[Live-report] Booba à Bercy (05/12/2015) – Le sacre du D.U.C.

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Booba à Bercy : le sacre du D.U.C.

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« Une année largement marquée de son empreinte »

Au terme d’une année largement marquée de son empreinte — avec une omniprésence indéniable et de nombreux accomplissements—, Booba a d’autant plus appuyé sa domination en cette fin d’exercice 2015 : ce samedi 5 décembre, à 38 ans et visiblement toujours au top de sa forme, le King du rap français a arpenté pour la deuxième fois les planches du palais omnisports de Bercy, rénové dans le courant de l’année et désormais connu sous le nom d’AccorHotels Arena. Une célébration de taille, à la hauteur de ses dernières réalisations : après avoir mis sur pied en décembre dernier sa propre plateforme médiatique www.OKLM.com — qui après des débuts un peu balbutiants s’est imposée comme une étape de choix dans la promotion des rappeurs français — Booba a sorti son 7ème album solo « D.U.C. » au mois d’avril 2015. Un disque assez inégal —regorgeant de véritables pépites (LVMH, Tony Sosa, Mon Pays), mais aussi de titres largement dispensables — qui a atteint le statut de disque d’or au terme de sa troisième semaine d’exploitation, soit un peu moins rapidement que ses prédécesseurs. Dans la foulée, le boss du 92i annonçait la signature dans son écurie du très prometteur Siboy, tout en officialisant celle de ses protégés Shay et Benash. Et diffusait régulièrement de nouveaux tracks, parfois très sombres — Attila — et parfois très surprenants — Validée — mais toujours addictifs, qui lui permettaient de continuer à alimenter son actualité tout en occupant l’espace. Les places de son deuxième Bercy se vendant comme des petits pains, le Duc aurait très bien pu s’en tenir là, et donner un concert de folie dans l’une des arènes les plus imposantes de France sans en faire plus.

« Ce fameux 4 décembre 2015 »

Mais c’était sans compter sur son côté taquin ou le malin plaisir qu’il prend à déjouer les cartes et surtout à « piquer » sa concurrence. Date marquée au fer rouge dans l’histoire rap français (et accessoirement jour du 30ème anniversaire du seul et unique Franckie Small), le 4 décembre allait être le théâtre d’un affrontement de poids lourds pour le moins unique dans les bacs : Jul, Rohff, Nekfeu et dans une moindre mesure Joey Starr et Nathy Boss (car un peu « hors circuits traditionnels ») y allaient chacun de leur galette en ce vendredi très spécial. Secret de polichinelle, Booba avait bien entendu prévu de se joindre à la course, sans pour autant qu’une annonce officielle n’ait été formulée (si ce n’est par l’un de ses concurrents, visiblement amer). Trois semaines avant la date fatidique, c’était chose faite : le huitième essai de B2O, « Nero Nemesis », allait donc permettre à ce fameux 4 décembre de prendre une toute autre ampleur, et accessoirement de voir le combat tant attendu entre Rohff et Booba dans les bacs enfin prendre forme. Porté par des titres résolument rap, qui voyaient B2O à nouveau chausser les gants et animé d’une volonté de performance assez grisante — à l’image de « Générations Assassin » — ce nouvel opus n’avait pas fini d’agiter la toile. Sans compter que la traditionnelle fuite, survenant généralement 2 ou 3 trois jours avant la sortie, a été effective dès le dimanche 29 novembre au soir. Volontaire ? Celle-ci allait en tout cas permettre aux « ratpis » d’étudier tranquillement les lyrics de ce nouvel album qui, à mes yeux et à chaud, est certainement son meilleur opus depuis « 0.9 ».

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Première partie : sélection OKLM

Le samedi 5 décembre, aux alentours de 20h, la queue qui entoure l’arène de Bercy est assez démentielle. Mais l’organisation est bien en place et largement préparée pour l’événement : l’entrée dans les couloirs du palais se fait somme toute assez rapidement. En guise de première partie, une sélection de rappeurs estampillées #TalentOKLM est mise à l’honneur : Ninho, Damso, Sianna et le belge Jones Cruipy — que j’avais particulièrement envie de voir sur scène et que j’ai malheureusement raté in extremis (je vous invite tout de même à découvrir ses excellents tracks La Rue et Crack and Weed, si ça n’est pas déjà fait) — allaient ouvrir le show. La prestation de Damso, révélation de Nero Nemesis grâce à un très bon couplet sur Pinocchio, est très intéressante, mais la jeune Sianna affiche la plus belle prestance et se mettra le public dans la poche à la force de son flow. Siboy ponctuera quant à lui cette première partie, avec son énergie, son timbre de voix et sa cagoule légendaires.

