Dossier – Le Rap au féminin

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Elles sont américaines ou françaises, belles, jolies ou garçons manqués. Tout comme leurs équivalents masculins, elles ont baigné dans la culture Hip Hop et ont apporté leur pierre à l’édifice. Certaines sont thugs, Hypes, d’autres revendiquent leur sex-appeal, certaines se battent même pour le trône de « Reine des Garces », beaucoup d’entre elles sont réfléchies, révolutionnaires et ont délivré des morceaux qui relèvent du génie. Elles s’appellent Foxy Brown, Lil Kim, Nicki Minaj, Missy Eliott, Keny Arkana, Casey, Eve, Diam’s, Queen Latifah,  Mc Lyte, Gangsta Boo ou Princess Aniès et elles représentent ce qu’on appelle communément le Rap au féminin.
Force est de constater que les carrières de ses femmes ont toutes été controversées, courtes ou stoppées net par des évènements dont parfois on ne connaît pas vraiment la cause. J’ai décidé d’écrire cet article afin de rendre hommage à ces rappeuses qui nous ont fait kiffer et qui nous font kiffer tout autant que certains mc mâles. Mais c’est aussi pour faire un constat sur le fait que comparé aux carrières de la plupart des MC Masculins, celles des artistes Hip Hop féminines ne perdurent pas dans le temps. Pourquoi aucunes rappeuses n’a poursuivi sa carrière de ses débuts à aujourd’hui sans embûches, sans pauses et avec le succès qu’ont eu des rappeurs comme Jay-Z ou Nas par exemple?
Les précurseurs du Rap au féminin
Vous souvenez-vous du morceau « U.N.I.T.Y » extrait de « Black Reign » (1993) le troisième album de Queen Latifah, qui avant d’être actrice était une rappeuse ou du « 5 O’clock » (1996) de Nonchalant? Vous rappelez-vous du classique « Funkdafied » de Da Brat (1994) (qui est certainement l’un des meilleurs albums rap féminin de tous les temps), de l’album « Ill Na na » de Foxy Brown ou « Hard Core » de Lil Kim qui viendront un peu plus tard en 1996? Avez-vous oublié les rimes de Mc Lyte, de Queen Pen ou l’intro sur vitaminée de Lady of Rage (signée chez Death Row à l’époque) sur l’album « Doggystyle » de Snoop Doggy Dogg?
Je m’en souviens et je dois dire que ces ladies, grâce à leur talent, leur attitude et leur charisme ont ouvert la brèche à toutes les rappeuses qui ont suivi. « Who you calling a bitch? » (« Qui est-ce que tu appelles salope? ») criait Queen Latifah dans « U.N.I.T.Y » le titre qui l’a vraiment fait exploser. Je suis pas sûr que sans son style de gangsta girl respectée, le rap au féminin ce serait développé aussi facilement.
Après que Queen Latifah ait ouvert les portes du rap game, Lil Kim, Foxy Brown et Da Brat étaient les rappeuses sur qui il fallait compter par la suite. Les premiers albums de chacune des 3 emcees furent des succès que l’on peut classer au rang de classique. Comment ne pas admettre et valider la puissance de ses rappeuses qui se sont imposées à l’époque avec des lyrics chocs, des textes qui pouvaient faire trembler les meilleurs rappeurs et des clips innovants. Notons la performance en 1997 de Foxy Brown qui a su s’imposer à l’époque dans l’album « The Firm » (produit par Dr Dre) comme la seule rappeuse aux côtés de Nas et AZ.
