[Interview] Parlons rap avec… Hassan Monkey

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« Parlons rap avec… Hassan Monkey »

Quelques jours après la sortie de « Babel », son premier album, nous avons rencontré Hassan Monkey pour parler rap. En ressort une discussion de plus d’une heure, confortablement installés dans un café au coeur de Paris, où l’on comprend bien vite qu’Hassan est un boulimique de la musique.  Ses influences, son parcours et ses souvenirs, retour sur le « Parlons rap avec… Hassan Monkey » !

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Salut Hassan, tu vas bien ?

Ça va très bien, et toi ?

Peux-tu te présenter sans utiliser les mots : Rap, Hip-Hop, Hassan Monkey, Perpignan, Unité de Valeur, Warm Up et Babel ?

C’est une grosse liste ça, ça va être difficile ! Je suis un être humain qui vient du sud de la France, extra-terrestre à mi-temps. J’ai fais partie d’un groupe de musiques urbaines avec un gars que vous devez connaître qui s’appelle Nemir. On a grandit ensemble, on a écrit pas mal de choses et fait pas mal de scènes. J’ai sorti un EP et dans un deuxième temps un LP, en collaboration avec un beatmaker français qui s’appelle Oliver et qui fait partie de l’équipe DrumDreamers qui avait signé chez G-Unit Records.

Peux-tu me citer 3 choses qu’il faut impérativement savoir sur « Babel » ?

La première des choses c’est que ce projet devait s’appeler « Ambition » mais que Babel c’était un peu le terme générique qui symbolisait tout ce qu’on voulait mettre dans l’album. Ensuite, c’est un projet qui nous correspond et qui initie quelque chose. C’est un tournant, un petit pas pour nous et peut être un grand pas pour toutes les personnes qui vont l’écouter. C’est ma carte de visite. Pour terminer, on a fait cet album de manière très instinctive dans le sens où on s’est dit qu’à chaque fois qu’on rentrait en studio, il fallait qu’on ait un morceau au bout de deux jours maximum.

Si tu ne devais retenir qu’un seul titre sur le projet ?

« Dans la foule », le second titre du projet même si c’est peut être pas le morceau le plus représentatif de l’album, il a une couleur plus soul où je me permet de chanter un peu. Pour l’histoire, je rentre dans le studio avec un gars que je rencontre à peine, que j’ai jamais vu de ma vie. On se met à discuter, à refaire le monde. Et on se lance : il tape un beat, je tape un flow, il envoie une mélodie, je trouve une mélodie par dessus à la voix. Ça a été un ping-pong permanent jusqu’à arriver à un morceau, le tout premier qu’on a réalisé ensemble avec Oliver et qui est finalement sur l’album.

Une seule prod ?

Celle de l’intro, du morceau qui s’appelle « Burnin’ ». Quand j’ai rencontre Oliver je suis arrivé avec un pack de 400 samples environ, j’étais préparé pour travailler. Dans les samples, j’avais fait attention à rester cohérent, à rester dans un style roots/reggae/dub années 70. On avait fait un premier morceau avec En’zoo (beatmaker perpignanais, ndlr) qui s’appelait « Quelque part » à l’époque, un titre un peu rock. « Burnin’ » est né de ça, c’est un morceau 4 saisons. Ça commence très rock puis on passe à un délire plus soul, ensuite on va vers un truc plus mélodieux et on termine sur une ambiance rap/reggae. Ça symbolise bien l’album, c’est pour ça que c’est devenu l’intro.

Une seule phase ?

Dans « Ennemi imaginaire » j’explique que je me bats contre mon moi intérieur et que j’ai finis par l’accepter. La phase c’est « J’rêve de faire un gosse à Marine et de l’appeler Mohammed », je le dis de manière sarcastique pour combattre mes frustrations.

Qu’est-ce qui tournait dans tes oreilles pendant la conception du projet ?

À l’époque j’écoutais un peu de BreezyLoveJoy qui est donc devenu Anderson .Paak aujourd’hui. J’écoutais aussi Westside Gunn, du rap qui n’est pas forcément le reflet de ce que je fais aujourd’hui mais au niveau du flow c’est quelque chose qui m’a vraiment plu. J’écoutais aussi beaucoup de mainstream, de la pop et pleins d’autres choses.

