[Live report] L’Entourage @L’Olympia – Les « Jeunes Entrepreneurs » enflamment Paris !

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l'entourage live

« On prépare un attentat, sortez vos agendas. Le 26 mai c’est l’album, le 14 juin, c’est l’Olympia »

C’est dans un bordel incommensurable (en freestyle sur le site Booska-P – ci-dessous) que nos rappeurs ont choisi de nous prévenir : le 14 juin serait une date historique, à marquer au fer rouge sur le calendrier de tous leurs supporters. Un véritable « attentat » pour reprendre leurs termes ! Trois longues années après l’émergence de leur collectif, actualité chargée des diverses entités oblige, les membres de L’Entourage ont enfin matérialisé leur projet originel : sortir un opus réunissant leurs effectifs au grand complet. Disponible depuis le 26 mai dernier, « Jeunes Entrepreneurs » est donc le premier album du collectif parisien. Après avoir investi les bacs, les colonnes de la plupart des médias culturels et les studios de Skyrock pour une semaine « Planète Rap » marquée sous l’égérie du kickage, nos rappeurs s’apprêtaient à prendre d’assaut la scène – et pas des moindres : L’Olympia, soit l’une des plus mythiques salles parisienne, pour une date unique.

Des open-mics  aux Rap Contenders, jusqu’ aux plus grands plateaux francophones, l’ascension à première vue fulgurante de L’Entourage ne s’est pas faite en un jour. Propulsés à vitesse grand V sur le devant de la scène, les groupes/individualités qui le composent sont malgré tout parvenus à se forger leur propre univers et tour à tour, à imposer leur touche dans le paysage francophone. De MC’s passionnés à « Jeunes Entrepreneurs », une transition qui impose le respect. Quoi de plus normal qu’un gros concert pour fêter cet événement ?

l'entourage live 2« C’est l’Amérique dans les locaux »

Ouvert par DJ Pone et Espiiem (auprès desquels je m’excuse, car arrivé en retard, je n’ai pas pu assister à leurs prestations), ce live semblait partir sous les meilleures auspices. Support show bouclé, entre 20h30 et 20h45, les lumières s’éteignent pour laisser place aux héros de la soirée. Derrière les rideaux, à travers lesquels plusieurs ombres se distinguent, le coup d’envoi semble imminent. Top départ : le beat est envoyé, ces mêmes rideaux se lèvent et ce n’est pas devant  10 rappeurs que le public de L’Olympia se trouve, mais face à 25 personnes cagoulées et très agitées. Nos rappeurs, pas venus seuls, sont accompagnés de l’entourage de L’Entourage ; l’effet « attentat » est réussi. Et c’est justement ce freestyle qui ouvre le bal : d’emblée, les MC’s mettent le paquet  et ne lésinent pas sur l’énergie. Comme d’habitude, Alpha Wann survole les débats de par son aisance, et sans surprise, le couplet de Nekfeu a pour effet de bien remuer la fosse. Une entrée en matière qui ne laisse présager que du bon. L’intensité ne fléchit pas sur le titre suivant, « Toujours là » : « Ils veulent nous voir morts, on est toujours là », scandent avec fierté les artistes, correctement backés par un public qui semble prêt à donner de la voix. Si l’écoute se fait plus attentive et moins survoltée sur le très bon « Caramelo », ce n’est que pour préparer le flashback qui s’en suit et appuyer l’impression que les premiers titres ont laissé : « L’Olympia, on est fiers d’être ici ce soir, est-ce que vous, vous êtes fiers de notre parcours ? », questionne Jazzy Bazz. Réponse positive de son auditoire, le moment semble opportun pour revisiter les morceaux qui les ont fait découvrir : « Hail Mary Freestyle », « Freestyle PDG » (sur lequel on ne peut s’empêcher de repenser à l’époque où Guizmo partageait le micro avec eux), « Les choses se passent », qu’ils avaient partagé avec leur alter-égo québécois, le collectif Casse-Croute, et une brève partie de « Fume cette merde », autrefois clippé à New-York.

