’esthétique radicale, le travail des producteurs est plus déterminant que jamais. Très souvent, l’ascension d’un rappeur est même directement liée à son affiliation avec un beatmaker de renom. On pense notamment à Kaaris, dont le raz-de-marée « Or Noir » — opéré en 2013 — est indissociable du travail et de la vision du collectif Thérapy.

Pour d’autres artistes, le processus est quelque peu différent : l’alchimie avec le producteur est telle, que rappeur et beatmaker gravissent les échelons côte à côte. C’est notamment le cas du natif d’Aubagne SCH qui, en l’espace de quelques mois s’est retrouvé propulsé sur le devant de la scène et érigé au rang de phénomène. Vu son style inimitable, porté par une voix, une diction et une écriture ténébreuses, l’architecture sonore proposée au « Numéro 19 » se devait d’être intraitable. À la baguette sur 8 des 14 titres qui composent « A7 », premier opus du sudiste récemment certifié disque d’or, l’écurie Katrina Squad a brillamment relevé le défi. Non content d’avoir « déniché » le S, alors que celui-ci n’était qu’un illustre inconnu, ils sont également parvenus à lui façonner une couleur ultra-singulière, tantôt mélodieuse et aérienne (Solides, Gédéon, Rêve de Gosse, Gomorra), parfois sombre et saccadée (John Lennon, A7). Une recette tellement bien dosée, que les plus sceptiques redoutent l’album à venir — Anarchie — empreint de la patte de Kore (et exempt de prods Katrina Squad), qui l’a pris sous son aile dès sa signature chez Def Jam.

Si Katrina Squad et ses membres — DJ Ritmin, Farid Next Level, Ace Loocky et son fondateur et « figure publique » Guilty — ont éclaté à la face du rap français courant 2015, leur histoire et faits d’armes ne datent pas d’hier. Aujourd’hui, le collectif jouit d’une forte reconnaissance et tous les feux semblent « au vert ». Malgré tout, les Toulousains (pour la majeure partie du collectif) gardent la tête froide, les idées claires, et les yeux rivés vers l’avenir : c’est avec une « mentale » et une approche intransigeantes que les portes — autrefois blindées — se sont ouvertes. Et la démarche n’est pas prête de changer. Retour en détails sur le parcours, les aspirations et la vision de cet « ouragan en mélodie mineure », au cours d’un entretien exclusif accordé par Guilty.

GuiltyGuilty ou l’essence du sud

Originaire de Carcassonne, Guilty est un véritable produit du sud. Au-delà de son accent, de son phrasé et de ses expressions qui transpirent le soleil, son parcours l’illustre tout aussi bien. Si ses racines résident dans cette petite ville nichée entre Narbonne et Toulouse — généralement plus connue pour sa cité médiévale que sa scène musicale —, il a arpenté le sud dans les largeurs : le triangle Montpellier/Perpignan/Toulouse, en passant par Sète, c’est chez lui. Ses premiers contacts avec le hip hop n’ont rien de très original : musique générationnelle par excellence, le rap est la bande originale de son quotidien. Le déclic survient lorsqu’il met la main sur une platine vinyle, achetée d’occasion : d’auditeur lambda, il devient alors « digger » avéré et collectionneur réputé. Son écoute et ses goûts se précisent, à mesure que la musique prend de l’ampleur dans sa vie. Bien qu’au contact de divers activistes locaux (notamment les gérants du magasin Leitmotiv à Toulouse), il n’entrera dans la conception musicale que sur le tard. À 24 ans très exactement, alors qu’il attend la naissance de sa fille. Une façon pour lui de se canaliser et de prendre du recul par rapport à la vie tumultueuse menée à l’extérieur.

