[Portrait] « Eazy-Dew, pétasse »

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[Portrait] « Eazy-Dew, pétasse »

06012016-IMG_7144 - 2Un jeudi après-midi comme un autre, non loin de la gare St-Lazare. Assis à la table d’un café, l’atmosphère de l’interview contraste très largement avec le temps froid et venteux que Paris nous réserve. En guise d’introduction « Moi c’est Eazy-Dew, je ne dirais pas mon prénom (rires). » Souriant mais mystérieux, le jeune Eazy-Dew me confie les grandes lignes de son parcours. Récit du cheminement d’un rappeur/producteur, d’une petite ville proche d’Amiens jusqu’à St-Denis.

« Je rappe depuis que j’ai 15/16 ans mais je fais de la musique beaucoup plus sérieusement depuis 4 ans. »

Davantage exposé pour ses productions ces deux dernières années, c’est bien via le rap que Eazy-Dew pénètre dans le monde du hip hop. Par l’intermédiaire de son beau-frère, il obtient ses premiers disques, tous produits outre-Atlantique : « Mon beau-frère m’a offert 3 albums de rap d’un coup : « Scorpion » de Eve, « Chronic 2001 » de Dr. Dre et un autre truc, peut-être un projet de Fifty. » Il ajoute : « À cette époque je faisais de la batterie, j’ai commencé à 6 ans. J’étais à fond dans le son mais je n’avais pas encore d’approche personnelle de la musique. » Comme beaucoup, il se définit donc en tant qu’auditeur dans un premier temps. C’est au collège qu’il va faire ses classes en tant que rappeur pour la première fois « J’ai commencé à écrire des textes parce que j’étais avec un pote en cours et qu’on galérait. En cours de français, en contact direct avec la langue. On se disait que nous aussi on pouvait écrire des trucs. On n’avait pas de faces b d’ailleurs à l’époque, on rappait sur des sons de 2pac avec les voix (rires). »

Si ses premiers pas au collège se dirigent vers le rap, son entrée au lycée va lui permettre d’expérimenter une nouvelle dimension : le beatmaking. Encore une fois, il commence sous l’influence de l’un de ses amis : « J’ai un pote qui avait téléchargé Fruity Loops mais il ne nous avait pas dit qu’il faisait des prods à l’époque. Un jour il a ramené un CD avec pleins de prods à lui, on a écouté ça et on s’est dit « putain mais c’est chaud » ! C’est parti comme ça, j’ai téléchargé le logiciel et je m’y suis mis. » En déménageant de sa ville natale vers la capitale, il atterrit dans un internat parisien et la musique prend alors une nouvelle importance. Considérant FL Studio comme un logiciel conçu « pour les analphabètes de la musique », il passe rapidement à autre chose : « Quand je suis arrivé à Paris, j’ai vite découvert le hip hop dans sa globalité. Je ne suis pas resté longtemps sur FL. J’étais vissé sur mon PC et ma boite à rythme, je faisais des prods et j’écrivais sans arrêt. J’ai découvert aussi les open mics, parce qu’il n’y avait pas ça chez moi (à Amiens, ndlr). »

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« J’ai jamais réussi à arrêter le rap »

En terme d’influences, impossible pour lui de se décider sur son producteur préféré. Tous ont leur intérêt à ses yeux « T’aimes Dre pour son mixage, t’aimes Scott Storch parce qu’il t’enjaille, t’aimes J Dilla pour son groove incroyable, t’aimes DJ premier parce que ça pue la soul et le jazz. Chacun a sa particularité. » Cependant, lorsque l’on creuse davantage, un nom atypique finit par ressortir : DJ Battle Cat « Il est grave pas connu (rires). Enfin pas pour les gens d’aujourd’hui. C’est un mec qui a beaucoup produit Snoop et de la G-Funk en général donc Kurupt, Daz Dillinger, etc. Moi le bled d’où je viens, c’est la mer. Si t’écoutais du rap us chez moi t’écoutais de la west-coast sinon t’avais pas de potes (rires) » Il enchaine « Le G-Funk ça m’a complètement traumatisé. Je trainais avec des gitans qui eux aussi écoutaient de la Funk. Battle Cat c’est un producteur complètement fou. Tout part dans tous les sens. Lui il m’a traumatisé plus que Dre. » Fort de ces traumatismes musicaux, le jeune parisien d’adoption va commencer à élaborer ses premières productions.

