[Portrait] CBR Click – Flows, gimmicks et bonne humeur : le 19ème décomplexé !

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[Portrait] CBR Click – Flows, gimmicks et bonne humeur… le 19ème décomplexé !

Secteur emblématique du nord de la capitale, le 19ème arrondissement et ses nombreux quartiers populaires ont largement contribué à écrire l’histoire du rap parisien. Au milieu des années 90, quelques-unes de ses plus belles pages y ont été noircies, notamment lorsqu’officiait la mythique écurie Time Bomb, comptant en ses rangs deux célèbres représentants du « 20-1 » : Oxmo Puccino (Danube) et Pit Baccardi (Place des Fêtes). Plus récemment et plus au sud de l’arrondissement, à la frontière du 20ème pour être précis, Mister You a su placer Belleville sur l’échiquier du rap français, avant d’ouvrir sa musique et de rencontrer le succès qu’on lui connait. Du côté de Danube, Abis s’est quant à lui positionné comme l’un des piliers d’un rap underground, intransigeant et marqué par la plume. Depuis que les distances avec la 9ème Zoo originelle ont été prises, Jarod prend fièrement position pour son « 1.9 » natal et les grands ensembles qui habillent le secteur Riquet/Stalingrad, tandis que le tentaculaire collectif L’Entourage compte également deux de ses membres qui ont grandi de part et d’autre du Canal de l’Ourcq : Jazzy Bazz et Eff Gee. Sans oublier les nombreux groupes et rappeurs qui continuent à alimenter la créativité de Paris Nord, même si les projecteurs rechignent à se braquer sur eux (notamment Express Bavon ou Tino et le 1.9 Réseaux). Parmi ces groupes plutôt méconnus, la CBR Click opère depuis maintenant quelques années en plein cœur de la cité Curial-Cambrai, dans un anonymat relativement étonnant, au vu des qualités techniques dont font preuve ses MC’s. Forts de nombreux clips et freestyles diffusés sur la toile, les cinq membres qui composent le groupe sont pourtant bien loin de se formaliser : dénués de toutes pensées carriéristes, leur seul objectif est de s’amuser, de prendre du plaisir, de se « lâcher » une fois le beat enclenché. Et cela se ressent, tout particulièrement sur leur seule et unique mixtape, sortie en téléchargement gratuit en toute fin d’année dernière : musique décomplexée, bonne humeur communicative, argot parisien très marqué (« le vaveu »), flow barrés et gimmicks imparables – « En iiii baba, bah ouiii baba » (que vous aurez certainement du mal à vous sortir de la tête à l’issue de cet article) – sont les maîtres-mots ! Intrigué par la démarche de ce collectif atypique, Baskets Blanches a décidé d’aller à la rencontre de ses membres. Par une après-midi ensoleillée du mois de mars, la CBR Click m’a chaleureusement accueilli en son fief, pour me raconter son histoire. Focus sur le parcours de ce groupe qui évolue en marge des standards traditionnels !

CBR 3« En i baba ! »

Comme pour de nombreux groupes de quartier, l’histoire de la CBR Click dépasse largement le cadre de la simple musique. Les 5 membres qui la composent– Blavon, Vensti, Delpinos, Gabin et Fading – sont tous des amis d’enfance, qui se côtoient depuis les bancs de l’école. C’est donc tout naturellement que le groupe voit le jour en 2006 : animés par une passion commune et sous l’impulsion de Vensti – véritable mordu de rap américain, les acolytes créent le Collectif Braqueurs 2 Rimes, dont les initiales rendent hommage au quartier Cambrai, qu’ils défendent avec fierté. Bien qu’aucun groupe n’en soit réellement sorti, ou du moins n’ait connu une exposition nationale, le rap est largement présent dans cette cité. Nombreux sont les modèles qui ont pu inspirer nos rappeurs en herbe : La Famille Haussmann, Treepsal, Rhodstar de la Bavonne (qui a sorti les tapes « Le million ou la prison vol. 1 et 2 » avec de nombreux artistes de Cambrai). Jeunesse et fougue obligent, la formation initiale n’est bien entendu pas la dernière. Celle-ci se stabilise aux alentours de 2009. Pourtant le premier projet ne voit le jour qu’en 2014 : à plusieurs reprises, le groupe se sent prêt à passer le cap du premier opus, mais les aléas de la vie (incarcérations pour certains, travail pour d’autres) retardent régulièrement l’échéance. En attendant que la formation soit fin prête, les rappeurs peaufinent leurs gammes et cultivent leur style, caractérisés par un langage et des gimmicks très particuliers. Pour preuve, le « vaveu » – argot originaire du 19ème arrondissement (aujourd’hui très répandu dans la capitale et en France)- est leur marque de fabrique : ce jargon qui consiste à ajouter la syllabe « av » à l’intérieur des mots (le mot « bon » devient par exemple « bavon », le mot « gars » devient « gava ») vient de chez eux. La CBR Click le revendique fièrement, en joue, et pousse le délire jusqu’à l’extrême, plaçant des mots en « vaveu » dès que l’occasion se présente. Au point d’en faire une marque quasi-déposée. Tout comme leur gimmick entêtant, qui investit chacune de leurs interventions, sans exception aucune : « En iiii baba ». Cette mystérieuse phrase, à laquelle il convient de répondre « bah oui baba », est reprise à l’unisson et matraquée avec le sourire dans chaque freestyle, morceau, passage radio ou vidéo du groupe. Pour ses membres, cette formule ne fait qu’illustrer leur état d’esprit : « À l’époque, quand les gens du quartier sortaient en boîte et se sapaient, on leur disait : là, t’es en « i » baba (mon pote) ! T’es frais, quoi ! Ça, c’est l’histoire de base (rires), mais l’expression est restée et à force d’être répétée, elle a pris de nombreuses significations : tu peux aller au resto avec ta meuf ou au grec et être « en iii baba »(rires). Elle reflète en tout cas parfaitement notre manière de fonctionner : pas de prise de tête, de la positivité, avec le sourire. On fait ça pour s’amuser ! »