A mesure de leurs apparitions, les MC’s se succèdent sur la piste, ne laissant aucun temps mort, ni de moment superflu. Pendant que certains kickent un titre, les autres préparent le morceau suivant en coulisse. Notamment l’ambiance music-hall qui va habiter le morceau suivant, « Ce monde ». Trois choristes investissent la scène et les lumières se tamisent. L’atmosphère se veut plus intimiste et c’est, ma foi, plutôt réussi. D’une manière générale, tous les morceaux de l’album « Jeunes Entrepreneurs » y passent, mais ils sont tout de même aérés par des incartades dans la discographie des différentes entités. Ainsi, le S-Crew balance son morceau « McCain», Alpha Wann son titre « Hydroponie », ou encore Deen Burbigo « Suis-Je ». Mais c’est l’interprétation de « Flingue Dessus » de 1995 qui aura le plus de succès, en partie grâce à l’apparition « surprise » de Sneazzy West, qui déboule en trombe sous les acclamations du public. Les concerts du « Ninety-Five Possee », justement, comportent systématiquement une séance d’improvisation, orchestrée (et beatboxée) par Fonky Flav et qui voit s’opposer Nekfeu et Alpha Wann. Cette fois-ci, l’homme à tout faire du groupe Sud-Parisien frappe à nouveau un beat avec sa bouche, mais il convoque deux « chevelus » : les appelés Doum’s et Nekfeu honoreront plutôt bien leurs réputations d’improvisateurs, ponctuant cette session du traditionnel « Le freestyle, c’est convivial », repris en chœur par le public. Doum’s, puisqu’il en est question, a également travaillé en parallèle du collectif ces derniers temps, notamment avec KLM avec qui il compose 2Fingz. Ce dernier le rejoint dans la foulée pour kicker un titre avec 2zer Washington (« No Sizzurp »).

l'entourage

« Sur scène, c’est pouce et index en angle droit »

Les blousons et autres sweats tombent pour ne laisser place qu’à des maillots du PSG : voici venu l’heure du morceau « 75 », honorant haut et fort les couleurs de leur ville d’origine. Tous revêtissent les tuniques du club de la capitale, à l’exception de Deen Burbigo qui, bien que parisien depuis quelques années maintenant, ne fera pas cet affront à sa hometown (Marseille) ! La salle est bouillante et Nekfeu en profite pour tenter de dessiner un « L » dans la fosse, en décalant les uns sur la gauche, les autres sur la droite. Mission accomplie, les rappeurs dégainent leurs téléphones pour immortaliser le moment. Place à l’un des titres qui a reçu le plus de critiques positives de la part du public, « Le Vicieux », sur lequel Nek’Flamme fait étal de toute sa dextérité. Malgré l’heure et demi qui s’est déjà écoulée, deux artistes n’ont pas encore eu l’occasion d’interpréter leurs morceaux solo : il s’agit des représentants du« Paris 19ème », j’ai nommé Jazzy Bazz et Eff Gee. Et il était plus que temps, à en croire les réactions de la foule dès les premières notes de « 64 mesure de spleen ». L’attente autour de sa personne est largement palpable, et s’il sort un album prochainement, tout porte à croire que nombreux seront ceux « à dépenser du fric ». Eff Gee, quant à lui, a fait un bon bout de chemin depuis les premiers pas du collectif. Autrefois largement décrié, il a su gagner le respect du public à force de travail et parvient tout de même à faire preuve d’humour et de détachement, suite à l’abattage dont il a souvent été victime. Ses collègues tenteront de la bâillonner sur le fameux refrain du morceau « Eff Ta Gueule »  – « Can I Kick It ? No, you can’t ! » – tandis que le rappeur tape un sprint de gauche à droite de la scène pour leur échapper. Si ses progrès sont évidents, le rappeur pourrait encore gagner en efficacité avec un peu plus de maîtrise (et moins d’égosillement lorsqu’il monte en intensité). La fin approche à grands pas et le « dernier titre » est annoncé. Enfin dernier avant le rappel… « Invasion » en règle de L’Olympia, faux départ, puis retour en trombe, avec « U.B. » de Nekfeu, suivi de près par « La Danse de l’homme saoul » du S-Crew, et enfin « Fous la merde », qui viendra mettre un terme à un gros show, dans un joyeux bordel organisé.

Bilan

Autrefois MC’s en devenir, L’Entourage est désormais un collectif de rappeurs à part entière. Non contents d’arriver à concocter de véritables morceaux, ils parviennent à monter de véritables spectacles et le concert du 14 juin en est la preuve. L’organisation  était millimétrée, l’énergie débordante  et la joie d’être ensemble véritablement communicative. Le set était toutefois un peu long (étrange de dire ça, alors qu’on se plaint régulièrement de concerts trop courts…) et il aurait gagné à être allégé, pour n’en retenir que les morceaux essentiels. Toujours est-il que deux heures pleines de bon rap un samedi soir, ça reste toujours bon à prendre. Un Big Up aux membres de L’Entourage qui continuent à prouver qu’ils sont tout sauf un collectif éphémère !

Peace,

Renaud M.

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Renaud M.

J'écris sur les autres, pas sur moi.

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