[Portrait] Coyote – Bastard Boyz

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[Portrait] Coyote – Bastard Boyz

yoteco

« Coyote, Jo Bastard, Black Kurt Cobain, Plugman, 17, Bastard Boyz, rien d’autre à ajouter. » Entrée en matière plus qu’efficace, Coyote n’est pas de ceux qui parlent pour combler un vide. Fruit de son époque et donc enfant de la productivité, il multiplie autant les a.k.a que les mixtapes. Alors que le printemps s’installe peu à peu en France, le jeune Coyote en est déjà à son deuxième projet cette année. Posés au cœur de son 17ème arrondissement, je décortique avec lui le début d’un parcours dans le rap qui s’annonce prometteur.

« Les gens disaient que je courais vite comme Coyote et c’est resté. »

« La radio, la télé, les grands cousins, les grands frères » Plus de portes d’entrées qu’il n’en faut pour plonger dans le monde du rap. Mais dès les premières heures, comme une vocation profonde, il se tourne vers les différents « Les premiers sons que j’ai écouté c’était des trucs à l’ancienne comme Mario, Ying Yang Twins ou T-Pain, ceux qui étaient pas comme les autres en fait. » Il prend goût à l’écriture après un jump outre-Atlantique dans la Big Apple en 2011. La rencontre avec la culture américaine va le marquer au fer, notamment un clip en particulier « Là bas il y a une chaine, l’équivalent de MTV Base, c’est MTV Jam. J’ai découvert le clip « Peso » de A$AP Rocky. C’est pas lui qui m’a donné envie de rapper mais c’est lui qui m’a donné envie d’apporter un truc différent, pas comme les autres. Il m’a donné envie d’arriver avec ma propre éthique. » Si l’influence du rappeur de Harlem ne se ressent pas forcément au niveau musical, des parallèles notoires comme la mode ou le goût pour une certaine boisson rose ressortent malgré lui.

De retour à Paris, il forme en 2012 la Jungle Gang avec ses amis d’enfance Maxi J et Kiero : « On a sorti une série de freestyle genre freestyle 1, freestyle 2, comme tous les rappeurs à l’ancienne (rires). On était tous bien nul. On n’est pas devenu des grandes stars, des grands artistes ou des grands hommes riches mais avec le temps, on a tous progressé pour arriver jusqu’à aujourd’hui. » Le jeune canidé du 17ème arrondissement commence donc son ascension entouré de sa Jungle… et de Keazy. Partenaires depuis le collège, c’est ensemble qu’ils tourneront leur premier clip « J’avais pris l’appareil photo de ma mère et je lui ai dis « vas-y clip ». Il était pas réalisateur à la base, il graffait seulement. Il a kiffé et il a fait son chemin. » Évoluant au cœur du triangle d’or (quartier s’étalant entre Porte de Clichy, Porte de Saint-Ouen et La Fourche, ndlr), foyer regorgeant de rappeurs, Coyote côtoie les groupes phares de son quartier sans pour autant y prendre part. Tout en respectant le parcours des anciens, il n’aura de cesse de chercher à se démarquer « Dire que ça n’est pas des exemples de réussite ça serait te mentir. Tout le monde veut sortir des projets, faire des tournées et avoir une vrai fan base en place. Que ce soit le XVBarbar ou un autre c’est pareil. On est tous contents de voir les gens qu’on connaît réussir mais c’est pas ça qui me pousse à rapper. ».

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Pas dans leur jeu

Deux ans après ses débuts dans le rap, il sort son premier projet « Parizona ». Si aujourd’hui il en rigole, le dénigrant quelque peu, il reconnaît volontiers que ce premier opus a été celui qui a créé le plus d’engouement avant sa sortie « C’est même pas un projet ça (rires). J’avais pris tous les sons que j’avais enregistrés à l’ancienne et je les avais mis dessus. Sur les réseaux sociaux, tout le monde en parlait sans savoir ce que c’était. » Encore très éparse en terme d’influences, cette première mixtape marque déjà les prémices d’une future inspiration ATLienne assumée. Les featuring restent familiaux, que ce soit avec des rappeurs du 17ème ou avec des collectifs autour desquels il gravite comme Les Tontons Flingueurs ou EradoubleV. S’en suit deux nouvelles mixtapes : « Prince Bastard » puis « La mort avant la vie » début 2016. Portée par le hit « Pas dans leur jeu 1.7 » et par les featuring avec Leto (PSO Thug) et Cheu-b (XVBarbar), ce dernier projet lui permet de gagner clairement en notoriété. Si les featuring ont permis une mise en lumière plus importante, ils n’étaient pas nécessairement prévus initialement « Le feat avec Leto il est sorti de nulle part (rires). J’étais sur le tournage de « D.O.T.C » avec Cheu-b, et Leto nous dit « vous êtes des batards, vous m’avez pas invité dans le son » (rires). Je lui ai dis « mardi on va au studio ». On y est allé et on a enregistré « Tej ta conss », en quelques heures. » Suite à la bonne réception de ce dernier, il sort fin avril 2016 « Bastard Alchemist », son dernier projet en date.