Malheureusement, la notoriété de ces rappeuses a pris le dessus sur leur talent et aujourd’hui aucune d’entre elles n’a su sortir un album au niveau de leur premier bébé. Il n’est bien sûr pas question de grossesse pour justifier le déclin de leur carrière, mais surtout du fait qu’elles n’ont pas su se refaire sur la longueur, qu’elles ont toutes été confrontées à des problèmes de justice (et oui aux states les rappeuses sont aussi gangsta que les rappeurs) et n’ont pas eu la créativité qui leur aurait permis de rester au top. De bons albums sont pourtant sortis par la suite mais le problème est que ces albums sont juste bons et n’ont pas relevé le niveau des premiers. Par la suite viendra l’ère Eve, la first lady des Ruff Ryders, et celle d’une dénommée Missy Elliott.
Les success story: entre génie et folie.
Après les précurseurs sont arrivées celles qui ont tout compris au game:
Missy « Missdemeanor » Elliott, certainement la rappeuse la plus créative et la plus décalée de tous les temps. Je suis devenu fou en écoutant son premier album « Supa Dupa Fly » produit par Timbaland (1997) et complètement barjo devant MTV quand passaient ses clips réalisés par Hype Williams (« The Rain », « Beep me 911 », « Sock it 2 me » feat Da Brat). 
Ce qui était totalement ouf et qui a rendu Missy Elliott géniale, c’est le fait que sa plastique avait tout à envier aux autres rappeuses Lil Kim, Foxy Brown et compagnie, mais la rappeuse jouait de ce surpoids et de son incroyable excentricité pour rendre ses clips hors du commun. Après « Supa Dupa Fly » suivirent 5 albums tous autant innovants et hypes les uns que les autres. Les sonorités de ses albums sont uniques et inégalables. A chaque album, la rappeuse arrivait avec de nouveaux concepts, de nouveaux styles de clips et de nouveaux univers à chaque fois. Aujourd’hui on attend son nouvel album depuis « The Cookbook » qui est tout de même sorti en 2005. D’après ce qu’on dit un nouvel opus produit par Timbo (Timbaland), devrait voir le jour cette année.
Je ne pouvais pas vous parler de rappeuses, sans faire référence à Lauryn Hill qui a débuté sa carrière avec son groupe The Fugees (Wyclef Jean, Praz et Lauryn Hill). Tout le monde se rappelle de ses textes et ses refrains notamment celui de « Fu-gee la » extrait « The Score » le second album du groupe. Lauryn Hill a apporté une touche rap roots grâce aux Fugees et a révolutionné le hip hop avec son style atypique. Pour la première fois on pouvait entendre un groupe de rap composé de deux mecs et d’une meuf qui « kickait ça » aussi bien qu’eux voir même parfois mieux. Après le succès de Fugees, la rappeuse/chanteuse poursuivi sa carrière avec son premier solo intitulé « The Miseducation of Lauryn Hill ». Cet album est pour moi le meilleur album entre rap, reggae et soul de tous les temps. Chaque track est un classique dans cet album. Encore une fois, la carrière de la talentueuse Lauryn Hill va être altérée par des grossesses à répétition et des soupçons de bipolarité par ses proches et l’industrie musical.
Les rappeuses en France:
 
