[Portrait] Hamza – De Bruxelles à Atlanta

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[Portrait] Hamza –  De Bruxelles à Atlanta

Hamza 4Pour sa toute première apparition scénique en France, Hamza débarque sur les planches du Cartel Club pour la « ONO Fashion Week Party » organisée par Casabey. Autant dire que son entrée dans le jeu est soignée. La route qui mène à cet antre est longue et fastidieuse mais ce qui m’y attend vaut bien le déplacement. L’escalier sombre et exigu par lequel je pénètre dans le club aboutit sur une salle vide, ou presque. L’heure du crime est prévue pour 2h20 mais il n’est que 23h. Bercé par les dernières notes des balances, j’observe et hoche machinalement la tête, attendant que mon tour arrive. Une poignée de main et quelques échanges formels plus tard, me voilà assis dans le fond du club avec le principal intéressé. Quelques heures avant que les lumières s’agitent et que les basses résonnent, tapis dans l’ombre, « le H » me confie les clefs de son parcours. Record.

« Ce qui m’a donné envie de rapper, c’est 50 Cent »

« Moi c’est Hamza, artiste Belge, plus précisément Bruxellois. On arrive dans le game et on essaye de faire les choses bien. » À tout juste 21 ans, Hamza a déjà 3 projets à son actif dont 2 en solo et s’apprête en 2016 à sortir son quatrième opus. Il découvre le rap au début du secondaire (collège, ndlr) grâce à 50 Cent. C’est cette rencontre musicale avec le rappeur du Queens qui va lui communiquer l’envie d’écrire. Autour de lui, les influences sont multiples. Si son père l’initie très tôt au hip-hop lors de leurs trajets en voiture, il est également inspiré par des gens de son secteur : « Quand j’étais gamin, je trainais au quartier dans un parc qui s’appelle le square Léopold. Il y avait un gars de chez nous qui s’appelait Croms et il rappait. C’est aussi un des mecs qui m’a donné envie de rapper. » La fougue de la jeunesse comme ultime motivation, Hamza veut produire sa propre musique. La question se pose alors de former un groupe avec des jeunes du quartier. « Dans cette bande de jeunes, il y avait trois mecs susceptibles de faire un peu de musique : MK, Triton et moi. On était dans le même délire musicalement, on écoutait les mêmes shit donc ça s’est fait naturellement » Le « Kilogrammes Gang » est né.

De cette union ressortira un premier projet « On a fait une mixtape, un délire de jeunesse : Gotham City Vol.1. Il n’y a pas eu de Vol.2 ni de Vol.3 (rires) » Les avis divergent, les aspirations aussi. Quand l’un se dirige vers une poursuite d’études, l’autre ne semble plus intéressé par la musique et le groupe finit par se dissoudre. Nous sommes en 2013 et il est maintenant question de continuer la musique en solo. Cette question n’en est pas une tant la motivation du jeune Bruxellois est solide : « J’ai toujours bossé en solo même quand j’étais en groupe. À l’époque je taffais déjà les prod pour l’équipe. » Petit de taille mais d’une grande ambition, Hamza est étonnamment mature pour son âge. Très vite, il décide de sortir son premier projet solo comme pour enfin marquer le jeu de son empreinte. « Recto Verso », mixtape gratuite de 15 titres voit le jour « C’était un genre de test. Je me cherchais encore musicalement. Je l’ai sorti comme ça, par principe, histoire d’avoir un premier projet. »

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« J’apprécie les erreurs parce que tu apprends sans arrêt »

« Quand je sors un projet et que je vois qu’il passe inaperçu, ça me force à travailler 10 000 fois plus fort pour frapper 10 000 fois plus fort par la suite. » Cette première pierre portée à l’édifice se perd bien vite dans les méandres de l’internet sans rencontrer le succès qu’elle mérite. Fort de cette expérience en solo, Hamza va perfectionner sa musique en cultivant de nouvelles inspirations : « Je me suis mis à kiffer d’autres influences. À l’époque j’étais dans d’autres délires. Je me suis trouvé musicalement quand je me suis tourné vers Atlanta. » Celui qui dans un premier temps ne jurait que par New York va petit à petit lorgner du côté de la capitale de la Géorgie pour enfin trouver la couleur musicale qui lui correspond. Enfant légitime d’une alliance peu orthodoxe entre Future et Young Thug, Hamza renaît musicalement. Grâce à l’appui de sa nouvelle équipe, il mûrit et bosse sans relâche en préparant l’avenir. Le 11 mai 2015 sort « H-24 », sa deuxième mixtape solo, et avec elle arrive un premier succès critique « Sans forcément l’attendre, je l’espérais (le succès, ndlr). Dans ma tête je me disais : c’est le moment où je peux frapper. »