Qu’as-tu écouté aujourd’hui ?

Là je sors à peine de chez Lionel de Soulchildren, il m’a fait écouter des morceaux à lui. Je peux pas vraiment te dire quoi mais sache que Scylla arrive lourd par exemple (rires). En dehors de ça j’ai surkiffé le dernier Dosseh avec Nekfeu, je trouve ça super bien réalisé même au niveau de la vidéo. Dosseh je trouve que c’est cool parce qu’il prend le parti de faire du texte et Nekfeu est toujours aussi chaud, je valide vachement ce truc.

Est-ce que tu te souviens du premier titre de rap que tu as entendu ?

C’est plus un album en fait. C’était l’époque de « Metèque et Mat », l’album de Chill (surnom de Akhenaton, ndlr) que je big up en passant parce que c’est la famille. C’est l’un des premiers trucs qui m’avait vraiment fait kiffer, avec l’album de Shurik’n ensuite. Le grand frère de mon voisin écoutait beaucoup de rap, quand il nous transportait pour nous déposer au stade, il nous mettait ça dans la voiture, le kiff est venu comme ça.

Du morceau qui t’a donné envie de prendre le micro ?

C’était un morceau de la FF (Fonky Family, ndlr) mais j’hésite entre plusieurs… c’était l’album « Si Dieu Veut… » en tout cas. Moi à l’époque j’étais un fanatique du Rat Luciano et de Sat, c’était deux gars que j’adorais vraiment. Cet album c’est un classique, j’ai même pas un morceau en tête, tout l’album en fait.

Un 16 mesures que tu connais par cœur et/ou qui t’as particulièrement marqué ?

À la base moi je suis un fanatique de Defari et de Dilated People, c’est des mecs que je valide vraiment. Le rap un peu laid back comme Evidence et Rakaa, c’est clairement ma came. Sur l’album « 20/20 », il y a un morceau à un moment donné où Rakaa fait ce truc (il se met à rapper le début du couplet de Rakaa sur « Olde English », nldr). Ce morceau déboite ! Autant plein de gens ne jure que part Evidence, autant pour moi Rakaa c’est un exemple de flow incomparable.

Ton meilleur souvenir de scène ?

Buzz Booster, Marseille. La dernière finale qu’on ait faite, je sais même plus si c’était 2014 ou 2015. C’est un concert que j’ai super bien vécu et qui s’est super bien passé. On connaissait bien le show parce qu’on avait pas mal tourné, c’était le dernier concert avec l’ancienne formation que j’avais. Tous les retours que j’ai eu étaient super bons. Avoir l’estime et la reconnaissance des professionnels, des délégations organisatrices, c’est vraiment un kiff.

Le concert que t’as préféré en tant que spectateur ?

Earth Wind and Fire au Médiator à Perpignan il y a 3 ou 4 ans. Ils ont une qualité de rendu que j’ai jamais retrouvé ailleurs, même pour des très gros artistes. C’est complètement fou. Les musiciens… quelle technique ! Rien que de m’en rappeler maintenant je me reprends une tarte, merci (rires). C’est un but ultime pour tout artiste qui se respecte, arriver avec une qualité comme la leur. Quand tu vois la carrière, le nombre d’albums vendus… tu ne peux que les respecter.

L’album que tu as préféré en 2016 ?

Anderson .Paak, parce que « To Pimp a Butterfly » est sorti en 2015. Son album « Malibu » c’est vraiment proche de ce que je kiff. Même pour la performance scénique du gars, il est impressionnant.

Le dernier titre qui t’as giflé ?

Tu sais que pour moi c’est super difficile de prendre une tarte (rires) ? Le « 24K Magic » de Bruno Mars je dirais. Je vais te dire une chose, pour moi l’album de Burno Mars c’est un des plus aboutis de cette année. Je peux pas comparer Anderson .Paak à Bruno Mars parce que c’est pas du tout les mêmes moyens mais tu pourrais le mettre aussi dans la question d’avant en fait. Bruno Mars à la base c’était un ghost writer, un producteur de l’ombre. Il a eu du mal à faire son trou au départ. C’est un peu comme Kanye West, ils n’avaient pas la bonne dégaine, la street crédibilité ou la légitimité donc au début on ne les prenait pas au sérieux. Et donc Bruno Mars il revient de loin, même si aujourd’hui ça marche pour lui. Son album est très, très chaud.