Entièrement produite par Ghost Track, cette mixtape est née suite à la sollicitation du jeune producteur « C’est Ghost qui m’a proposé de faire un projet commun. Je connais les sons qu’il a produits et honnêtement, je trouve que c’est un génie. », il ajoute : « Tu connais Flash McQueen dans Cars ? « Bastard Alchemist » c’est ça. En moins d’un mois le projet a été bouclé. » Pour la première fois, il décide de proposer une mixtape au format gratuit et payant. Le projet reste « ouvert à tout le monde, ceux qui ont moins de moyens ou pas de CB » mais le distribuer sur l’ensemble des plateformes de téléchargement, y compris celles payantes, lui permet de gagner en exposition. Le nom de la mixtape s’inspire de l’association des entités « 412 Alchemists » (groupe de producteurs, ndlr) et « Bastard Boyz ». Gimmick présent dans la quasi-totalité de ses morceaux, Bastard Boyz représente en réalité son cercle, les gens qui l’entourent. Aspirant à une élévation de ce dernier, il le réduit pour l’instant à une simple idée : « C’est dans ma tête (rires). Tous les rappeurs ont leur truc, moi c’est Bastard Boyz. C’est une ambition aussi. Le truc c’est de se dire qu’à la fin, Bastard Boyz le label existera. Ça sera genre le Def Jam 2.0 (rires). »

« Tu vois les arlequins ? La lean c’est pareil. »

De l’eau a coulé sous les ponts depuis ce fameux clip de « Peso » visionné à New York. Il côtoie aujourd’hui le A$AP Mob lors de leurs passages au sein de l’hexagone « C’est grâce à un très bon pote à moi, Luciano. Il a passé des soirées à New York et à Londres avec eux. Après moi j’ai passé quelques journées avec eux à Paris. » Si cette relation semble plus amicale qu’artistique, la question d’un possible featuring avec un des membres du crew Harlémite ressort comme une évidence « Si je sors un projet sérieux, c’est sur qu’il y aura un gars du Mob. Je ne dirais pas qui, et le projet ne sortira peut être jamais. » S’il se lance dans le rap après son passage à New-York, c’est bien la capitale de la Géorgie qui demeure dans son viseur. En tant que pur produit de sa génération, il s’affiche et revendique la consommation de lean dans la majorité de ses clips, à l’instar des grands noms d’Atlanta. Abordant la mort de A$AP Yams l’année dernière, il m’explique son point de vue : « Dans un texte j’écris : « je suis pas ton père, t’es pas mon fils, je te donne pas de leçon ». Je ne pourrais jamais me permettre de dire à quelqu’un d’arrêter de boire de la lean, je ne serais même pas crédible. Chacun est libre d’en consommer, de se mettre des limites et d’en assumer les conséquences »

Influencé ou pas par sa consommation, l’univers atypique qu’il s’est construit se détache clairement du reste du rap français. Comme beaucoup de rappeurs, il avoue ne pas en écouter beaucoup. Ses références actuelles prennent évidemment racine du côté de l’Amérique « J’écoute beaucoup de Davido ou Lil Uzi Vert en ce moment. J’écoute aussi du Drake, il fait que des vrais sons. Et du Young Thug, jour et nuit. » Fasciné par la rock star d’Atlanta, c’est à une autre rock star qu’il voue finalement un culte indéfectible « Si je devais collaborer avec un autre artiste ? Mort ou vivant ? Sans hésitation ça serait Kurt Cobain. » Celui qui se fait surnommer le Black Kurt Cobain et qui ne jure que par la 27ème ère trouve dans le leader de Nirvana sa définition d’un artiste accompli. En guise de dernier parallèle avec le Young Stoner d’ATL, il ajoute : « Tu vois l’interview de Young Thug où il dit que son voisin c’est Kanye West dans un autre monde ? Moi dans cet autre monde, mon voisin c’est Kurt Cobain. ». Quand on vous parle d’influences multiples…

« Bastard Boyz, Didi World. Longue vie aux Bastards. »

Sa popularité s’accroit à mesure que les projets s’enchaînent. Moins de 6 mois après sa sortie, sa mixtape « La mort avant la vie » totalise déjà plus 4000 téléchargements et 15 000 écoutes sur le site Haute Culture. Les yeux rivés vers l’avenir, il prépare déjà son futur projet, dans l’ombre, comme à son habitude. Si vous n’êtes pas encore rentré dans son jeu, c’est le moment de le faire car Coyote passe à la vitesse supérieure et les retardataires ne seront pas du voyage, à méditer.

Toni S. pour Baskets Blanches

Crédits photos Namasjo

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Toni S.

Dans la matrice comme Néo. Peu d'élus dans nos milieux. Paris East-Side

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