DOSSIERS SPECIAUX Slider — 19 janvier 2012
Portrait – Deen Burbigo, Le Passionné

PORTRAIT – DEEN BURBIGO, LE PASSIONNÉ

Il en est de ces aventures aussi inattendues qu’imprévues, qui, malgré elles, se transforment en success stories. Des collectifs qui se forment sur le tas, au détour d’un freestyle sur un parking, sans but précis, mais qui vivent une ascension fulgurante, grâce à la passion qui habite ses membres. De ces crews, qui, après avoir écumé les open mics, scènes ouvertes, et battles en tous genres de la capitale, ont su se jouer du web et des réseaux sociaux à la perfection, jusqu’à atteindre un niveau de popularité ahurissant. Cette histoire, vous l’aurez compris, c’est celle de L’Entourage, le fameux collectif parisien qui, en à peine un peu plus de deux ans, s’est retrouve propulsé sur le devant de la scène, avant même de l’avoir véritablement envisagé. Face à cet impressionnant succès (il faut avoir vu la réaction de TOUTES les salles de concert, lorsque n’importe lequel de ses membres débarque sur scène pour réellement comprendre cela), ses nombreuses succursales ont été hyperactives en 2011, si bien que le crew peut déjà se targuer d’avoir chamboulé et marqué au fer rouge l’histoire du rap français. Énumérer chacun des membres qui le composent relèverait de l’exploit, mais parmi ses personnages les plus actifs, comment ne pas citer les membres d’1995, qui ont vécu une année de « rookies vétérans » en remplissant chacune des salles qu’ils ont investies en France, Guizmo qui fait son bonhomme de chemin aux côtés de la Zone Sensible de Barbès, Jazzy Bazz, dont la plume est fermement attendue en 2012 et… Deen Burbigo, l’un des soldats les plus charismatiques du crew.

Les débuts dans le Sud-Est

Deen, arrivé sur le tard en région parisienne, a un parcours assez atypique. Né à Marseille en 1987, il gravite toute son enfance entre la cité phocéenne et Toulon, où sa famille décide de s’installer. C’est aux alentours de ses 15 ans qu’il commence le rap : « A la base, je faisais du break. », m’explique-t-il. « Puis un jour, un mec est venu dans la MJC où je dansais, accompagné d’un DJ. Il a installé ses platines, branché son micro et a commencé à répéter pour une scène. Ça a été le déclic. » A partir de ce jour, il commence à écrire et fera successivement partie de plusieurs groupes avec ses amis d’enfance (La Relève, Rhétoriste, le collectif Guerilla Music). Il sortira même une mixtape au niveau local, sans réel travail de promo derrière. Mais il ne se reconnaît pas vraiment dans le rap sudiste. Son esprit est aux states et plus précisément à New York : « Je dénotais complètement par rapport à ce qui se faisait dans le coin, de ma façon de rapper jusqu’à mon style vestimentaire. Sans prétention, j’avais beau découper en freestyle, personne ne me calculait vraiment. », confie-t-il. « Avec le recul, aujourd’hui, je peux comprendre pourquoi : j’étais tellement dans ma matrice avec mes gros sweaters, bien larges », rigole-t-il. Il faut dire que son rap est aux antipodes de ce que l’on connait de Marseille : pas ou peu d’accent, des instrus très soul, un flow, une voix et un style reconnaissables parmi mille, mais complètement différent de ce qui se fait dans le Sud Est.

L’Entourage

A 20 ans, pour des raisons personnelles, il prend la direction de la capitale, où il en profite pour reprendre ses études. « J’étais vraiment à fond dans le son à cette période, mais ce n’est pas vraiment ça qui a déterminé mon déménagement. Déjà, je suis pas monté seul, puis j’avais besoin de voir autre chose. » La première année à Paris est assez calme musicalement pour Burbigo, concentré sur ses cours à la fac, mais après un temps d’adaptation, le MC reprend du service, et pas des moindres. C’est début 2010 que son chemin croise celui d’Alpha Wann, lors d’un tremplin organisé par la Scred à la Goutte d’Or. Le premier contact n’est pas très concluant. Intrigué par son style atypique, Alpha l’approche : « Toi t’es influencé Chien de Pailles, non ? ». Réponse : « Non, pas du tout. ». Pour une première, la discussion s’arrête là. « Ce n’est pas que je n’aime pas Chien de Pailles, au contraire, ils écrivent super bien. Mais l’affiliation me dérangeait. », rigole-t-il. Fort heureusement, il n’y a que les montagnes qui ne se retrouvent pas, et ils sont amenés à discuter à nouveau lors d’un concert dans le 19ème. Cette fois-ci, Nekfeu est de la partie et la conversation se prolonge jusque sur le parking, devant la boite du concert, où ils finiront par kicker chacun leur tour. Le feeling est immédiat, Deen se retrouvera 2/3 jours plus tard à poser pour la tape de S. Crew, avec la plupart de ceux que l’on connait désormais sous le nom de L’Entourage.

