Orelsan au Bataclan – Rock Star !

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Mercredi 14 décembre 2011, 19h35, je sors du métro Oberkampf et me dirige vers le Boulevard Voltaire et… décidément, les concerts se suivent et ne ressemblent pas ! Ce soir, c’est Orelsan qui se produit au Bataclan et le concert affiche complet depuis quelque temps déjà. La file d’attente s’étend sur une bonne centaine de mètres, et les malheureux qui se trouvent en bout de course ne sont pas prêts de rentrer. Pour être honnête, je m’attendais à y trouver du monde, mais à ce point ?! Que s’est-il donc passé pour qu’en l’espace de deux ans, le Caennais passe du statut de paria à celui d’artiste remplissant l’une des plus prestigieuses salles de la capitale ?

Reprenons les choses dans l’ordre. Depuis quelques temps, Orelsan a le vent en poupe. Si on exclut de la compétition les deux OVNI du rap game que sont Booba et La Fouine, ayant chacun sorti une mixtape à succès (toutes deux chroniquées par Franckie Small sur Baskets Blanches), il est incontestablement l’artiste rap du semestre écoulé. Sa deuxième galette, « Le chant des sirènes » fait un tabac, ses sons tournent bien en radio, les clips de « Raelsan » et « Suicide Social » font l’unanimité, et ce même auprès des acteurs du mouvement (chose assez rare pour être soulignée). On est bien loin de l’époque où le MC normand devait justifier sur les plateaux de télévision, en prime time, qu’il n’incitait pas les « écervelés » qui l’écoutent à massacrer massivement les femmes de leur entourage… Sa première tournée avait été en partie annulée, à cause de ce même lynchage médiatique, mais cette période semble bel et bien révolue. Et tant mieux pour lui ! De cette épreuve, Orelsan en est sorti endurci : cela se ressent dans ses textes, comme dans son attitude, mais surtout, il a su se renouveler.

Voilà pour la petite intro, parlons maintenant de ce fameux concert. Car des choses à dire, il y en a !

Une grosse première partie : Deen Burbigo et Taipan

La première partie commence très fort, avec dans un premier temps, l’un des fers de lance du collectif L’Entourage, j’ai nommé Deen Burbigo. C’est toujours impressionnant de palper en live l’effet que provoque ce crew parisien sur le public. Car finalement, hormis « La Source » de 1995 et le très récent « Normal » de Guizmo, aucun de ses membres n’a de projet majeur à son actif. Et malgré ce déficit (qui sera rapidement comblé, n’ayez crainte), ils semblent faire l’unanimité partout où ils passent. De belles choses en perspective, c’est tout le mal qu’on leur souhaite. Deen arrive sur scène, et la salle, bien que pas tout à fait remplie, lui réserve un accueil du tonnerre. Un ou deux morceaux sont balancés, le temps pour lui-même et son backeur d’investir les planches du Bataclan. Ils mouillent fort le maillot, puis sont très vite rejoints par Eff Gee et Jazzy Bazz. Le public est déjà bouillant, en témoignent les « L » qui s’élèvent un peu partout : « Ça fait chaud au coeur », dixit Burbigo. Le set est assez court. Ils n’ont pas encore des dizaines de morceaux à jouer, mais c’est propre. Les MC’s quittent la scène, en remerciant chaleureusement le public.

La première partie ne s’arrête pas là pour autant. Ce soir, Deen partage l’affiche avec celui qu’il a affronté (et accessoirement gagné) lors des Rap Contenders (R.C.), le rappeur Taipan, dernière signature du label Bomayé Music. L’accueil est moins bruyant, car il est sans doute moins connu du grand public, mais sa prestation n’en est pas moindre. Taïpan est impressionnant de flow et d’aisance. Ses lyrics glissent avec nonchalance, sur des prods plutôt lentes. Style très efficace, malheureusement, un peu négligé par le public, à mon goût… La phase retenue : « J’observe ton talent… au microscope ! ». Il balance ensuite le morceau « La rentrée des clashes », et marque une pause après avoir balancé : « Si les juges avaient fait leur taff, j’aurais gagné aux R.C. »… Le public commence à siffler, lorsque Deen et son équipe réinvestissent la scène. Les MC’s se chamaillent avant de terminer tous ensemble en impro sur Face B. Belle mise en scène et belle preuve de solidarité. On apprendra d’ailleurs que Burbigo, tout comme Orelsan, seront présents sur le prochain album de Taipan. Fin de la première partie, grosse ambiance !

Un départ en trombe

La foule est désormais chauffée à blanc, et c’est d’ailleurs rare qu’une première partie fasse un tel effet. En jetant un coup d’œil rapide autour de moi, je constate que le public est très diversifié, il y a beaucoup de jeunes, et surtout, les filles se sont déplacées en masse. Preuve qu’elles ne sont pas effrayées par le « génie qui a écrit Sale Pute » !