L’ïle de Thau comme point de départ, la ville rose comme rampe de lancement

Il affute tout d’abord ses armes auprès d’artistes carcassonnais, mais ses premiers faits marquants s’opèrent du côté de Sète : « Le premier artiste connu qui est venu vers moi via MySpace, c’est Demi-Portion. C’était pour la mixtape « On ne peut pas plaire à tout le monde » », affirme l’intéressé. « Il était déjà à l’image de ce qu’il est aujourd’hui : la tête sur les épaules, avec beaucoup de valeurs. Les premiers rappeurs à m’avoir donné de la force et du respect sont originaires de Sète : Rachid, Sprinter, Dardar, etc. Là-bas, il y a une vraie mentalité hip hop et une véritable culture du rap ! ». Dès ses premières compositions, les BPM sont lents, les mélodies sombres, très souvent jouées au piano et « en mineur ». Si ses influences sont multiples et mainstream (Michael Jackson, Prince, Scorpions, Whitney Houston), elles se concentrent essentiellement sur le hip hop : « Ça a toujours fait partie de moi et c’est même un réflexe pour moi d’aller systématiquement vers le rap. Je peux même dire que je n’écoute pratiquement que ça. Mais attention, je n’écoute pas tout, ni tout le monde [rires] », plaisante-t-il avant de poursuivre. « Je me penche beaucoup sur ceux qui sont à l’actu’, car il faut être honnête : si tu fais l’actualité, c’est que tu déchires. Aujourd’hui avec le recul, je peux te dire que G-Unit déchirait, alors qu’avant je me l’interdisais par « esprit puriste » [rires]. La personne qui me fait beaucoup cogiter à l’heure actuelle, c’est Travis $cott : ses caisses claires, ses synthés, le fait qu’il n’utilise pas de plugs, sa recherche de sonorités. Plus, ce qu’il ajoute, lui, en tant que rappeur, notamment avec ses voix. Il a une réelle vision  et apporte vraiment quelque chose ».

Katrina 4

Au-delà de Sète, une autre ville du sud aura une importance capitale dans l’évolution de Guilty : Toulouse. En ses murs, il y découvre une approche du rap beaucoup plus « rue ». C’est également ici que naîtra bien plus tard son collectif, aujourd’hui connu sous le nom de Katrina Squad. Mais Rome ne s’est pas construite en un jour, tout comme son cheminement au cœur de la ville rose. La spécificité de Toulouse réside justement dans les accointances de sa scène hip hop : si ses acteurs ne roulent évidemment pas tous ensemble, ils se connaissent tous — pour la plupart — et se croisent régulièrement, lors de rendez-vous incontournables (concerts, émissions de radio). De par sa personnalité communicante et très axée vers le relationnel, Guilty tisse sa toile et noue des liens avec de nombreux artistes locaux. Toujours à la recherche de rappeurs talentueux capables de le stimuler sur le plan artistique, ses collaborations se multiplient, avec notamment le Sarrazin Crew, Furax Barbarosa, JM Brolik, Billy Bats ou, plus récemment, CLD.

Ce type de rapprochements lui permet également de « s’exporter » et de diffuser sa musique en-dehors de son sud. Poison, rencontré par le biais de JM Brolik, l’introduira à son tour à Escobar Macson. De cette rencontre naîtra une réelle amitié : « En discutant avec Poison, qui réalisait un titre avec JM Brolik sur une de mes compos, je lui ai dit que j’appréciais ce qu’il faisait. Mais qu’il y avait une personne avec qui j’aimerais particulièrement travailler : Escobar Macson. Je ne te mens pas, mais au moment même où j’ai dit ça, son téléphone s’est mis à sonner et c’était justement Monsieur Macson. Il m’a traité de sorcier et me l’a passé direct [rires]. De là, je lui ai donné mon numéro. Il m’a dit : « Je te rappelle »… Évidemment, je pensais qu’on en resterait là. Un soir, un numéro inconnu m’appelle, je décroche et j’entends « Oui, c’est Escobar » [Il imite l’intéressé en prenant la voix la plus grave possible]. Aujourd’hui pour moi, ce n’est plus un rappeur. C’est un ami ! »

Aubagne s’invite dans les débats

Guilty roule sa bosse pendant plusieurs années dans l’underground toulousain, tout en plaçant quelques prods ici et là pour des artistes un peu plus exposés. Mais conscient que les années passent et lassé par l’indépendance pure et dure, ses aléas et ses difficultés, ses aspirations commencent à évoluer, tant sur le plan logistique qu’artistique. Bien plus vite qu’il ne l’imagine, la situation va changer de manière radicale. Et ce changement repose sur deux faits essentiels : la création de Katrina Squad, matérialisée par un regroupement des beatmakers qui l’entourent ; et la rencontre déterminante avec un artiste, dont l’ascension sera fulgurante : SCH.

