Passions Cosmiques sur Detrooklyn : Amir Obé et le Filtre d’Amour

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Alors que les satellites qui gravitent autour de la planète RAPUS attendent dans les prochaines semaines les manifestations vitales d’un Views From The 6, des sondes audacieuses ont pu signaler, avec un intérêt certain, un autre phénomène astrologique. Le toronstaute Drake, a exploré depuis sa mission So Far Gone mais surtout Nothing Was The Same, une voie parallèle et hybride dans les expéditions du rap-monde. Certains l’affublent du nom de courant PBR&B (la Past Blue Ribbon est une bière appréciée dans les festivals de culture alternative). Dans les faits, l’on peut identifier un R&B, qui flirte avec le genre indie ou nu-wave. Celui des guitares électriques, surdopées par des basses envoûtantes. Larguées dans une péripétie de lents synthétiseurs. Les chants et déclamations des artistes en deviennent des nuages de torrides sensualités. Les maîtres de nos odes se retrouvent dans les figures de SZA, Miguel, Blood Orange, Solange, Jhené Aiko, FKA Twigs, Janelle Monàe, ou encore The Weeknd et Partynextdoor. Les acteurs de la firme y sont aussi géniaux que nombreux. Le dernier sous-cité, flirte depuis 2012, avec la fraîche promesse d’un converti au mouvement OVO. Si les lumières des sombres mélodies afros vous appâtent, vous serez hypnotisés par les candides néons vissés par Amir Obé.

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Enfant d’un mariage afro US et polonais, Amir Obé a passé sa jeunesse dans les disques de ses parents. Les Bee Gees, Marvin Gaye, Abba ou Stevie Wonder comme station d’ancrage, sa signature musicale se brode et s’effiloche sur les écoutes de Kanye West ou Pharrell, entre Detroit et Brooklyn, lorsqu’il chille avec son crew Neighborhood PHCK$. Son flow est un chatouillis vocal, monocorde, grave ou planant, balancé sur des revendications électroniques, blues, R&B. Une pure diction rapologique, qui nous emmène sur le carrelage du liquors’ store, dans l’angle du coin fumette et sous la fenêtre des demoiselles.

Juillet 2014 sera la date de sortie de sa première tape. Phreshy Duzit, qui a quitté Atlantic Records pour l’indépendance en 2009, est devenu Amir Obé sur un Detrooklyn compact, puissant et ennivré . Happening In Grey Area, droppé en Décembre 2015, a réchauffé les hanches de stripteaseuse, le clipper du briquet, mais a surtout confirmé la direction artistique et les qualités nutritives, disséminées dans les symphonies du rookie de 26 berges.

Sa dernière pièce musicale Won’t Find Love In The Hills est un projet 3 titres, qui se perche une nouvelle fois, dans les hauts sommets de l’ébriété. Principalement grâce à un autotune qui griffe et enrobe la trachée, Amir Obé balance de lentes partitions tribales sur fonds de sampling, dont les ambiances anxiogènes et connotées (sexe et produits fluorescents) nous font vibrer la carcasse. L’introduction « Before The Vomit » est une complainte maladive, ajustée et évaluée par la flûte crépusculaire de OZ. La poche de morphine se vide dans l’artère aorte du crooner, et s’infuse dans nos oreilles, comme une personnification de nos démons amoureux. On se plaît à écouter le mini EP dans un début de soirée furtive, sur les cuisses d’une belle antilope mais aussi en arpentant les rues du faubourg. Le rythme fracassant de « Took You Seriously » est un thème rebondi pour semelles Reebok, un filtre à lampions et criées lyriques. Amir Obé, sur une compo de NYLZ, laisse ses émotions et sa voix s’évader. Quand bien même il n’arriverait pas à retenir l’attention de ses déceptions sentimentales, il shoote en pleine poire la cymbale d’un R&B contemporain aux volumes sulfureux. Les courbes acoustiques et autres promesses expérimentales, vrillent encore la structure du conclusif et auto-produit « Won’t Find Love In The Hills ».

Les gimmicks et les capacités pulmonaires de Obé nous transportent, par des design obscurs et stellaires, dans une escapade de 9 minutes. Absolument trop courtes. Le ticket d’accès aux cockpits – Detrooklyn, Happening In Grey Area, Won’t Find Love In The Hills – est un recto-verso réutilisable selon nos besoins de luxure et de charmantes tortures. Mars était vraiment très proche, c’était il y a un mois. Vu le niveau et le perfectionnement qui s’engrangent dans les recherches esthétiques de chacun de ses opus, on attend avec impatience le premier album studio de Amir Obé.

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Roby

Le Roby qui cache la pépite

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