Quand on mixe rap français, femmes et succès, bien évidemment on pense à la rappeuse Diam’s qui a connu le plus grand succès en terme de rap au féminin hexagonal. Arrivée en 1996 avec « Premier Mandat » son premier album, le succès de la rappeuse n’arrivera que 7 ans après avec « Brut de femme » qui la fait connaître du grand public et la propulse en tête des ventes. Suivra l’album « Dans ma bulle » et le dernier « S.O.S » qui conclut sûrement la carrière glorieuse d’une rappeuse à la plume affûtée entre militantisme, girl power, vécu de femme et morceaux egotrips. Aujourd’hui la rappeuse ne donne plus d’interview et suit une route plus religieuse que musicale, loin des strass et des studios.
Dans la famille rappeuses françaises, on se souvient de Lady Laistee et de son album « Hip Hop Therapy » mais aussi Casey, Princess Aniès, Keny Arkana, Sté Strausz et Bam’s qui sont dans leur style respectif les meilleures rappeuses françaises actuellement en activité. Trop militantes, trop crues, trop « bonhommes »? Je ne trouve pas LA réponse, mais le talent et la plume de ses artistes méritent bien plus de succès et de reconnaissance. Le rap français serait-il un peu trop macho? Ne laissant pas la place à des rappeuses aux paroles engagées? Ou bien est-ce le public qui n’a d’yeux qu’en une rappeuse du nom de Diam’s? Une chose est sûre c’est que le rap français possède son lot de rappeuses talentueuses. La nouvelle scène propose de nouvelles têtes comme Black Barbie, Amy & Bushy, Kayline qui sont les plus médiatisées et MedaOmic, Lahin, Agonie et B-la qui n’ont pas encore de véritable visibilité.
Trop Underground ou malchanceuses?
Certaines rappeuses sont dans le game depuis des années et possèdent à leur actif déjà plusieurs albums. Connues et reconnues aux Etats-Unis et par une poignée de puristes dans le reste du monde, elles n’ont pas réussi à s’imposer dans d’autres pays que le leur. Je pense à Gangsta Boo qui est sûrement la plus connue de toutes (ex- Hypnotize Camp Posse), à La Chat, à Boss Bytch (Manson Family), à Mia X  qui a connu ses heures de gloires aux côtés de Master P et du label No Limit Records. Je traduis ce manque de notoriété du fait que ces rappeuses possèdent un style de rap trop gangsta, trop thug et trop violent pour plaire au grand public mais aussi aux jeunes demoiselles qui sont les premières à se ruer sur les albums rap féminin.
Rah Digga, Trina, Khia, Remy Ma, Jean Grae. Si ces noms vous disent quelque chose c’est peut-être que vous avez déjà entendu ces rappeuses à l’œuvre, pourtant pas mauvaises au micros et pas trop violentes comme les rappeuses citées ci-dessus. Ces emcees n’ont jamais réussi à atteindre le top des ventes et une place réelle dans le coeur du public. Je me suis rendu compte que les rappeuses les mieux entourées (par des mecs) ou par un artiste mâle déjà bien connu et respecté sont celles qui arrivent au sommet. Alors peut-être que ces rappeuses sont mal entourées, qu’elles manquent de talent ou d’originalité ou tout simplement que leurs projets ne sont pas assez bien travaillés pour obtenir la gloire souhaitée.
Une nouvelle ère pour les B-Girls?:
Depuis 2/3 ans on entend parler d’une certaine Nicki Minaj qui est entrain de prendre le contrôle du rap au féminin. Enchaînant les featurings avec les mc’s les plus adulés et les couplets tous plus dingues les uns que les autres. La rappeuse signée chez Young Money le label de Lil Wayne est sur la bonne voie pour une carrière pérenne. Son premier album « Pink Friday » a connu un énorme succès et ses apparitions notamment celle sur « Monster » feat Kanye West, Jay-Z et Rick Ross la place comme la rappeuse incontournable des temps modernes. Une rumeur traîne comme quoi la rappeuse serait enceinte, si c’était le cas cette situation pourrait être un véritable frein à sa carrière voir même signer sa fin. Car on sait tous que le public oublie vite les artistes à l’ombre des projecteurs.
Côté rap au féminin en 2011, on attend le retour de Missy Elliott. On assiste à un crêpage de chignon entre Lil Kim et Nicki Minaj, qui se clashent par morceau (« Tragedy » de Nicki Minaj) et mixtape (« Black Friday » de Lil Kim) interposés. On reste sur nos faims suite à l’album d’Amy et Bushy, et on se coltine Lil Mama. En gros, y’a que l’album coup de poing de Casey « Libérez la bête », les textes de Keny Arkana et la rage de Black Barbie qui représentent.
Si on fait le bilan, les rappeuses ont un potentiel énorme et depuis plus de 20 ans elles imposent leurs règles aux bonhommes qui voudraient se partager le gâteau entre eux. Le problème c’est que contrairement aux rappeurs, les carrières de ces femmes ne durent pas bien longtemps ou manquent d’exposition. Finalement, à part le manque d’entourage et de travail, la prison, les grossesses, et le manque de créativité, il n’y a pas réellement d’explication à tout ça. Oh si…peut-être le machisme d’un milieu prédestiné aux hommes. Au delà des réponses on attend de pied ferme celle qui saura nous faire vibrer album après album, non stop, avec des lyrics thug comme Da Brat, pouvant se mesurer à des mâles au micro comme Foxy Brown, faisant valoir son sex appeal comme Lil Kim, offrant des clips originaux et de l’excentricité comme Missy Elliott, entourée d’une vraie équipe de rappeurs confirmés (Young Money?) et sachant chanter pour donner de la douceur à tout cela comme Lauryn Hill. Nicki…c’est toi?
A suivre…

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Franckie Small

Hoodster. Je chausse du 42,5 et je vous emmerde.

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