Live-report Canal Street Live (02/10/2013) – Kaaris, Joke, Seth Gueko & Kenyon

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Live-report Canal Street Live (02/10/2013) – Kaaris, Joke, Seth Gueko & Kenyon

canal-streetMercredi 2 octobre 2013, 21h. Direction la Machine du Moulin Rouge pour la première soirée Canal Street Live de cette rentrée 2013. Pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler du concept, le principe est simple : une soirée totalement gratuite, accessible uniquement sur invitations (de nombreux médias mettent des places en jeu sur leurs différents supports), animée par des concerts et autres sets DJs, le tout diffusé en direct sur le site de Canal Street pour le plus grand bonheur des malchanceux n’ayant pas pu décrocher le sésame ou des internautes n’étant tout simplement pas sur place. Plus tôt dans l’année, la célèbre Bellevilloise avait accueilli les deux éditions précédentes, qui avaient vu se produire des artistes tels que Némir, Vicelow, Deen Burbigo, 1995, Psy4 de la Rime, 3010 ainsi que les MC’s End of the Weak, mais également Alex Hepburn, Breakbot, Taïro, et bien d’autres. Un line-up très orienté Hip Hop, vous l’aurez compris, mais volontairement éclectique.

Pour cette nouvelle édition, l’organisation a décidé de changer de décor, troquant la longue montée de la rue Ménilmontant pour poser ses valises dans le quartier Pigalle, et la mythique salle de la Machine du Moulin Rouge. Changement de direction également en matière d’affiche : Canal Street n’a cette fois-ci convié que des artistes résolument rap, tous très en vogue dans leurs styles respectifs : Joke, Seth Gueko, Kaaris et les britanniques d’I Am Legion (que je ne connaissais pas mais qui, au vu des vidéos qui tournent sur le Web, semblent avoir du métier en termes de prestations scéniques). Un line-up très alléchant pour lequel le bouche à oreille a visiblement bien fonctionné : la file d’attente qui s’entasse sur le Boulevard de Clichy, peu de temps avant que ne résonne le gong, est assez impressionnante.

Après avoir investi les lieux, la foule prend rapidement connaissance d’une première bonne surprise : à l’affiche, le blaze du rappeur/toasteur Kenyon remplace celui d’I Am Legion. Non pas qu’il n’aurait pas été intéressant de découvrir les Londoniens sur les planches parisiennes, mais le Rennais, ex vice-champion du monde de l’End of the Weak, sait faire remuer une salle, et quelques semaines après sa sortie dans les bacs (« Le K local Vol.2 »), nul doute qu’il aura à cœur de séduire ce type d’auditoire, a priori massivement présent pour un rap un peu plus street (K double A, ça vous parle ?). L’humoriste Alban Ivanov se charge d’introduire nos artistes, à coups de vannes et provocations bon enfant envers le public, à qui il offre régulièrement de beaux cadeaux : ses deux majeurs.

kenyon« Le K local » : Kenyon

D’entrée de jeu, Kenyon fait étal de toute sa technique, débitant ses lyrics avec la rapidité qu’on lui connait, devant un public visiblement curieux, mais qui demande tout de même à en voir plus. Qu’importe, notre rappeur/chanteur est patient et sait qu’il lui faudra probablement le temps d’un morceau ou deux pour véritablement se mettre la foule dans la poche. Après une belle démonstration de flow a-capella, Kenyon insère une petite touche de ragga dans son set, puis ne manque pas de rappeler à l’auditoire de la Machine qu’il assiste aux « sessions » Canal Street Live. Ce terme « session », justement, implique selon-lui obligatoirement une bonne grosse dose de kickage. Le moment parfait pour sortir de son chapeau une belle performance d’improvisation : il invite les personnes des premiers rangs à lui faire parvenir des objets, sur lesquels il freestylera pendant plus de 5 minutes sans jamais fléchir, avec une aisance déconcertante. Plus le temps passe, plus ses phases sont acclamées. Le job est largement fait, il ne lui reste plus qu’à conclure par son tube, « Les années passent », sur lequel il collabore habituellement avec Némir. Un passage bref mais très efficace qui marquera sans doute les mémoires.

joke« MTP est dans le building » : Joke

Second MC du plateau, le Montpelliérain Joke, qui après un printemps très chargé, entre la sortie de son deuxième EP « Tokyo » et sa tournée nationale, s’était fait plus discret depuis la rentrée. A en croire les réactions des plus jeunes dès son arrivée sur scène, son buzz semble bel et bien intact. « Triumph », sa grosse prod et l’énergie de Joke font l’effet escompté, notre MC enchaine ensuite rapidement sur « P.L.M. ». Tremblement de terre lorsque Mac Tyer le rejoint sur scène pour réciter hargneusement son 16 mesures du titre « Scorpion ». D’autres morceaux suivent, « Django » entre autres, et si la prestation semble convenir à tout le monde, difficile de ne pas se rendre compte qu’une écrasante majorité a fait le déplacement (uniquement ?) pour l’homme fort du moment (« Ohhhh Click »… non, toujours pas ?). Les têtes bougent, donc, mais attendent fermement la suite… Joke clôture brillamment son set par « MTP Anthem », qui laisse une bonne impression dans la salle.

seth gueko« Nikoumouk, t’auras des Reebok » : Seth Gueks !

