[Live-report] PNL au Palais de Tokyo – « Le YOYO sous cellophane »

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PNL (2)

PNL au Palais de Tokyo : le YOYO sous cellophane

PNL. QLF. Deux acronymes. Deux fois trois lettres. Un binôme, une fratrie. Un état d’esprit, une ligne de conduite. Un groupe,  presque un mouvement, qui en l’espace d’un semestre a pris une ampleur rarement observée dans le microcosme. Si la sortie de son premier album en mars dernier a été plutôt confidentielle, malgré la qualité du produit, la poudre n’a pas tardé à s’embraser. Le lobbying intensif des sites spécialisés aidant, quelques mois plus tard, le groupe des Tarterêts cumulait plusieurs millions de vue sur chacune de ses vidéos et s’emparait du très convoité statut de révélation rap français. Refusant — par choix délibéré — de communiquer dans les médias, PNL ne s’est imposé que par la force de sa musique, fait totalement inédit en 2015, mais qui a surtout largement contribué à nourrir le mystère. La fin du mois d’octobre avait une saveur particulière pour le binôme essonnien. Marchant littéralement sur l’eau ces dernières semaines — en atteste le million de vues dépassé en un weekend sur leur dernier single clippé « Oh Lala » — PNL s’apprêtait à dévoiler son tant attendu deuxième opus — « Le Monde Chico » — le 30 octobre 2015. Sortie suivie d’une « release party » organisée le lendemain soir au Yoyo (Palais de Tokyo), dans un cadre (et à un tarif !) assez déroutant pour un groupe aussi « rue » que PNL (que la hype et le public branché se sont tout de même arrachés). Evidemment, le déroulement n’a pas été aussi fluide qu’escompté : l’album a fuité sur le net deux jours avant la sortie officielle, provoquant la colère d’Ademo sur les réseaux sociaux traquant le moindre fraudeur, et le net s’est enflammé à l’écoute de ce qui restera certainement l’album de l’année 2015 (pour ma part en tout cas). Les nombreuses photos de soutien, avec parfois des dizaines de CD en main le vendredi de la sortie, laissent tout de même présager un excellent score pour ce groupe qui a choisi la voie de l’indépendance.

Des DJ sets très mitigés…

InShot_20151101_185425Autant dire que leur release party était au cœur des débats sur la capitale. « Lunatic Elysée Montmartre » : c’est ainsi que certains twittos présentaient l’événement, comparant sans hésiter cette soirée au concert qui a assis un autre binôme, en provenance des Hauts-de-Seine, sur le trône en 2001. L’engouement entourant les rappeurs de Corbeil-Essonnes était réel et les attentes tout aussi élevées. L’ouverture des portes était annoncée pour 23h, le coup d’envoi autour de minuit avec plusieurs DJ sets au programme (Dabeull, Akeda, Nodey et Richie Beats entre autres). Pour cet événement, le Yoyo avait visiblement renforcé son système de sécurité : l’entrée se faisait au compte-gouttes (littéralement un par un), provoquant ainsi un amas de personnes impatientes devant ses portes. Passé minuit trente, nous voici à l’intérieur, en train de nous ravitailler au bar et d’hocher la tête sur les tracks balancés par Richie Beats. L’ambiance est électrique et le public très réactif : Alonzo, Niska, Vald, Gradur, etc. Tous les artistes rap français du moment y passent et la foule joue le jeu, backant avec conviction la bande son qui s’échappe des enceintes. Aux alentours de 2h, alors que le set du beatmaker de Golden Eye touche à sa fin, cette même foule gronde en se rendant compte que la suite sera assurée, non pas par PNL, mais un autre DJ, qui prend place derrière les platines. Le pauvre Nodey, beatmaker réputé, aura en effet la lourde tâche de continuer à faire patienter un public, dont les envies sont désormais tout autres. Pour rassasier ce public et gagner du temps en l’attente des intéressés, ce même Nodey entame son set par l’instant classic « Abonnés », piste 5 du nouvel album de Peace ‘N Lovés. Celle-ci rencontre son écho dans la fosse et ce premier choix lui sera fatal. Dès cet instant, le Yoyo n’autorise plus aucun autre titre si ce n’est du PNL. Les vagues tentatives, durant lesquelles le DJ tente de jouer d’autres artistes, sont littéralement conspuées par une foule de plus en plus vindicative. Le résultat est sans appel : il sera contraint et forcé d’alterner entre les deux albums de groupe des Tarterêts pendant l’intégralité de son passage. Or, le moment dure. Beaucoup trop. Décontenancé, Nodey tente à plusieurs reprises d’abréger ses souffrances en faisant des appels en coulisses pour accélérer l’entrée en matière du groupe. Mais rien n’y fait : le duo ne pointe toujours pas le bout de son nez… Huées, jets de bouteilles, etc. : la situation n’est pas des plus simples. Et commence à devenir gênante.