« A cette époque, L’Entourage, c’était un mot qui circulait entre nous, mais rien de bien défini. Nous étions surtout des jeunes rappeurs des quatre coins de Paris, qui gravitaient autour de plusieurs groupes comme Cool Connexion, POS (1995 de l’époque) ou K2Conscience. » C’est vraiment la passion du rap qui a réuni tout ce beau monde, et Burbigo va même plus loin en qualifiant cette période de véritable « école du rap ». En plus de partager un kiff, les intéressés se sont mis à partager leur technique, et plus précisément leur manière d’écrire. « Beaucoup de gens disent : « L’Entourage, c’est pas mal, mais vous rappez tous pareil« . Déjà, c’est faux, car pour moi ce qui fait notre force, c’est justement la diversité des styles, mais ce qui est vrai là-dedans, c’est qu’on a tous le même cheminement, la même « science«  de l’écriture. » Comprenez par là, qu’à force de discussion et d’observation, tous ces rappeurs ont développé des schémas de rimes bien précis, basés sur le nombre de syllabes et la symétrie des phases, un peu comme dans la poésie. « Avant de faire partie de l’équipe, je bossais un peu à l’aveuglette. C’est vraiment à partir du moment où je suis rentré dans le crew que j’ai développé ces techniques. ».

Et avant L’Entourage, que s’est-il donc passé ? « Tu dois sûrement le savoir, j’ai sorti un E.P qui s’appelle « Din, rimes et intérim«  il y a quelques temps. ». J’acquiesce. « Pour être honnête, cet E.P, je le déteste. », affirme-t-il catégorique. Il est vrai qu’objectivement, ce disque est nettement en deçà de son niveau actuel. Mais l’autocritique est un peu rude, car Deen était jeune à cette époque. Et quel jeune rappeur n’a pas ses « dossiers ». « Il y a des morceaux que j’aime bien comme « J’écris la rue« , et je trouve que les prods sont de qualité, mais le mix est horrible, et pour en revenir à ce que je disais un peu plus tôt, je n’avais pas la même manière de concevoir mes textes. A l’heure où je te parle, je suis allé à la fac, j’ai une licence d’histoire. J’ai rencontré des tas de gens, de tous horizons, j’ai voyagé (en France, au Canada, en Suisse, N.D.L.R), j’ai bossé, etc. Avant, je n’avais jamais quitté l’axe Marseille/Toulon, ni la région PACA…Ma vision de la vie n’est plus la même aujourd’hui. ». Deen en profite malgré tout pour saluer le beatmaker Suprem, avec qui il bossait, et à qui il doit énormément, d’après ses dires : « Je lui dois beaucoup. Il m’a mis pas mal de disques entre les mains ; des albums qui m’ont influencé à l’époque et qui quelque part font partie de mon bagage d’aujourd’hui. ».

