[Interview] « Parlons Rap avec… Fixpen Sill »

Share this post

« PARLONS RAP AVEC… FIXPEN SILL »

Quelques jours après la sortie de leur premier album, nous avons rencontré Fixpen Sill pour parler rap. L’occasion de revenir sur leur parcours, leur premier album, leurs classiques ou encore leurs meilleurs souvenirs. Entre rires et anecdotes, retour sur le « Parlons rap avec… Fixpen Sill » !

fixpen

Pouvez-vous vous présenter sans utiliser les mots : Fixpen Sill, Kéroué, Vidji, Rappeur, Beatmaker, 5 Majeur, Edelweiss, Paris et Nantes ?

Vidji : On est deux jeunes ninjas d’élite qui opèrent dans une nébuleuse musicale. On exerce nos talents sur tout type de support. On opère dans l’ombre depuis maintenant 5 ou 6 années. On est un binôme. On a fait nos débuts sur une forme moderne de hip hop. Putain c’est chaud (rires).

Pouvez-vous nous indiquer 3 choses qu’il faut savoir impérativement sur « Edelweiss » ?

Kéroué : Le manque de sommeil, le café pour Vidji.

Vidji : Beaucoup. Et toutes sortes d’aides médicales.

Kéroué : Des herbes de Provence, à foison !

Si vous ne deviez retenir qu’un titre sur l’album ?

Vidji : Ca va paraître très orgueilleux mais je vais dire mon solo (« Focus », ndlr) parce que je ne m’étais encore jamais essayé à cet exercice là. C’est à dire à faire un morceau de rap qui ne soit pas dans une démonstration d’égotrip ou de freestyle. C’est un morceau qui a du sens pour moi. C’est difficile de n’en choisir qu’un parce que je pourrais parler en bien de tous les autres mais on va dire celui là.

Kéroué : Dans la manière dont on a expérimenté le truc, je dirais « Hobo ».

Une phase ?

Vidji : Il y a une phase de Kéroué que je trouve formidable c’est : « la cohue dans la ville vaporise du stress ». L’image de vaporiser du stress me sidère, me scie les jambes (rires).

Kéroué : Pour continuer sur « Hobo » : « j’ai ma bouteille dans la putain de street » (rires).

Une prod ?

Vidji : « C’est pas compliqué », c’est la seule où j’ai véritablement joué tous les instruments. C’est ni logiciel, ni du sampling.

Kéroué : « Après moi le déluge » parce qu’elle est bien zinzin quand même. C’est une sacrée production !

Qu’est-ce qui tournait dans vos oreilles pendant la conception de l’album ?

Vidji : Sur les derniers mois de production (la conception du projet a duré 2 ans, ndlr), il y a eu le phénomène PNL. On s’est pris ce truc là à ce moment là, en terme de rap français. Sinon en général, je m’explosais plus sur des bangers de Future, Drake et toute sorte de production américaine.

Kéroué : On s’est écouté beaucoup de trucs actuels tout au long de la production tout en gardant aussi des petites phases de kiff entre nous avec des morceaux qui nous font plaisir et qu’on aime se repasser de temps en temps.

Vidji : Il y a eu aussi un super morceau du lycée horticole de Dunkerque ! C’est un truc qui est revenu beaucoup.

Kéroué : C’est un truc incroyable. On dirait une parodie mais ça ne l’est pas du tout. C’est un projet vidéo d’une classe de lycée agricole. Ils sont déguisés pour le carnaval de Dunkerque et ils ont fait toute une chanson. On a découvert ça il y a 2 ans et on se le passait 4 ou 5 fois par jour jusqu’à devenir complètement zinzin.

Qu’avez-vous écouté aujourd’hui ?

Vidji : J’ai regardé le dernier clip de Hamza, « La Sauce ». J’adore le son mais j’étais un peu déçu du clip, trop rudimentaire en fait.

Kéroué : J’ai écouté du Gradur parce que j’ai regardé son passage au grand journal, du coup je me suis tapé « Rosa » une ou deux fois (rires).

Est-ce que vous vous souvenez du premier titre de rap que vous avez entendu ?

Kéroué : « Stunt 101 » du G-Unit !

Vidji : J’ai commencé en écoutant des compilations, des « Cut Killer Show » donc c’est impossible de me souvenir du premier morceau.

Quel morceau vous a donné envie de prendre le micro ou de commencer à produire ?