Mise à part une beat-tape sortie à l’époque du lycée, son premier et seul vrai projet « Pièces 12’13 » voit le jour le 31 décembre 2013 : « C’est un regroupement des sons que j’ai faits entre 2012 et 2013. J’avais des morceaux qui dormaient, je les ai rassemblés, j’ai pris une photo à la con et j’ai sorti le projet, sans mix ni rien. » Sans prétention aucune, l’introduction du projet raconte l’histoire de la conception de ce dernier, une façon pour lui de « passer cette étape » et d’« enterrer le passé ». Même s’il a l’air de ne pas y croire, cet « album » est bien sa première pièce de qualité. Caractéristique de sa période boom-bap/digger de samples, les sonorités jazz qui émanent du projet ne sont pas perçues comme anachroniques mais plutôt comme représentatives de ses influences de l’époque. Une fois passé ce cap, Dew Allen va faire des rencontres qui l’amèneront à travailler en collaboration avec d’autres rappeurs, mettant davantage en avant ses qualités de beatmaker.

« En 2015, ça s’est accéléré »

« C’est quelqu’un avec qui je m’entends hyper bien, c’est mon reu-fré. Lui il vivait en Angleterre, quand il passait en France il créchait chez moi. » Voilà comment il décrit sa relation avec Le Huss pour qui il produira une grande partie des beats sur ses projets « Finesse », « Finesse 2 » et « City Lights ». En 2015, il collabore également avec Tortoz, May Hi ou encore Josman avec lequel il sort le « Fly Pack », un court projet disponible gratuitement sur soundcloud. La rencontre avec ce dernier se fait par l’intermédiaire d’une école de mixage dans laquelle ils étudient tous les deux « Je connaissais Josman de nom, de tête vite fait mais je l’avais pas vraiment reconnu parce que je le croyais plus grand (rires). Il n’est pas très grand mais en réalité, on fait à peu près la même taille (rires). Et au bout d’un mois je me dis « mais merde c’est lui » ! On a fait connaissance, je l’ai invité à une soirée et on a bien accroché. » De fil en aiguille, une alchimie se crée et ils commencent à faire de la musique ensemble. Josman finira par l’inviter pour sa « Grünt », une série de freestyle vidéo mettant en avant des rappeurs de talents.

Même s’il précise lui-même qu’il n’a jamais réussi à arrêter le rap, il y revient plus sérieusement en décembre 2015 lorsqu’il sort « F7M » (Fuck cette merde, ndlr) « Depuis que j’ai commencé à écrire, il y a toujours un moment où j’ai un truc qui me vient et où je m’y remets. Le peu de fois où j’écris maintenant, c’est rare et c’est hyper impulsif. Je ne me force pas à écrire. Le texte de « F7M » je l’ai écrit en 10 minutes et ça faisait 6 mois que j’avais rien écrit. » Ce morceau solo autoproduit est une petite réussite. Sur une production très actuelle et très travaillée, le public découvre un rappeur technique usant de schémas audacieux. Il définit ce morceau comme un test « Je voulais arriver avec une prise de risque. T’as du rap, t’as un refrain un peu gueulé/chanté chelou, t’as une prod sombre et lente et t’as un mixage avec des réverbes hyper longues pas du tout rap à la base. La structure du morceau est bizarre aussi : t’as un long couplet, un pont et un refrain. Je me suis dit : si les gens sont captivés par ça, j’ai réussi le truc » Avec le peu de notoriété qu’il a, on peut en conclure que le pari est réussi.

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« Maintenant je suis surtout dans soundcloud et le rap »

Exit la période de digger de samples, le jeune producteur creuse maintenant sur la plateforme de streaming soundlcoud afin de trouver les dernières perles en terme de production. C’est sur cette dernière qu’il a d’ailleurs laissé fuiter son dernier solo « Depuis jour 1.5 ». Après ces deux morceaux très prometteurs, on est impatient de voir ce que Eazy-Dew nous réserve pour l’avenir. Affaire à suivre !

Retrouve Eazy-Dew sur soundcloud.

Toni S. pour Baskets Blanches

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Toni S.

Dans la matrice comme Néo. Peu d'élus dans nos milieux. Paris East-Side

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