Alors que la fosse, jusqu’ici encore parsemée, se remplit à une vitesse assez hallucinante, un nouveau changement de dernière minute survient. Seth Gueko, vétéran de la soirée et artiste archi-reconnu dans le milieu, était censé conclure la programmation. Mais après la sortie de Joke, une transition assurée par Vicelow et son danseur Wolf, suivies de quelques minutes de battement, il semblerait qu’il en ait été décidé autrement. En lieu et place du DJ d’un certain MC originaire de Sevran, DJ Weedim, fidèle acolyte de Néochrome, prend possession des platines. On peut alors entendre la voix rocailleuse de l’ami Gueko qui s’échappe de derrière les rideaux : « Ça va mes couillasses ? ». La réaction du public ne se fait pas attendre, et même si quelques voix s’élèvent ici et là pour réclamer celui qui aurait dû passer en troisième, le rappeur de Saint-Ouen l’Aumône, imperturbable, entre en piste accompagné de deux backeurs. Ses titres les plus récents sont joués (« Bulldozer », « Dodo La Saumure », etc.), face à un public qui appuie ses fins de phases les plus salaces : « Le professeur punchline est là, profitez-en mes couillasses ! », ajoute-t-il, un sourire au coin des lèvres. A l’issue de chaque titre et une fois le son coupé, il ne manque d’ailleurs pas d’en remettre une couche avec ses phases fétiches, pour que ses supporters puissent les reprendre en chœur. Au bout de 4/5 titres proprement exécutés, sans fioriture, mais sans folie non plus, Seth Gueko tire sa révérence et remercie son auditoire avec son traditionnel sens du verbe : « Bonne soirée mes loubards ! ».

kaaris« Ça sent la sueur au labo » : Kaaris !

Le moment que TOUT le monde attendait est enfin arrivé… Alors que la tension monte d’un cran et que l’espace se réduit, chacun cherchant désespérément une place un peu plus confortable pour assister au cataclysme, Kaaris fait enfin son entrée sur le devant scène, face un public très agité. Il n’est évidemment pas seul, suivi de près par son producteur emblématique Thérapy, mais également par une bonne dizaine de lascars, visages fermés et torses bombés, qui se rangent tranquillement en arrière-plan, tout en hochant la tête sur la rythmique du premier morceau envoyé : « Binks ». Déterminé et intransigeant, le MC de Sevran prend quelques secondes pour scruter son public à l’issue du son, salue les plus extravertis, leur glisse quelques mots, simples et directifs : « Bien poto ? Bien poto ? Toi, je t’ai déjà vu, check-moi ! ». S’en suit poignée de main musclée à l’image de ce qui va suivre : « Dès le départ ». Si le titre n’a que quelques semaines aux yeux du public, son refrain a déjà fait de nombreux adeptes : « T’es dans la cuisine, tu bouffes c’que j’te prépare »… La Machine du Moulin Rouge chante à l’unisson. Se sentant obligé de chausser ses lunettes de soleil pour le prochain morceau, Kaaris prépare évidemment « du sale » : « Kalash » viendra confirmer ce présage, et l’intéressé a simplement besoin de commencer ses phases, ses quelques centaines de backeurs les ponctuent pour lui. Le morceau « Paradis ou enfer », plus profond et posé dans l’ambiance, pourrait-il faire retomber la pression ? Sans jamais calmer le public, il met simplement en exergue sa plume, aussi crue que tranchante, sur une rythmique moins saccadée. « Vous êtes chaud, mais est-ce que vous êtes prêts pour ce qui va arriver ? C’est la guerre ! ». Prêt depuis 21h, le public exulte à mesure que l’entourage du MC s’approche de la scène. Point d’orgue de cette session Canal Street Live, le véritable classique de l’année 2013, « Zoo », parfaitement taillé pour la scène, embrase la foule, qui n’en manque pas une miette. Chaque phrase est braillée aux quatre coins du 90 boulevard de Clichy. Mission réussie pour Kaaris, qui en l’espace de 4 titres et un couplet a littéralement retourné la salle. L’album « Or Noir », qui verra le jour le 21 octobre, a fait naître une attente rarement égalée dans le microcosme du rap français. Cette sortie est très certainement l’évènement majeur de cette fin d’année !

Une nouvelle session Live brillante pour nos amis de Canal Street, on souhaite évidemment que la prochaine arrive vite ! Un grand merci à nos amis de MPC Prod !

Peace,

Renaud M.

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Renaud M.

J’écris sur les autres, pas sur moi.

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