Vidji : Je n’en ai aucune idée. Je n’avais pas d’idole ou de référence. Quand j’ai commencé à produire, j’avais l’impression d’être le seul au monde à le faire. J’ai commencé sur un petit programme sur Playstation 1 qui s’appelait Music. Très basique comme logiciel, je faisais mes petits beats, je mettais des mélodies dessus et ça ressemblait à des instrumentales de rap. Je me suis rendu compte après que c’était une discipline pratiquée par pas mal de gens, que ce n’était pas réservé aux professionnels.

Kéroué : En terme de rap, ça devait être l’époque Sinik. Un de ses premiers EP, « Malsain » ou « Artiste triste ».

Votre meilleur souvenir de scène ?

Kéroué : La première partie de Method Man et 1995 au Zénith de Paris en 2012. Method Man nous avait invité sur scène pour le dernier morceau et on a rappé un de ses couplets sur scène avec lui.

Vidji : Peu de temps avant ça, on avait fait La Maroquinerie. Pareil, on était en première partie et c’était la première fois qu’on se retrouvait devant autant de monde d’un seul coup. L’ambiance était très chaude, on était halluciné de voir les gens et l’engouement.

Le concert que vous avez préféré en tant que spectateur ?

Kéroué : C’était Marcel et son orchestre (rires), un groupe de punk/ska à Quimper quand j’habitais encore chez mes parents. C’était dans une salle, qui d’ailleurs n’existe plus aujourd’hui, qui s’appelait le pavillon. Je m’étais explosé avant de rentrer dans le hangar et j’hallucinais parce que les mecs étaient déguisés. La musique donnait la patate, je m’étais retrouvé avec mon cousin en plein milieu de la foule. Les mecs dégainaient des matelas gonflables et j’avais réussi à monter dessus. C’était n’importe quoi. Aujourd’hui j’ai moins cette habitude de me mêler dans la foule, de venir déchiré avec ma besace de whisky (rires), donc c’est ce genre de souvenir qui me reste en tête quand j’imagine des vrais ambiances de concert.

Vidji : En terme de son, je rejoins Kéroué. En live ce n’est pas le rap qui est le plus susceptible de me plaire parce que finalement c’est une forme assez pauvre de scène avec un MC et un DJ. Du coup, je pense que moi c’est un groupe de roots fondamental proche du reggae et pas très connu qui s’appelle The Rockers Disciples. On devait être 40 dans la salle, la qualité du son était hallucinante. C’est quelque chose qui m’a marqué pendant longtemps.

L’album que vous avez préféré en 2015 ?

Vidji : Avec Youtube je n’écoute quasiment plus d’album. Je télécharge un album par an et souvent je regrette parce que je n’aime que deux ou trois morceaux. Le « If You’re Reading This It’s Too Late » de Drake, je l’ai bien rossé quand même. C’est parce qu’il faut en citer un. C’est pas l’artiste que je préfère mais je sais que, ne serait-ce que par intérêt pour le beatmaking, je voulais écouter toutes les prods. Il y a des bijoux dedans.

Plus que le Kendrick ?

Kéroué : Le Kendrick (« To Pimp A Butterfly », ndlr) je l’ai pris à retardement mais je crois que ça serait celui là à noter, ouai. Beaucoup de gens disaient qu’ils seraient moins bon que le deuxième mais je trouve qu’il a quand même réussi à exploiter un autre délire.

Vidji : Moi je préfèrerais préférer celui de Kendrick mais c’est pas le cas (rires).

L’album que vous attendez le plus en 2016 ?

Vidji : (ndlr : l’interview a été réalisée avant l’annonce du projet) Caballero va sortir un projet secret avec un acolyte nommé X (rires). Et pour avoir entendu quelques extraits de ça, je suis très impatient de voir le résultat final parce que je pense que ça va casser des culs. C’est même pas forcément parce qu’on est potes, c’est juste qu’il y a un vrai intérêt artistique.

Kéroué : Pareil.

Le dernier titre qui vous a mis une claque ?

Kéroué : C’est un morceau sur le projet de Caballero et X qui s’appelle « Repeat » et qui va pas tarder à sortir je pense. J’ai pris une bonne claque là dessus.

Vidji : On l’a déjà cité mais je vais dire un morceau de Hamza, genre « Mi Amor ».

Dans le genre duo célèbre, à New-York vous êtes plutôt : Mobb Deep, Capone-N-Noreaga ou EPMD ?