« Peut-être inconsciemment et sans réellement me l’avouer, je pense que j’étais à la recherche d’une sorte de Furax Barbarosa 2.0. « 2.0 », non pas en termes de qualité mais de couleur. Quelque chose d’un peu plus futuriste. Au niveau de ses placements et de son interprétation, Furax est un rappeur monstrueux. L’un de ceux qui m’a le plus marqué. En revanche, sa couleur musicale est fidèle au hip hop qu’on a connu dans les années 90, et j’avais envie d’aller beaucoup plus loin. J’avais envie d’arriver à l’américaine, en mode rappeur/beatmaker, et d’imposer une couleur. Je suis tombé sur une vidéo de ce gamin et j’ai compris direct. J’imagine que tu as vu ce qu’il faisait vers 2012, et c’était pourtant encore assez conventionnel dans les sonorités. Mais on sentait ce petit truc. Et les rappeurs avec lesquels je roulais à ce moment-là et à qui j’ai montré ses vidéos, Billy Bats ou CLD entre autres, l’ont aussi tout de suite ressenti », explique-t-il. Le contact avec SCH est donc établi et très vite, les deux clans se mettent au travail. C’est grâce à de nombreuses et profondes discussions sur la musique qu’ils détermineront ensemble la couleur à adopter : « De lui-même, SCH avait déjà entrepris la démarche de souffler dans de l’autotune. Ce n’est pas moi qui le lui ai suggéré. Et c’est justement parce qu’il était dans cette approche d’expérimentation et qu’il avait franchi ce pas, que notre rencontre est arrivée à point nommé », poursuit-il. « Sans le savoir, il avait déjà pu voir ce que je faisais. Il regardait notamment ce qui se faisait à Toulouse et connaissait Furax et Billy. C’était tout simplement un jeune qui s’intéressait au rap et qui connaissait la musique. C’est lui qui m’a dit un jour : « regarde, il y a deux jeunes du 91 qui sont inconnus et qui font pourtant un truc très sérieux ». Il s’agissait de PNL »

Katrina Squad, l’ouragan aux quatre visages

Guilty tient là le rappeur qu’il a toujours recherché et alors que leur cheminement commun n’en est qu’à ses balbutiements — seul « Titus » a vu le jour, avec Guilty Beatmaker à la production —, survient un nouvel événement déterminant : la formation du Katrina Squad. « Avec Rito [NDLR : DJ Ritmin, beatmaker attitré d’I2C, groupe du défunt DF le Mr. Chill, à qui on place une grosse pensée, ainsi qu’à ses proches], on parlait depuis un petit moment déjà d’unir nos forces. Il faut tout remettre en contexte : à ce moment, personne ne sait que SCH va exploser. Si on monte Katrina Squad, c’est avant tout une démarche musicale et humaine. De son côté, SCH vient d’arriver chez Braabus, une structure déterminée à le faire monter. C’est un peu comme si toutes les étoiles s’étaient alignées en même temps », raconte-t-il. « Lorsqu’on maquettait les premiers titres, j’étais convaincu qu’on allait réussir. Et là, il nous pond « La Malette ». Il n’y avait plus aucun doute ! » Ayant notamment collaboré de manière informelle sur certains titres d’Alain 2 l’Ombre, durant l’un de ses passages sur Toulouse, Guilty et DJ Ritmin se connaissent bien et apprécient leur travail respectif. Gambergeant depuis quelques temps sur la création sur un collectif de beatmakers, en prenant pour exemple le succès d’équipes telles que Thérapy — dont l’un des membres est lui aussi toulousain —, Guilty joint la parole à l’acte : « J’ai proposé à Rito et Farid d’embarquer pour l’aventure Katrina. J’avais le nom en tête depuis quelques temps, tout comme le logo avec la tête de mort. Ils ont validé le concept dans la foulée. Tout s’est fait de la manière la plus simple et naturelle possible. L’image de l’ouragan Katrina, qui a tout dévasté, était forte et illustrait parfaitement l’état d’esprit. On est tous complémentaires, on discute beaucoup en amont, une véritable synergie nous unit. »

