[LIVE REPORT] C’est l’Asocial Club sur scène, la putain d’ta mère !

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Samedi 3 octobre, un an déjà après la sortie de « Toute entrée est définitive » et le début de leur tournée nationale, l’Asocial Club a enflammé le Pan Piper, à Paris 11e. Le « super-groupe » du rap français composé de Casey, Vîrus, Al, Prodige et Dj Kozi, assurait que la scène était à la genèse du projet. Alors, ont-ils transformé l’essai ? A quoi ressemble un cocktail explosif d’introspection, de noirceur et de rage lâché sur une foule d’hystériques ?

En guise d’ouverture, le public parisien découvre B. Dolan. Rappeur et activiste, le natif Providence ne mâche pas ses mots lorsqu’il parle de son pays, le « meilleur du monde » ou quand il assène Rick Ross de quelques torpilles bien placées. Les quelques titres de son dernier opus « Kill the Wolf » justifient le choix des organisateurs du deuxième District Festival de le placer ici en première partie. Bien qu’inconnu de la très grande partie du public, B. Dolan a réussi une chose : chauffer la salle pour l’entrée du collectif le plus tranchant du rap français.

C’est l’Asocial Club la putain d’ta mère !

Dj Kozi passe vite sur l’intro pour ouvrir directement les hostilités sur un morceau taillé pour la scène. « La putain d’ta mère » arrache nos pieds du sol du Pan Piper.

Premier constat : le public n’est pas uniquement masculin (on est proche du 50-50 !) et connaît les rimes sur le bout des doigts, autant sur celle-ci que sur « Mes doutes ».

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« Sortez vos briquets et vos téléphones portables. », demande l’Asocial. Ne vous méprenez pas, ce n’est pas pour un instant romantique. « Ce soir on va brûler ! » annonce le dijonnais Al.

« Ce soir, je brûlerai » excite encore un peu plus les pyromanes dans la fosse.

« Pour oublier tout ça, ce soir je brûlerai un spliff », ponctue Prodige. Transition parfaite vers le morceau le plus « cool » du collectif, une soupape dans l’univers hardcore et sans concession. Passé un interlude Reggae, ils enchaînent avec « Ghetto music » :

« Qui contestera, mourra »

B.James, l’un des deux invités sur «Tout entrée est définitive » fait son entrée. Celui que l’on nomme le « maire de Blanc Mesnil » est bien connu du public présent, à en croire l’accueil. Pas friendly pour autant, l’Asocial Club ne perd pas l’habitude d’en caler une pour les Wack MCs :

« Dis leur que notre message vient égorger leur gimmicks .», ça a le mérite d’être clair.

A cinq sur scène

On a sur scène un groupe, quatre entités solos et un Dj hyperactif.

« Toujours là ? Toujours opérationnel ? », s’assure Casey. Mais c’est Virus qui reprend avec « Zavatta rigole plus ». On passe d’une ambiance joyeuse à un délire macabre, qui en deux ans n’a pas pris une ride.

« Inquiétez-vous le jour où vous m’entendez plus »

Al enfonce le clou avec un couplet, avant que chacun place quelques titres solos de leurs albums respectifs, avec les trois autres pour backeurs de choix. Pas une seule fois l’un des MCs se retrouve seul. Que ce soit Prodige avec « Angelique & Bernard », storytelling percutant plutôt efficace en live, ou sur un medley plus qu’offensif. Sombres et énervés, définitivement pas faits pour danser, les 12 titres prennent pourtant toute leur saveur sur scène. Quand viennent les sons « J’ai essayé » et « Je hante ma ville », j’ai l’impression de les connaître depuis dix piges. Est-ce que « Toute entrée définitive » est un classique ?

Les scratchs de Dj Kozi m’arrachent de mes songes pour laisser Al lancer « High tech & primitif» plutôt bien connu de l’auditoire.

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Une affaire de famille 

A entendre les lyrics acerbes d’Asocial Club, ponctués par des solos encore plus saignants, on frôle l’étouffement. Mais les compères se prennent visiblement moins au sérieux que ce que l’on pourrait croire. La complicité se lit sur les lèvres et les regards. L’équipe se check, plaisante, se provoque… On a affaire à une bande de potes !

Ce soir la salle n’est étonnement pleine qu’aux trois quarts. Mais vous le savez, il suffit que quelques dizaines de spectateurs soient chauds pour que le concert monte dans les décibels. Et c’est bien le cas ce soir. Quatre personnalités bien distinctes ont réussi à réunir leurs publics respectifs.