La transition dure une quinzaine de minutes. Les lumières s’éteignent finalement, et le show peut commencer. C’est dans une ambiance délirante que les artistes font tour à tour leur entrée. Flash sur la scène et agréable surprise : le Caennais s’est entouré d’un orchestre (un batteur, un pianiste, un guitariste), alors que Skread est aux manettes. Ça commence à devenir assez commun dans le Hip Hop, finalement. Gringe et Ablaye se chargeront eux de l’appuyer. Au même moment, les premières notes du single « Raelsan » sont jouées, et le tant attendu Orelsan fait son apparition, cape sur la tête. Les gens sont tellement euphoriques, que j’ai presque du mal à croire qu’il s’agit là du premier morceau. Il retire sa cape : gros bordel ! C’est désormais clair, quoi qu’il fasse ce soir, le public réagira. Les phases fortes sont backées à l’unisson par la salle entière « C’est nous le futur, ouais c’est nous le futur! ». Le MC normand vient de prendre possession des lieux, sans le moindre échauffement. Le second titre joué sera « Mauvais idée », son plutôt sympathique, qui ne m’avait pas marqué plus que ça dans l’album, mais qui prend une toute autre dimension en live. Orelsan laisse le soin au public de reprendre le titre de la chanson, à la fin de chaque phase : « Commencer la clope à 30 ans…Mauvais idée ! Les mélanges d’alcool différents…Mauvaise idée ». Bel effet !

Il s’éclipse quelques instants : « Qu’est-ce vous pensez d’un petit flashback ? », hurle-t-il, avant de réapparaître sur scène habillé comme dans les 90’s. Ceux qui ont vu le clip l’auront compris : bonnet/casquette, doudoune, survet’ à pressions, etc., c’est l’heure du son « 1990 », pour tous les nostalgiques du Hip Hop à l’ancienne. Le public est survolté et adhère totalement au délire. Tant qu’on est dans le kickage autant y rester ! « Jimmy Punchline » sera le prochain morceau. C’est clairement dans ce registre qu’Orelsan excelle, lorsqu’il déverse ses phases salées, à l’humour grinçant sur du gros son ; il s’exécute sur une sélection de faces B classiques : Primo, RZA, Necro, etc., histoire de mettre les plus jeunes à la page.

Entre deux morceaux, le MC se pose et observe le public, le sourire aux lèvres, comme s’il ne réalisait pas que ces mouvements de foule lui sont destinés. S’en suivent un ou deux morceaux du premier album (« Changement »), puis l’étonnant « Plus rien ne m’étonne », qui, à la base, est pourtant loin d’être mon titre préféré. Magistralement interprété, il a le mérite « d’électroniser » le Bataclan, qui, en l’espace de 4 minutes, aura des allures de boite de nuit. Il réitérera l’expérience un peu plus tard, avec « N’importe comment » feat. Toxic Avenger, pour un résultat identique. L’occasion pour lui de partager ses influences avec son public, et de diffuser un morceau de Dizzee Rascal.

En mode Rock Star

Après cette parenthèse dansante, Orelsan calme l’ambiance. Il s’installe derrière le synthé, plaque quelques accords, en chantonnant, le refrain de « Pour le pire ». Jusqu’ici, les backeurs jouent leur partition à la lettre : ils ne s’imposent pas, mais leur présence semble indispensable. Et pour ce morceau, ils se mettent en mode « choristes » , genre « Raeletts » (les chanteuses de Ray Charles), avec une bonne dose d’auto-dérision. Le show est vraiment carré, le public plus présent que jamais, donc les morceaux s’enchainent : « Finir mal », lors duquel il tapote sur sa MPC en live, à la Kanye West, « Soirée ratée », qui manque un peu de justesse au refrain, mais qui est largement compensé par une belle énergie, les titres « Saint-Valentin » et « Ils sont cool », sur lesquels il fait croquer son compère Gringe, très bon rappeur, qui gagne vraiment à être connu. Et enfin « La Terre est ronde ». A l’entrée, des masques d’Orelsan ont été distribués, les spectateurs sont invités à les revêtir, pour les images d’un futur clip.

Fin du concert, Orelsan remercie son public et quitte la scène… qui lui fait un vrai rappel digne de ce nom. Faux départ très bien calculé, retour en trombe sur l’énorme « 2010 » (dans la même veine que « 1990 », mais réactualisé), suivi de près par « Le chant des sirènes », sûrement son morceau le plus conscient. Avant de conclure crescendo sur le poignant « Suicide Social », que quelques personnes n’ont apparemment par réellement compris, puisqu’ils siffleront les passages sur les Parisiens… Enfin bref !

Sortie triomphale d’Orelsan qui, devant un public qui lui était voué corps et âmes, aura prouvé quelque chose ce soir : il est devenu une véritable Rock Star !

Show plus que validé, s’il reste des places pour le concert de février, courez vous en procurer.

Peace,

RM

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Renaud M.

J’écris sur les autres, pas sur moi.

5 comments

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  1. Concert – OrelSan au Bataclan « Show Caviar » | Baskets Blanches 9 février, 2012 at 11:13 Répondre

    […] Jeux Concours Concert – OrelSan au Bataclan « Show Caviar » DOSSIERS SPECIAUX Slider — 07 février 2012 Il y a un plat que l’on ne goûte pas assez dans sa vie : c’est se goinfrer de caviar Caennais (vous ne connaissiez pas ? Dommage pour vous). Amateur de bonne bouffe,  je me suis donc rendu hier soir au fameux restaurant le « Bataclan » pour y tester le plat du jour, le « Chant des Sirènes » concocté par la plume du chef Cuisto-Lyrical, Orelsan.  Et à lire l’ami Renaud qui a assisté à la première dégustation en décembre dernier, je ne devais pas être déçu (http://basketsblanches.com/?p=11647) […]

  2. Lovely45 24 décembre, 2011 at 16:23 Répondre

    Génial le résumé 😀 Merci
    Je vais au concert de Février avec une amie,on a trop hate d’y être
    Mais on voudrait savoir si il va faire la chanson « peur de l’échec »?

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