[Live-Report] Orfèvre Party à la Bellevilloise – L’anoblissement d’Espiiem

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Orfèvre Party à la Bellevilloise – L’anoblissement d’Espiiem

espiiemmaroquinerieNous sommes le mercredi 7 décembre 2016, un peu plus d’un an après la sortie de « Noblesse Oblige » et de sa release party (tristement) mémorable à laquelle nous étions présents. Le rendez-vous pour les adieux du noble Espiiem est fixé. Ce soir, la passation de pouvoir aura lieu dans le cadre du Paris Hip Hop Winter, au cœur de Paris, à la Bellevilloise. La fin d’un cycle pour mieux marquer le commencement d’une nouvelle histoire. Le rappeur devient producteur et lance officiellement le coup d’envoi du Orfèvre Label, après quelques mois de vie digitale, sur la scène rap francophone.

J’arrive sur les coups de 21h pour la fin du set de Kema, épaulé par FA2L. Les deux compagnons s’éclipsent pour laisser place à Sabrina Bellaouel. Malgré quelques difficultés avec le micro en début de set, l’auteure du très bon EP « Cheikh » tient les rennes de la Bellevilloise avec une rare intensité. La voix suave de la jeune femme hypnotise le public parisien qui ne peut s’empêcher de crier son approbation à chaque fin de morceau. C’est ensuite à Chilea’s de prendre en main les opérations, accompagné d’Aayhasis. Également à l’origine d’un EP très réussi, sorti récemment sur le Orfèvre Label, le producteur propose ce soir un set inégal, alternant entre des sorties récentes efficaces et des morceaux parfois moins adaptés. Le public n’en démord pas, quelques cuts bien sentis et l’ambiance repart de plus belle. Non loin de là, le Matou rode et attend son heure. Son entrée sur scène est très efficace, comme à son habitude. Pendant près d’une demi-heure, il va savamment faire grimper le thermostat à coup de bangers bien sentis. Les basses font frissonner la salle, avant que sonne le glas.

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« Ce moment précis je le consacre à l’Homme De l’Est »

L’entrée du noble Espiiem se fait sur le classique couplet de « Haute Voltige » avec un refrain spécialement remodelé pour échauffer les nuques et les jambes du public, de quoi donner le la pour la suite du concert. Pour illustrer l’idée de fraternité que l’on sent omniprésente autour du collectif Orfèvre, le rappeur propose à chaque personne du public de checker son voisin, une tradition pour tous les habitués de ses concerts. Quelques morceaux hybrides s’enchaînent, alternant intelligemment entre airs plus doux et refrains énergiques, sans jamais faire retomber la tension. On a donc le droit à « Aux anges », « Casino », « Darling » ou encore « Yakuza » joué avec une trompette en live et ponctué par un mini-solo acclamé par le public. The show must go on, on retrouve Espiiem debout sur le bar de la Bellevilloise en train d’entonner un refrain dynamique pour rebooster la salle parisienne avant le classique « Devant dieu ».

Tout le monde le sait, tout le monde l’attend : l’hommage à l’Homme De l’Est pour ce dernier concert sera sobre, comme la maxime du noble, mais intense. « Ce moment précis je le consacre à l’homme de l’est », comme coupé par la tension et l’émotion, ces paroles sont suivies de quelques secondes de silence alors que le beat continue de tourner. La foule bouillonne et laisse éclater sa rage et son respect, touchée par les sentiments du rappeur. Sa mémoire a été honorée. Et comment faire un dernier concert sans ramener sa « Deuxième famille ». FA2L, Ynnek, Sango puis Kema se succèdent pour leurs couplets respectifs sur le morceau tiré de l’album du noble. Alors que l’on a dépassé la demi-heure de show, il est maintenant temps de rendre hommage au passé, au jeune Espiiem. Prenant à partie le public, il défie quiconque serait capable de le backer sur son tout premier solo (« Fait vivre ce morceau », ndlr) de monter sur scène pour le rapper avec lui. Un jeune se lance et en quelques secondes l’osmose se crée. Toutes les phases sont fluides et bien connues du public ce qui ne fait que confirmer la transmission culturelle avec la jeune génération. Le jeu de jambe est contrôlé, le public est en feu, la salle flambe.

espiiem« Porter le nom du prophète n’est pas facile faut l’admettre »

C’est le moment qu’Espiiem choisi pour entonner une a cappella au centre de la foule, descendant pour quelques minutes de son piédestal fictif. Il dégaine ses flows les plus rapides et spectaculaires, le public adhère, la communion est totale. On entame maintenant les premières notes de « Suprématie », rapidement suivies par l’arrivée de Deen Burbigo au moment de son couplet. Profitant de l’occasion, il se permet de lâcher une petite pique amicale au rappeur : « Il y a trop de mauvais rappeurs qui continuent le rap et qui ne devraient pas, et il y a trop de bons rappeurs qui arrêtent le rap mais ne devraient pas ». Le mot est passé. Flottant sur la Bellevilloise depuis plus d’une heure, « Kilimandjaro » retentit comme pour annoncer la fin de la prestation du rappeur. À moitié porté par les mains du public, l’équilibriste entame sa procession, marchant sur la foule d’un pas léger, comme en lévitation. Tout le monde attend le passage de L’Étrange qui n’a finalement pas lieu. Le rappeur a pourtant bien fait le déplacement depuis l’Inde pour cet évènement mais ne souhaite pas prendre le micro. Espiiem prend le temps de témoigner tout son respect pour cet homme à l’allure si singulière qui lui a « appris à rapper ». Personne ne lui en voudra, sa simple présence renforçant encore un peu plus la légende de Cas de Conscience.

L’apothéose a lieu sur « Pogo ». Scindant la foule en 2 comme un prophète, l’ardeur du public fait écho à l’énergie déployée par le emcee alors que le concert touche à sa fin. Noblesse oblige, Espiiem revient lors du rappel sur le titre éponyme de son album pour clore finalement son dernier concert sous son nom de scène actuel. La Orfèvre Party a tenu toutes ses promesses, la qualité des artistes a été indéniable. Les remerciements du rappeur sont chaleureux et lourds de sens. Le public a participé à l’anoblissement définitif de l’homme. On lui souhaite bonne chance pour cette nouvelle histoire, espérant qu’il continuera à nous servir un produit de qualité à travers les productions de son label. Mais en réalité, on ne se fait pas trop de souci pour ça…

Toni S. pour Baskets Blanches

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Toni S.

Dans la matrice comme Néo. Peu d'élus dans nos milieux. Paris East-Side

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