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Au sujet de ses collaborateurs, le Carcassonnais ne tarit pas d’éloges : « Rito, c’est un génie, point barre. Je suis fan de DJ Ritmin. Je travaille avec lui car j’adore sa musique. J’adore ce qu’il est, sa sensibilité, sa manière de parler de son. Il me fascine. C’est mon magicien à moi ! », déclare-t-il avant de poursuivre. « Intemporelle. Voilà comment je pourrais décrire sa musique. Elle n’est pas datée. Ni d’avant, ni de maintenant. C’est un grand compositeur, pas un simple beatmaker. Il peut tout faire. Et il n’est qu’à 40 % de ses capacités. Même sur des morceaux comme « Gomorra » et je pèse mes mots. » Quant à Farid Next Level : « Je l’ai connu en jouant à la PlayStation [rires]. Ça faisait plusieurs fois qu’on jouait ensemble, on a parlé un soir vers 2/3h du mat, et on a découvert l’un et l’autre qu’on faisait des prods. Par pur hasard, il connaissait mon travail et avait de son côté travaillé avec Zesau, qui est un ami. Naturellement, on a commencé à bricoler des prods à deux et à distance [Farid vit à La Rochelle]. Il aime bien parler avec les managers des ricains et c’est lui qui a placé des instrus outre-Atlantique, notamment pour Peewee Longway. On peut aussi le retrouver sur « À la gratte » de Hooss ou sur le morceau des Numbers featuring Alonzo, que vous découvrirez prochainement.  » Moins en vue, car n’ayant intégré l’effectif que très récemment, Ace Loocky est le benjamin de la bande : « C’est quelqu’un de très talentueux, que j’ai rencontré dans la rue, mais aussi par le biais d’Idealik [NDLR : ancien groupe de CLD, avec qui Guilty a beaucoup travaillé]. C’est quelqu’un qui n’est pas timide et qui est directement venu me parler. On se croisait souvent et à chaque fois, il y avait beaucoup d’échanges. Là encore, son intégration a été très naturelle. Ace Loocky, c’est le beatmaker du futur. Il tape ses prods d’une certaine manière, avec sa propre touche, et c’est primordial. Il est jeune et apprend très vite. C’est donc un régal de l’aider à se développer. »

NIC x GuiltyUn regard lucide tourné vers l’avenir : « réaliser un coup ou s’installer sur le long terme ? »

Le succès massif d’A7, tant dans les bacs qu’au niveau de l’estime, a marqué les esprits au fer rouge. À la baguette sur ses titres les plus marquants (à l’exception de Champs Elysées), l’écurie Katrina Squad a le vent en poupe. Naturellement, un tel raz-de-marée engendre une pluie de sollicitations. La facilité aurait été d’investir les grosses sorties nationales, pour élargir encore plus la renommée du blaze (et gagner en royalties !). Mais l’ambition du collectif est toute autre : « C’est un exemple qu’on peut observer. Gagner un peu de visibilité et en profiter pour placer au maximum », reconnaît-il. « Ma question est la suivante : pourquoi ? Est-ce qu’il s’agit de réaliser un coup, ou de s’installer sur long terme ? Aujourd’hui, évidemment qu’on a plus de contacts et d’opportunités de placements. Et s’il y a une affinité humaine ou musicale, je ne m’interdis rien. Mais ma gamberge, c’est d’apporter quelque chose. Et d’arriver avec des artistes, connus ou pas — mais plutôt méconnus —, que je juge pertinents et d’essayer de les amener quelque part. Et que ça ait du sens. C’est justement ce qu’on a pu apprécier chez nous avec SCH : le fait qu’on soit allé le chercher et qu’on ait amené de la fraîcheur. »

Fidèle à cette démarche, Katrina Squad intervient donc sur la réalisation du groupe Marseillais Numbers ou du rappeur varois Hooss. La mixtape éponyme « Numbers » est sortie en février dernier, avec 10 productions Katrina Squad sur la tracklist, tandis qu’un projet six titres entièrement produit par Guilty et ses acolytes verra le jour le 3 juin : « Miaouss et NIC, ce sont mes petits frères. J’aime leur approche de la musique, leur créativité et le fait qu’ils soient totalement décomplexés. Demain, ils viennent sur Toulouse et avant de te rejoindre, j’ai préparé le studio. Là, je me languis, car je sais qu’on va vraiment faire de la musique et, surtout, qu’on va se régaler ! » Avec Hooss, le processus a été différent, mais la relation est devenue tout aussi étroite : « Hooss avait posé avec Miaouss et NIC sur une de mes prods, mais sans trop calculer d’où venait le son. Il a ensuite rappé avec SCH sur « Aniki« , cette fameuse instru diabolique avec de la cornemuse, composée par Rito. Là, il s’est posé des questions ! [rires] Par la suite, on a beaucoup échangé et quelques prods sont apparues sur French Riviera 1. Pour le deuxième volet, il est carrément venu à Toulouse, on s’est enfermé au studio pendant plusieurs jours : Katrina a réalisé une bonne partie du projet, ce qui a marqué une réelle avancée dans notre collaboration. »