L’« ATLiens » d’adoption propose un projet très fourni (24 titres) d’une maturité artistique surprenante. Rien n’est laissé au hasard, même pas le format de sa musique. « Ce que j’écoute le plus c’est le rap des States. Et là bas, les mixtape ça cartonne ! T’as des mecs comme Drake et Future, ils sortent une mixtape, ils te la vendent. Sur Datpiff ou Hotnewhiphop (sites de téléchargement de mixtape, ndlr) les téléchargements c’est énorme. Chez nous ça commence à s’installer petit à petit. En France, t’as des mecs comme Gradur par exemple, ils ont poussé le truc. »

« 2016 va être l’année révélatrice pour Bruxelles »

Parler d’un artiste multi-facettes lorsque l’on évoque « Le H » n’est pas si présomptueux qu’il n’y paraît. Depuis ses débuts au sein de son groupe, le jeune natif du plat pays s’essaye à divers exercices et notamment celui de production. C’est dans un souci de maîtrise complète de son produit artistique qu’il débute initialement le beatmaking « J’aime bien faire la musique à 100%. Parfois je suis dans le métro, j’ai une mélodie ou un refrain dans la tête. Je sors mon portable et j’enregistre la mélodie ou le refrain directement. J’ai eu ce besoin à un moment de composer moi même mes productions. C’est un vrai plus, tu construis ton morceau du début à la fin. » Très tôt, il se tourne également vers le chant. Le regard braqué vers le rap américain, il ne s’empêche pas pour autant d’aller écouter un bon album de soul quand on le lui recommande. Si une nouvelle fois ce choix artistique semble dicté par l’influence d’Atlanta, cette vocation est bien antérieure au « Jeune Voyou », phénomène de la ville. « J’ai presque découvert le rnb avant le rap. Mon père me mettait des sons de rap mais au final il était plus en mode Jodeci. Chez un gars comme Fifty par exemple, tu retrouves des refrains chantonnés, c’est ce que j’ai directement kiffé chez lui. Maintenant ça commence à arriver en France avec des groupes comme PNL par exemple. »

S’inscrivant dans une vague trap francophone ultra prolifique et pas toujours artistiquement juste, se démarquer devient la devise principale du bruxellois. « J’essaye de faire différemment des autres. Ce qu’il ne faut pas oublier c’est qu’on fait de la musique et la musique c’est de l’art. Quand t’es un artiste tu dois te démarquer pour survivre » En atteste le bruit sur la toile, il faut croire que le pari est réussi.

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« De belles choses restent à venir… »

Après un 24 titres produit quasiment entièrement par ses soins, Hamza commence à susciter de l’intérêt chez ses confrères francophones. Présent sur « Ténébreuse Musique », le prochain projet des rappeurs français Alkpote et Sidi Sid, il réserve également son lot de surprises sur sa prochaine mixtape. Plus que jamais tourné vers l’avenir, la suite des hostilités est déjà en marche. Si quelques visuels restent à distiller avant de clore définitivement le chapitre « H-24 », il annonce déjà une collaboration que beaucoup n’osaient pas espérer. En effet, sur son projet prévu pour 2016, le belge a invité le rappeur montpelliérain Joke pour un featuring. S’il possède une couleur musicale déjà bien affirmée, nul doute que cette collaboration avec un artiste davantage exposé pourrait lui apporter le rayonnement qu’il mérite. Affaire à suivre !

La mixtape « H-24 » en téléchargement gratuit ici.

Toni S. pour Baskets Blanches

Crédits photos Reza Boerhanoedin

Ces bitches n'ont pas de respect #hamza #parisfashionweek #onoparis #bibiboyswag @levraih #dab

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Toni S.

Dans la matrice comme Néo. Peu d'élus dans nos milieux. Paris East-Side

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