« Une communion avec le public »

12311144_10153770370775645_673643483845604159_nPassée 21h, un entracte de 30 minutes est annoncé. Celui-ci ne sera pas de trop car le palais omnisports n’est toujours pas rempli, et sachant qu’il affiche complet, on imagine bien qu’une bonne partie du public se trouve toujours à l’extérieur dans la file d’attente. C’est finalement à 22h que le coup d’envoi sera donné. Les lumières s’éteignent et le public s’égosille, avant même que le premier track n’ait été joué. « Wesh Morray » apparait en guise d’intro et le Duc est déjà backé aux quatre coins de l’arène. Alors que l’on pourrait s’attendre à une mise en avant des titres de « D.U.C » et « Nero Nemesis » dès les premières salves, la discographie intégrale de Booba est balayée dès les premiers instants : en atteste le classique « Duc de Boulogne », présent sur le tout aussi classique « Ouest Side », qui vient remuer fosse et gradins dès le premier quart d’heure. Il faut pourtant reconnaître que les morceaux les plus récents rencontrent forcément (et logiquement) un écho particulier (RTC, OKLM, Tony Sosa, etc.) et il est impossible de ne pas être impressionné face à ces 20 000 personnes qui reprennent en chœur chacun des tracks de l’artiste. D’autant plus que les cuts de Medi Med ne font qu’accentuer cette impression de communion avec le public : lorsque la musique s’éteint pour ne laisser place qu’à la seule voix de Booba, le spectacle atteint son comble. Sans compter que le rappeur exilé à Miami laisse le soin au public de ponctuer ses grosses lines. L’autotune en live est plutôt bien gérée, ou en tout cas n’entache pas sa performance, loin de là (sauf peut-être lorsqu’il improvise quelques vocalises, pour ponctuer ses tracks).

« Instant classiques »

La carrière de Booba est loin de se résumer à ses sorties post-2010 et l’intéressé en a bien conscience. Il sait pertinemment l’importance que revêtent ses premiers disques auprès de son auditoire de la première heure et quelques titres de « Panthéon » sont également joués. Mais le moment fort — pour ma part — surviendra lors de son medley Mauvais Œil/Temps Mort/ et même L432 (!) : Le Son qui met la pression, Pas le temps pour les regrets, Civilisé, Le Bitume avec une plume, Les Vrais savent, Ma définition, etc. Et j’en oublie ! La puissance de sa carrière prend alors tout son sens, lui qui truste la pole position depuis près de 20 ans, qui a livré une demi-tonne de classiques dès ses premiers opus, et qui n’a pour ainsi dire jamais fléchi deux décennies durant. Pourtant très vert et officiellement disponible depuis à peine 24 heures, Nero Nemesis est déjà dans les petits papiers du public. Le fameux « leak » aura fait son effet : Walabok ou encore Talion sont largement maîtrisés par la foule.

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Un tel show n’aurait cependant pas eu le même impact sans son lot d’invités : comme on pouvait s’y attendre, le légendaire Lino fait son apparition à l’issue du « medley classique », pour interpréter le fameux « Temps Mort 2.0 » qui a beaucoup fait couler d’encre au semestre dernier. L’accueil qui lui est réservé est à la hauteur de son aura. Une autre connexion, que l’on a vu naître sur la toile ces derniers mois et que l’on n’attendait pas forcément, est celle avec Rockin Squat. Présent dans le clip qui rend hommage à son groupe — « Génération Assassin » —, le taulier a également fait le déplacement jusque dans le 12ème arrondissement. Booba se chargera de l’honorer en fin de track, reprenant ses célèbres paroles « La Justice N*#& sa mère, le dernier juge que j’ai vu… ». Puisqu’il est question d’hommage, le dernier effectué sera particulièrement poignant : Sidiki Diabaté, l’artiste malien qui a inspiré le tube « Validée », est convié à joueur son titre sur scène devant une salle très attentive et acquise à sa cause. Un beau pied-de-nez à tous ceux qui accusaient Booba de plagiat : le rappeur offre ainsi l’une des plus grandes tribunes de France à un musicien africain, peu connu sur nos terres et surtout pétri de talent. S’en suit fort logiquement la version 2.0 de ce titre, en compagnie de Benash, dans un Bercy qui prend des allures de discothèque. Le show passe à une vitesse éclair, tant et si bien qu’il est déjà presque minuit : près de deux heures se sont écoulées depuis l’entrée en matière de Kopp et l’heure est venue de sonner le gong final. L’entourage de Booba dans ses largeurs investit la scène pour accompagner Bridjahting, Gato et B2O sur le banger « Mové lang » qui fera trembler les gradins. Avant de quitter son public, Booba le remerciera d’avoir fait le déplacement malgré cette période trouble et les tristes événements perpétrés dans la capitale. Il rendra un bel hommage aux victimes avant d’entamer un « Mon Pays », qui prend ici tout son sens.
https://youtu.be/Nqq6Ar3w1RE

Un monument !

Le sentiment du devoir accompli, l’artiste peut quitter les planches l’esprit tranquille, et plus que rassasié, le public se dirige vers la sortie sans en demander plus. Ces deux heures de show n’ont fait que confirmer la place de monument qu’occupe Booba dans la musique française et la multitude de hits qu’il possède à son actif. Il l’a d’ailleurs annoncé entre deux tracks : « Le vrai classicman, c’est moi ». On ne peut que s’incliner !

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Renaud M.

J'écris sur les autres, pas sur moi.

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