Vidji : Mobb Deep.

Kéroué : Mobb Deep à fond oui. Comme je disais, j’ai connu le rap américain avec G-Unit donc t’imagines que j’avais du retard à rattraper. Quand j’ai découvert un peu après les classiques, je me suis explosé à Mobb Deep.

Vidji : Très forts en rap, en prod. Tout est chaud.

Le rappeur ultime selon vous ?

Vidji : Vu que j’ai tendance à dissocier les deux, mon rappeur français ultime ça serait Nubi. Du côté américain ça va être beaucoup plus dur de me décider. Chaque époque à son importance donc le rappeur ultime de tous les temps c’est compliqué. Mais pour moi, le rappeur ultime en ce moment c’est Kendrick Lamar.

Kéroué : Pour rester à mes amours des débuts, en rap américain je dirais Young Buck du G-Unit (rires). J’aimais trop son leust en fait, je me prenais à fond son délire. Moins aujourd’hui mais c’est le truc qui m’a forgé. En rap français, ce serait mentir que de dire un autre rappeur qu’Alkpote au final. Il m’a complètement fait vriller, depuis ses débuts. Je le suis un peu moins ces dernières années mais il m’a clairement bousillé le cerveau. En terme de rimes et de technicité, c’est un gars qui m’a indubitablement forgé dans ce que je fais aujourd’hui, dans mes techniques et mes jutsus secrets en tout cas (rires).

Le beatmaker ultime ?

Vidji : Toute l’école J Dilla je me la prends à fond. C’est un truc qu’on fait beaucoup moins aujourd’hui mais c’est trop chaud donc je dirais J Dilla.

Kéroué : Pour rester sur Mobb Deep de tout à l’heure, je vais dire Havoc qui a fait des prods très sérieuses.

Votre meilleur souvenir de featuring ?

Kéroué (s’adressant à Vidji) : Moi je sais, mais t’étais pas là (rires). C’est le truc avec Rabakar, Brooks et tout ça. Je l’ai enregistré complètement à l’arrache, personne n’était là. Le meilleur souvenir ça serait plutôt pour le clip de ce morceau. On est arrivé avec Lomepal, deux blancs becs, dans une soirée où y avait des gars très gangsters qui nous attendaient (rires). On devait rapper notre couplet et au final c’est un peu parti en cacahuètes. Le mec savait même plus ce qu’il devait filmer, on a fait le clip à sa place quasiment. Des grandes bouteilles de jacks tombaient à une vitesse folle, on s’est retrouvé tous dans un couloir à faire des ambiances sur les couplets de chacun. En gros c’était assez fou, on s’est très bien entendus en fin de soirée alors qu’initialement ça s’annonçait un peu frigide (rires).

Vidji : Le son est très chaud d’ailleurs. Je le kiff de ouf, mention spéciale pour Brooks. Moi ce serait plus « À ce soir » (Kéroué n’est pas non plus présent, ndlr) avec Lomepal, L’essayiste d’Arkanson et Jean Jass d’Exodarap sur une prod de Meyso, le tout filmé par Mathieu le dude de Dasswassup. On était vraiment en famille et en même temps, il y avait des têtes que je n’avais jamais featé sur ce son donc c’était un bon souvenir.

Votre collaboration rêvée ?

Vidji : Mort comme vivant ?

Oui.

Vidji : Franchement, un petit solo de guitare de Jimi Hendrix sur un morceau, je serais hyper chaud (rires). Faire cette fusion rap/rock qui est trop souvent mal réalisée.

Kéroué : Je ferais bien une collaboration avec Rick James. Genre me retrouver en studio avec lui et qu’il soit comme dans le clip avec Eddie Murphy (rires), en cabine pendant que j’enregistre et qu’il soit en train de s’enjailler derrière la SSL (table de mixage, ndlr). Il me rejoint à la fin pour finir sur un petit solo de guitare. Une collaboration très exclusive avec Rick James, et Eddie Murphy s’il peut être là évidemment !

En termes de flow, la performance qui vous a le plus marqué ?

Vidji : On a cité pas mal d’artistes qui sont des références dans le domaine. C’est un des critères que je mets le plus en avant quand j’écoute un artiste. Ça dépend toujours des prods mais par exemple l’école Ghostface Killah et Action Bronson, je me la prends vachement en terme de flow. Sur des bpm plus lents, je trouve que A$AP Rocky est très chaud aussi.