Le ‘Zoo sur les planches

3h pétantes, c’est finalement l’heure à laquelle PNL entre en piste. Sentiment mitigé : doit-on garder en tête l’attente frustrante et bouder l’événement, ou tout oublier, se lâcher complètement et profiter du moment, pour le moins exceptionnel ? La foule n’a pas tout à fait décidé, et la prestance d’Ademo sur le morceau d’introduction, « Je vis, je visser », l’aide en ce sens. L’aîné des deux frères semble en effet bien à l’aise dans l’exercice scénique (plus que son frère), et ses couplets truffés de gimmicks entêtants sont repris à l’unisson par les supporters. Si l’interaction entre les rappeurs et le public se limite au strict minimum (ce sont de simples QLF qui ponctuent et ouvrent les tracks) et si ces derniers rappent sur leur disque (c’est la coutume dans les showcases d’artistes américains…), la mise en valeur du show, elle, est brillante : durant le titre éponyme PNL, ode aux vacances du ghetto, les images projetés sur le fond de la scène illustrent à merveille l’état d’esprit du groupe (ce sera d’ailleurs le cas pour les autres tracks, avec une projection d’illustrations, de lettrages et de couleurs en parfaite adéquation avec leur direction artistique et leur univers). NOS semble gagner en confiance à mesure que les morceaux s’écoulent, mais Ademo reste toujours un ton au-dessus : en atteste son couplet sur « J’suis PNL » et ses fameux « Rompompompom » qui mitraillent le Palais de Tokyo. Le solo de l’aîné, « Mowgli » — pourtant absent des deux projets — enfonce le clou, et si j’ai généralement énormément d’affection pour les lyrics lourds de sens du plus jeune de la fratrie, la créativité et la capacité d’interprétation du plus âgé sont à saluer ! Rejoins sur scène par les membres de la famille du ‘Zoo (jusqu’ici dans les escaliers du carré VIP), dont les visages sont forcément familiers car aperçus dans la quasi-totalité des clips, PNL balance son dernier titre, et pas des moindres : « Le Monde ou rien ». L’accueil du public est réel et la scène est occupée jusque dans ses moindres espaces : vu le sourire affiché par ceux que l’on connait sous le rôle de figurants, Corbeil est fier d’avoir ses représentants !

InShot_20151101_185327Au souvenir de cette soirée, c’est un sentiment partagé qui domine. L’attente — beaucoup trop longue — a fait des dommages, et le fait d’avoir écouté — une heure durant — la quasi-totalité de la discographie de PNL jouée sur disque en a agacé plus d’un. On ne peut s’empêcher d’imaginer l’explosion que cela aurait été si PNL était arrivé 30 ou 45 minutes plus tôt, évitant ainsi au pauvre Nodey de meubler comme il  l’a fait et d’absorber la colère du public. Evidemment, le tableau est loin d’être tout noir : Ademos et NOS ont prouvé qu’ils pouvaient largement tenir une scène et que l’autotune quasi-systématique sur leurs morceaux était loin d’entre un frein à la performance (source d’inquiétude régulièrement soulevée). Il ne faut aussi pas oublier qu’il s’agissait d’un showcase en boîte (d’où la simple demi-heure de live), et non pas d’un véritable concert (même si les 30 euros d’entrée ne le laissaient pas sous-entendre). Cette soirée a aussi permis de jauger le taux de popularité du binôme, pour le moins impressionnant : quel rappeur peut se vanter, en l’espace de six mois, d’avoir conquis un public aussi diversifié, de faire l’unanimité dans toutes les couches de l’auditoire rap (et au-delà) et d’avoir chacun de ses titres — sans exception — connu par cœur, du début à la fin ? Le véritable concert de PNL sera certainement bien plus révélateur, car cela n’était — j’en suis convaincu — qu’un avant-goût. Le Monde Chico… et tout ce qu’il y a dedans !

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Renaud M.

J’écris sur les autres, pas sur moi.

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