CBRUE : Une affaire de famille

Si leur argot et leurs gimmicks leur permettent d’être clairement identifiables, leurs flows ne sont pas en reste. Complètement décomplexés, les cinq rappeurs de la CBR Click prennent un malin plaisir à aborder les beats de manière inattendue et à tordre les rythmiques avec une approche non conventionnelle : « On s’est butés et on se bute encore au rap américain : on a toujours été traumatisés par les flow. Mais tout se fait naturellement, sans calcul. Quand on entre cabine  ou qu’on freestyle en radio, c’est avant tout une compétition saine entre nous et surtout, on se lâche. » Une simplicité non feinte qui trouve son écho dans une autre ville historiquement majeure du rap français : Marseille. Très proche de la Révolution Urbaine, la CBR Click apparaît régulièrement dans des vidéos aux côtés des MCs de l’écurie Street Skillz. Et de nombreuses similitudes caractérisent les deux groupes. Mais là aussi, l’histoire va bien au-delà du rap : Delpinos étant le cousin de Briganté, il s’agit là d’une affaire de sang, qui a rapidement gagné les deux équipes : « C’est la vraie famille ! On se connaissait bien avant la musique. Il nous arrivait d’aller à Marseille ou que eux viennent à Paris et systématiquement, on se retrouvait et traînait ensemble. Et même quand on a commencé à rapper, ça n’était pas la musique qui nous liait. Jusqu’au jour où Briganté nous a dit : « Les gars, vous rappez, nous aussi. Faisons la première véritable connexion Paris/Marseille ! » » L’alliance musicale était certes inévitable, mais encore fallait-il le formuler : de nombreux freestyles en ont découlé (sur Daymolition ou lors de la semaine Planète Rap de la RUE), et très logiquement, une collaboration a suivi : CBRUE. De manière très naturelle, une fois de plus !

« Ba oui Baba vol.1 »

CBR 2Forte de ces expériences sur scène et en radio, la CBR Click est entrée en studio entre 2012 et 2014, afin de concocter sa toute première mixtape : sortie le 24 décembre en 2014 en guise de cadeau de Noël, « Ba oui baba vol.1 » a fait office de carte de visite pour le collectif, même si certains morceaux datent et ne reflètent pas nécessairement son niveau actuel. Elle illustre tout de même la versatilité et la folie dont peuvent faire preuve ses membres, Vensti et Fading en guise de chefs de file, et comporte l’ensemble des morceaux marquants du collectif jusqu’à ce jour (« Roule un Jokos », « On contrôle le mouvement », etc.). Actuellement en train de cuisiner le volume 2, CBR ne devrait pas tarder à servir la deuxième fournée. On vous invite donc fortement à tendre l’oreille. Une chose est sûre, ce genre de groupe « hors game », qui ne se prend pas au sérieux et ne joue pas de rôle, est une bouffée d’air pur dans un paysage parfois trop « codé ». Une fois n’est pas coutume, affaire à suivre !

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Renaud M.

J'écris sur les autres, pas sur moi.

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