Le rappeur ultime selon toi ?

En ce moment, j’ai un trio de tête : Kendrick Lamar, Schoolboy Q et Pusha T. Si je devais en choisir un seul, ce serait Kendrick. C’est ce que tout le monde va dire mais c’est le choix évident. Ce mec n’est pas seulement un rappeur. C’est un véritable artiste accompli. Il y a une aura autour de lui, c’est l’élu (rires). En France, un mec dans la même logique ce serait Nekfeu. De la même manière qu’il y a un élu pour Compton et les Etats-Unis, il y a un élu pour Paris et la France. Il peut passer d’un featuring avec Kohndo à un autre avec Dosseh sans souci. Il est toujours positif, il amène tous ses potes avec lui sur sa tournée, il a la mentale du hip-hop. Je le valide clairement, c’est comme ça que je vois le rap, avec cette mentalité.

Le beatmaker ultime selon toi ?

J Dilla, direct. La question du pourquoi ne devrait même pas exister, je devrais m’arrêter là (rires). C’est le beatmaker préféré de mes beatmaker préférés. Tout le monde s’est inspiré de J Dilla. Le jour où il est mort aux Etats-Unis, je suis sur qu’ils ont hésité à faire de ce jour un jour férié.

Ta collaboration de rêve ?

Kendrick. Non, Bruno Mars ! Tu sais quoi ? On va faire comme si on était en train de dealer un featuring en maison de disque (rires). Je suis sur un album de fou, je suis chaud d’inviter sur le même morceau Kendrick, Anderson .Paak et Bruno Mars ! À la création et à la conception, Bruno Mars est très fort, Kendrick a une aura de fou et Anderson .Paak a un vrai flow.

En terme de flow, la performance qui t’as le plus marqué ?

C’était à l’époque de Ghetto Dwellas, le morceau « Ill Collabo ». C’est un passe-passe entre plusieurs gars, c’est une leçon de flow, une leçon technique. Les placements sont hyper avant-gardistes, toujours d’actualité aujourd’hui. Il faut replacer le morceau dans son contexte évidemment, années 2000, l’instrumentale paye pas de mine mais quand les rappeurs rentrent c’est terminé. Pour moi c’est l’équivalent du Saïan Supa Crew en américain, pour leur folie.

Si tu devais clipper un morceau de rap français qui n’a jamais été clippé ?

Je crois que « J’ai mal au mic » n’a jamais été clippé ? J’aime beaucoup ce morceau. C’est vraiment la période Oxmo que j’ai kiffé personnellement. Après, si on prend un album comme « Mauvais Œil », tout ce qui n’a pas été clippé aurait du l’être, on aurait du clipper tout l’album (rires). Un mec dont on entend plus trop parler aujourd’hui aussi c’est Rocé, mais pareil on aurait pu clipper beaucoup de choses. Fabe pareil. Mais je vais pas te citer tout le rap français non plus (rires).

Ton top 3 des albums rap ?

C’est très difficile comme question. (Il prend son temps entre chaque album pour réfléchir) « Illmatic » de Nas pour commencer. L’album de Black Moon « Total Eclipse », très chaud. Et « To Pimp a Butterfly » de Kendrick Lamar en fait. Je peux pas te donner d’ordre, c’est ce qui me vient maintenant, ça sera peut être différent demain.

L’album dont tu ne te lasseras jamais, tous styles confondus ?

« Babel », non je déconne (rires). « Fantastic, Vol.2 » de J Dilla, enfin Slum Village. C’est la bible, le coran et la torah du beatmaking, et de la musicalité. C’est de là que tout part. Quand c’est sorti, ça a été un détonateur monumental.

Pour terminer, si je te dis Baskets Blanches, qu’est-ce que ça t’évoques ?

Une paire d’Air Max 1 blanches de 87, parce que c’est ma paire. C’est ce que je porte depuis bébé, je suis sorti du ventre de ma mère avec (rires).

Merci à toi

Merci beaucoup !

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Toni S.

Dans la matrice comme Néo. Peu d’élus dans nos milieux. Paris East-Side

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