Fello GuiltyDeux (futures) pointures pour compléter l’effectif : Fello et Kino

Vu l’approche adoptée jusqu’ici, le cheminement logique était d’embrayer vers la production d’artistes. Ayant maintes fois prouvé son flair en matière de détection, l’écurie Katrina a pour vocation à emmener elle-même ses rappeurs vers les sommets, et non pas de simplement contribuer à un développement. Et de ce côté-là, Guilty, Rito, Farid et Ace ont déjà pris les devants, puisqu’ils comptent désormais deux kickeurs éprouvés dans leurs rangs : Fello et Kino.

« La première fois que j’ai rencontré Fello, c’était lors d’un concert sur Bordeaux avec l’équipe de Billy Bats. Il rappait alors avec son groupe HLM Crew. Je n’avais pas particulièrement tendu de l’oreille, mais en termes de prestance, c’était vraiment lui qui se distinguait. En discutant avec des gens du rap, j’entendais le blaze de Fello sans cesse revenir, lorsqu’il était question de Bordeaux. Je me suis penché sur son cas et j’ai beaucoup aimé. Il y a une vraie sincérité qui émane de lui. Je trouve que c’est sa qualité première et qu’elle rejaillit sur musique », me confie-t-il. « On a donc commencé à discuter sur le net et par téléphone. Je lui ai envoyé quelques prods et on en est arrivé à la conclusion qu’il fallait qu’on travaille ensemble. » Dans ces circonstances, Fello devient le premier artiste officiellement estampillé Katrina Music : « Fello est signé sur notre structure et actuellement, on travaille. Jusqu’ici, nous avons dévoilé deux titres — Sans le dire et Débrouille —, qui ont fait leur bonhomme de chemin. Le premier a même été diffusé sur le Periscope de Booba, ce qui est — qu’on le veuille ou non — un indicateur. Fello en a énormément sous le capot : à chaque nouvelle maquette, il progresse et me fait oublier le titre précédent. Du coup, pour l’instant, on bosse car ses possibilités sont illimitées. »

La dernière signature Katrina Music, tout aussi talentueuse, est en revanche beaucoup plus mystérieuse. Présent depuis quelques temps sur le net, avec déjà trois clips à son actif et un joli nombre de vues accumulées, Kino a officialisé son incorporation dans l’écurie toulousaine il y a moins d’une semaine. Si la cagoule qu’il arbore à chaque visuel suscite des interrogations (pourquoi donc un énième rappeur qui refuse de montrer son visage ?), sa musique, elle, ne laisse place à aucun doute : débordant de créativité et d’assurance, Kino a tous les atouts pour être l’une des prochaines étoiles montantes de ce rap-jeu. « Je me suis un peu renseigné sur son cas, pour m’assurer que personne n’était déjà sur lui. La voie était libre [sourire] », confie-t-il non sans fierté. « On est donc en train de le développer. Il est d’une productivité affolante. Je lui envoie un son, dès le lendemain, j’ai une ogive sur ma boîte mail… Sa palette de flows et de placements est incroyable, et ce, même sur un seul couplet : on ne s’ennuie jamais sur ses morceaux. Crois-moi que ce qui arrive, le rap va en entendre parler ! »

Créer de la musique… et toucher les sommets

« Nous sommes là pour faire de la musique. La créer véritablement avec les gens que l’on apprécie. Aujourd’hui, nous avons les artistes qu’il nous faut, nous avons les beatmakers qu’il nous faut, la structure logistique qu’il nous faut. Et nous allons inonder le rap français ! » Voici une paire d’années que l’ouragan Katrina est annoncé. Les années qui vont suivre seront le théâtre des dégâts qu’il aura causés. Une fois n’est pas coutume, affaire à suivre !

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Renaud M.

J’écris sur les autres, pas sur moi.

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