Des Rap Contenders à la médiatisation
Suite à cet E.P, il y a donc eu ces rencontres, et surtout une médiatisation plus que soudaine. Deen, même s’il admet ne pas y avoir été préparé, semble plutôt bien gérer la chose : « Au début, je lisais chaque commentaire, chaque remarque qui pouvait être faite », s’amuse-t-il. « J’ai vite arrêté ! En revanche, tout ça m’a permis de relativiser. Les gens que j’écoutais me checkent aujourd’hui et me félicitent. Ça peut sembler stupide, mais quelque part, ça les humanise, et surtout ça m’a prouvé qu’à force de travail, tout est accessible. ». Car ne nous méprenons pas, sous ses allures de nouveau venu, Burbigo a tout de même presque 10 piges de rap dans la pattes, et surtout une belle culture musicale. Et c’est sûrement ça qui a été le plus dur pour lui. Réaliser que les gens qui l’écoutent aujourd’hui et qui apprécient son travail n’ont pas le même bagage que lui : « J’ai été choqué le jour où j’ai lu un commentaire d’un internaute qui demandait quelle était l’instru du freestyle « 92 mesures«  (NDLR de Guizmo, sur l’instru de « Shook Ones »). », avoue-t-il. « Je l’ai été encore plus, quand j’ai lu la réponse: « C’est 8 miles » ! ». C’est quelque chose qu’il accepte désormais : une nouvelle génération d’auditeurs a vu le jour et ne maîtrise pas toujours les bases. Et ces auditeurs font vraisemblablement partie du navire « Rap Contenders », car il est difficile de ne pas reconnaître que les RC ont beaucoup aidé les membres de L’Entourage dans leur conquête du rap français. Deen reste très lucide à ce sujet : « C’est évident que ça nous a boostés. Au delà même du rap, il s’agissait d’entertainment, sans musique, avec beaucoup d’humour, ce qui nous a permis de toucher un public plus large. » Mais de là à croire que ce sont les RC qui les ont formés, il y a un fossé. L’Entourage était de toute manière tellement présent dans l’underground parisien, que tôt ou tard, un événement aurait fait parler d’eux : « Sincèrement, quiconque a fréquenté un peu les soirées sur Paname entre 2009 et 2011 nous a forcément croisés. Ça a été les RC, ça aurait pu être autre chose ! ». Pour conclure sur le sujet, je lui parle des relations qu’il entretient avec Taïpan, son adversaire d’un soir, salement esquinté par la vanne sur la bouteille d’Evian : « C’est mon pote ! Enfin, c’est devenu mon pote. Il m’a fait écouter son album, qui va être archi-lourd. », nous informe-t-il. «  L’avantage que j’avais sur lui, c’est que je connaissais sa musique, j’avais même acheté sa tape à l’époque ! ».

What’s next ?

Vous l’aurez compris, le Marseillais s’est buté au le rap américain, principalement à celui de la Grosse Pomme. Il connait ses classiques sur le bout des doigts : Jay-Z, Biggie, Nas, Big L, Big Pun, Mobb Deep, Kool G Rap, etc., et cela se ressent dans sa manière de poser ses textes, tout comme dans ses choix d’instrus. Mais il apprécie également des artistes français tels que Dany Dan, Nubi, ILL, Lino ou encore Zekwe Ramos, sans oublier son pote Alpha Wann, qu’il désigne comme l’un des tous meilleurs rappeurs français actuels. Lorsqu’on l’interroge sur le rap français de manière générale, sa réponse est plus mitigée : « En fait, ce qui me fatigue, c’est ce côté « cherche à prouver » que peuvent avoir certains rappeurs. »

Deen Burbigo (Beur-Bigo, téléphone arabe pour l’anectode) sortira en avril 2012, si tout va bien, un E.P dont le nom est pour l’instant tenu secret. En parallèle, L’Entourage prépare sa mixtape, qui a été retardée à cause de l’activité débordante de ses membres. Si l’on en croit Deen, quelques jolis morceaux ont déjà été stockés. Bref, vous l’aurez compris, il faudra encore compter sur eux cette année, et Bigo, pour sa part, n’a pas fini de faire résonner sa voix grave ! « J’aime le rap, que ce soit sur scène, en cabine, ou en freestyle avec les potes. Donc les amis, vous allez m’entendre ! » En atteste ce son en collaboration avec Sango, où « rien n’a été calculé ». Et vous, vous dites « oui » à Deen Burbigo ?! Une fois n’est pas coutume, affaire à suivre !

Peace,

RM

 

 

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(3) Commentaires

  1. DEEN BURBIGO es un vrais j’espère qu’il sera reconnue est respecter pour se k’il fait

  2. J’ai connu deen burbigo avec les RC , il avait vraiment une façon bien à lui de lâcher ses phases , ensuite j’ai ecouté son premier Ep intérim je sais pas quoi la Pfiou j’ai pas du tout aimé . Je me suis dis que s’il rappait avec le même flow que sur ses battles ce serait parfait ! Donc après j’ai adoré ses collab avec l’entourage et son Can i kick it qui est l’un des meilleurs pour moi et la j’ai simplement adoré soldat sur! Donc j’espère voir deen s’épanouir dans le milieu du rap encore longtemps .. Très bon article !!!

  3. Passionné et passionant! Du bon taf l’article! :)

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