[Live-Report] Le sacre de 13 Block à La Bellevilloise

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Paris Hip Hop Winter fait son grand retour cette année avec un line-up 5 étoiles. Après un plateau brûlant en début de semaine dernière regroupant les têtes montantes du rap francophone, le festival parisien referme sa seconde édition sur un très gros show avec un invité de marque : le phénomène 13 Block.

Ce soir, c’est Sevran qui est à l’honneur. Les gars de la ville sont partageurs et propulsent trois entités du 2.7.0 sur les planches de La Bellevilloise pour assurer leur première partie : Maes, Bako et VXF & Zagazi. Un condensé de la rue séquano-dyonisienne, avec tout ce qu’elle comporte de sombre, de brut et de sale. Une pointe de lumière semble transpercer la salle lorsque Bako entonne les premières notes de Médicament, mais il n’en est rien, même lorsqu’il rend hommage à Kassav, le 93 fait dans la noirceur. Le ton est donné. C’est aussi ça la force de Sevran : un fond cru et criant de réalisme, une liberté et une souplesse dans les flows, et un langage reconnaissable parmi mille.

Hotdefff Records est dans la maison ce soir, et Morex on the track en est l’un de ses plus fidèles représentants. En plus d’épauler l’ensemble des artistes au cours du concert, il assène le public parisien avec les bangers les plus efficaces du moment. Le baromètre s’excite alors que ceux qui se trouvent du côté de Wario se font attendre. La tension est à son comble lorsque les premières notes du célèbre Olaskurt résonnent. La foule accueille un quatuor sevranais clinquant, lunettes de soleil posées sur les yeux, que l’on pourrait croire tout droit sorti d’Atlanta s’ils n’étaient pas quatre au total. Le show peut vraiment commencer.

Passé cette entrée triomphale, les masques tombent. OldPee, Zefor, DeTess et Zed prennent possession de la scène en l’espace de quelques secondes. Le show s’ouvre comme s’ouvrait leur premier album, avec la maxime Violence Urbaine Emeute. Le public parisien ne se fait pas prier pour reprendre en cœur le gimmick accrocheur du 13 blo’ gang. Les basses pèsent de tout leur poids sur les épaules des jeunes auditeurs venus rencontrer le groupe sevranais pour son premier véritable concert parisien. La mixité sociale et culturelle est bien visible, et pourtant, LKTEB (Les Keufs Tournent En Boucle) semble plus que jamais avoir une résonance conséquente auprès de la foule ce soir. Le symbole d’une génération décomplexée, guidée par le besoin de s’évader…

Les « L » sont brandis haut dans les airs pour « libérer » les Hors la loi, que 13 Block s’empresse d’interpréter. Les 4 « débrouillards » jouent clairement à domicile ce soir. Acquis à leur cause, le public de la rue Boyer dégaine une marée de flash pour mettre en lumière les Vrais négros. Ils sont bel et bien là, et leur prestation de ce soir ne fait pas mentir leur réputation. Paris a encore du souffle, et le démontre lorsque, des loges, surgit l’aigle de carthage, autrement connu sous le nom d’Alkpote. Premier invité de la liste, le trapeziste débarque sous les applaudissements et les cris alors que la mélodie hypnotique d’Ultrapute commence à retentir. Le morceau est une réussite, la passation de pouvoir s’effectue entre les générations, la trap française a trouvé ses héritiers.

Si le premier album en major de 13 Block devrait paraître au début de l’année 2018, leur discographie, elle, est déjà bien étoffée. On passe de Ultrapute à Ultrap, et c’est ses cartouches les plus meurtrières qui sont mises en avant. Le succès n’est décidément pas tombé sur leur messagerie. Après un Ralis Rapta et un J’me rappel incandescents, le public exulte et laisse éclater tout son amour pour le groupe qui entame son hymne Ville. Plutôt surprenant pour un concert de rap, on a le droit à un entracte de 10 minutes. Le temps pour un auditoire déjà bien amoché d’aller recharger en bière les litres de sueurs déversés pendant ces 45 premières minutes.

Et cela repart de plus belle avec Drug’z. La mentalité est « pure sevranaise » et la tension n’a pas le temps de redescendre. Ce premier concert officiel du groupe suscite la curiosité du petit monde du rap qui s’est déplacé en masse pour y assister. On croise bon nombre de têtes bien connues du grand public, dans le public, comme sur scène. C’est justement Ninho qui fait son apparition sur cette dernière, pour interpréter son morceau Verre, présent sur sa mixtape ISPAC 2 pour laquelle il avait invité le quatuor sevranais. La complicité est palpable et l’accueil du public chaleureux. On a le sentiment d’assister à un pot de bienvenue dans la cour des grands et c’est justement lorsque Gobelet retentit que la soirée atteint son point d’orgue. Pas une seconde de répit n’est laissée à la foule parisienne qui s’enflamme littéralement.

C’est au tour de Cheu-b de grimper sur scène pour épauler 13 Block. La ferveur de son hit Pesos est bien réelle si bien que les spectateurs le reprennent en cœur, même lorsque la sono coupe malencontreusement à la fin du morceau. Une fin a cappella qui débouchera sur un moment d’échange avec le public, le temps de remettre les machines en route. Somme et Vide suivront, démontrant l’efficacité indéniable de la combinaison du groupe avec le producteur Ikaz Boi. Le rap français a répondu à l’appel de Sevran ce soir et c’est tous les invités de la soirée qui remontent sur scène pour le dernier morceau. Le public a fait son choix et réclame R.S.A, il va être servi. Le groupe donne tout, et Paris le lui rend bien. La soirée s’achève sur ces notes, après une heure et demie d’un show énergique et transcendant. Le groupe est définitivement la révélation trap de l’année 2017, et devrait briller encore un peu plus en 2018. Il n’est plus question d’essayer, 13 Block l’a fait.

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Toni S.

Dans la matrice comme Néo. Peu d'élus dans nos milieux. Paris East-Side

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