D’ailleurs c’est sûr « Anticlubbing » qu’on a la confirmation :

« Quand on fait des concerts, souvent on fait des afters, et je vais pas vous mentir, souvent nos afters à nous elles sont graves pétées. Mais c’est les seuls endroits où on rentre ! »

Pas de temps mort, l’Asocial mouille le maillot et enchaîne avec un dernier medley tonitruant.

 

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Toucher le fond

Changement d’ambiance. Le Pan Piper s’enfonce dans le gouffre. Casey offre au public un morceau inédit fait pour « une pote documentariste ». « Place gratuite » résonne, portée par une interprétation puissante.

« Oui nos destins sont triés (…), mon cœur est un vrai glacier ».

C’est du Casey pur jus. Les spectateurs valident à l’unisson. J’en connais qui vont sauter très vite sur le documentaire « Vers la tendresse » d’Alice Diop …

« Puisqu’on est tous pareils et qu’on a pas les moyens de se casser… » : Casey annonce « L’hiver est long ». Sans transition, Al et Vîrus rappent la solitude, ensemble, sur « Tout seul ». Assez paradoxal d’ailleurs de voir un groupe parler de solitude s’éclater autant, ensemble sur scène. Bref, le décors est posé, Vîrus peut enchaîner avec « Champion’s League » :

« Réfléchis, ils vont pas s’mettre en taule entre eux

On est en trop mais surtout assez nombreux

En théorie, le soulèvement n’aura pas lieu

Le savoir, c’est bien ; les armes, c’est mieux…»

Statique sur scène, c’est avec ses lyrics affutés que Vîrus fait bouger le Pan Piper. Pas rassasiée la foule en demande encore. Justement, on descend encore d’un cran avec « Creuser ». Casey commence à capella un couplet que la foule connaît sur le bout des doigts. Et Rocé débarque pour clôturer :

« On creuse parce que c’est notre vision de l’élévation. », concluent-ils ensemble, main vers le ciel.

« Bon, nous avons eu les plus grandes stars : B.James, Rocé, on a besoin de rien d’autre, OK ?! ». Asociaux un jour…

Apothéose en deux titres

Casey sautille comme si elle allait monter sur le ring. « Libérez-là » hurle la foule qui reconnaît directement le titre phare du dernier opus sorti il y a déjà 5 ans. Elle se détache clairement en terme d’interprétation, même si elle apparaît un peu moins mordante, il faut l’admettre, qu’en solo lorsqu’elle mettait le feu à La Maroquinerie. Elle a sans doute laissé de la voix la veille au concert de Qimper…

Vîrus, peut-être le plus associal du crew, squatte le fond de la scène depuis quelques minutes. Le regard fermé à l’abri des projecteurs, il fait presque peur.

« Vous voulez quoi : « Toute entrée est définitive » ou « 99% » pour finir ? », demande Casey. Sans l’ombre d’un doute, la foule hurle pour tirer à balles réelles sur le rap français.

« Vous êtes d’accord, 99% des MCs sont très cons, on va tous les envoyer se faire niquer ! »

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=TUSa8AIZFrQ&w=560&h=315]

 

Abusé comme constat ou pas ? Rien à foutre, on est là pour se défouler !

Vîrus retrouve le sourire quand il vomit 99% du rap hexagonal avec ses trois potes, lâchant ce qu’il leur reste de voix.

« Niquez vous tous, TOUS ! », lancent-ils comme des lames, lourdement backés par leurs supporters.

Crier ça la main en l’air ça détend, finalement.

L’équipe disparaît après avoir remercié son public. Encore chaud bouillant, il croyait à une feinte. Mais non, ils ont quitté les projecteurs une bonne fois pour toute. Le Pan Piper n’a pas l’air de plaisanter avec les horaires… Je quitte l’un des très rares concerts où les Smartphones étaient absents du décor. Absence de groupies ? Public majeur ? En tout cas, c’est jouissif.

 

« Un asocial ça fait pas rêver le show business », c’est sûr. Mais ce soir, l’Asocial Club a livré un show sans aucun temps mort où l’alchimie entre ses membres saute aux yeux. Même Al et Vîrus, au répertoire peut-être moins taillé pour le live, ont tiré leurs épingles du jeu sur les planches du Pan Piper. Une spéciale pour Dj Kozi qui ne se contente pas de balancer des instrumentales. Cette fois on en est sûr, « Tout entrée est définitive » tient la route, quand on voit cinq personnalités bien marquées le défendre sur scène avec rage.

Le dernier concert annoncé, prévu le 10 octobre à Annecy, a été annulé. Aura-t-ton une dernière date ? Avant un second projet ?

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Fred Jasseny

Quand je ne parle pas de rap français ou de boxe, je voyage.

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