Kéroué : Tout le A$AP Mob ils ont des flows de fou. A$AP Ferg par exemple, je trouve que c’est assez dingue la manière dont il monte et il redescend (ndlr : il tente une explication vocale à base d’onomatopées). Cette manière qu’ils ont d’appréhender ces nouvelles techniques, de renouveler les palettes de flows, ils ont ramené un truc important. Ils ont chacun leur personnalité et leur manière de poser.

Vidji : En français, je rejoins Kéroué qui parlait tout à l’heure d’Alkpote. Pour ce qui est du flow, c’est une machine de guerre.

Si vous deviez clipper un morceau de rap français qui n’a jamais été clippé ?

Vidji : Justement je parlais de Nubi tout à l’heure. Il y a un sombre morceau, sur une compilation, qui s’appelle « On soigne les maux par les mots » avec dedans le plus long name dropping de l’histoire du rap français. Il cassded absolument tous ses potos dedans (rires). Je trouve ce son trop chaud et je ne crois pas qu’il soit déjà clipé. Il est dans la compilation « Hip Hop Therapie » !

Kéroué : J’ai du mal à imaginer quel morceau j’aimerais bien voir clipé par contre j’ai une très bonne idée de quel morceau j’aurais aimé ne pas voir clipé. C’est le dernier Kool Shen (rires).

Votre top 3 des albums rap (US/FR) ?

Kéroué : Pour le rap français, un bon « Si Dieu Veut… » de la Fonky Family. Ensuite je mettrais « Haine, Misère et Crasse » de l’Unité de Feu et « Scarlatitude » de Nubi.

Vidji : C’est impossible de ne pas mettre « Scarlatitude » et « Haine, Misère et Crasse ». Ensuite, quand « L’école du micro d’argent » est sorti à l’époque, je l’ai écouté comme tout le monde et je me le suis vraiment pris, ne serait-ce que pour les productions.

Kéroué : En rap américain, je mettrais un des Mobb Deep. J’avais bien aimé « The Infamous » mais je trouvais que « Hell on Earth » sonnait plus actuel, même si il y a des énormes classiques sur les deux. Le « Marshall Mathers LP » de Eminem aussi, il a tous ses classiques dessus. Et au final le « Good Kid, M.A.A.D City » de Kendrick qui m’a transformé en terme de construction d’album. Le gars a réinventé les règles avec des histoires de speech qui lient les morceaux. Je fais assez rarement ça mais j’ai été me documenter sur ce que disait les paroles parce que j’avais envie de comprendre la science du truc. Je trouve ça très chaud.

Vidji : Pour commencer, il y a déjà « Illmatic » de Nas. Beaucoup plus récemment, « Polo Sporting Good » de Retch sur lequel je me suis pris des sons avec beaucoup de virulence, des plaques d’eczéma et tout ça (rires). En troisième je dirais « Dr Lecter » d’Action Bronson. Je ne sais pas si c’est le meilleur mais c’est celui que j’ai le plus écouté et je le trouve très chaud.

L’album dont vous ne vous lasserez jamais, tous styles confondus ?

Vidji : Ça ne va pas être du rap. C’est un album de Santana qui s’appelle « Santana 3 ».

Kéroué : Je crois que je vais jouer ma carte Phil Collins (rires).

Vidji : T’imagines écouter plus que du Phil Collins toute ta vie ?

Kéroué : C’est vrai que c’est chaud… Mais ouai le « Greatest Hits » ! Je m’exploserai encore longtemps dessus.

Si je vous dis Baskets Blanches, ça vous évoque quoi ?

Vidji : Style de vendeur de poudre (rires).

Kéroué : Les belles chaussures. Moi j’essaye que mes baskets soient les plus blanches possible. En plus j’ai enfin un placard sur lequel je peux ranger toutes mes paires (rires).

Vidji : La basket blanche n’existe pas à Paris, tu prends le métro et c’est terminé.

Kéroué : Ouai mais tu la laves, et tu passes pour quelqu’un de soigneux.

Vidji : En fait c’est un fantasme la basket blanche. C’est complètement fantasmagorique !

Merci à vous les gars !

Kéroué : Merci à toi !

Vidji : Ouai merci !

Toni S. pour Baskets Blanches

Crédit Photo : Kevin Jordan

Share this post

Toni S.

Dans la matrice comme Néo. Peu d’élus dans nos milieux. Paris East-Side

No comments

Add yours