[INTERVIEW] Louis J, de l’ombre à la lumière

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Le règne de Louis XIV, le Roi-Soleil, est le plus long de l’histoire de France. Le règne de Josselin, ou Louis J, n’a pas encore commencé. De la royauté, il en retient l’image et la symbolique. Plus qu’une finalité, son « règne » se matérialise en une vocation : celle d’atteindre les sommets. Être connu, et reconnu, pour ce qu’il produit. Son premier effort s’intitule « Genesis », on en a parlé avec lui.

 

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Pour commencer, d’où ça vient Louis J ?

Ça vient d’un pote. Je suis d’origine portugaise et il m’a toujours dis que j’avais une tête à m’appeler Luigi (rires). Quand j’ai cherché à me créer une identité, j’appréciais bien tout ce qui tournait autour de la royauté, de la majesté. Le Louis ça correspond à quasiment tous les rois de France, et le J c’est Josselin, mon prénom.

 

T’es originaire de Beauvais, comment s’est passé ta rencontre avec la musique là bas ?

J’ai commencé la musique à 6 ans. J’ai pris 10 ans de cours de guitare, le solfège m’a cassé les couilles dès le début. Par la suite, j’ai appris le piano seul, j’ai fais de la batterie et de la basse aussi. Tout m’intéressait. Au collège, j’étais dans une école privée et je m’en suis fais virer. J’ai atterri dans le public, dans l’école la plus pétée de Beauvais (rires). Là bas je me suis fais pas mal de potes qui écoutaient du rap. Moi j’écoutais énormément de rock et de métal à l’époque. J’étais à fond dans Trivium, Slipknot, Korn, Children of Bodom. Avec des potes on s’est mis à rapper les textes qu’on écoutait. On regardait pas mal les Rap Contenders, du coup on faisait des battles aussi.

 

Je t’ai découvert avec le clip de « Ready » qui est sorti quelques mois après ton premier EP intitulé « Moog ». Tu peux revenir un peu sur cette période ?

J’ai bossé un été entier pour faire de l’argent et m’acheter du matos. C’est l’année où je suis rentré aux Cours Florent musique, en 2016. J’ai taffé à fond la prod. Ça n’avait pas forcément de sens, je voulais seulement avoir un premier projet fini, avoir sorti quelque chose. Avec le recul, je ne le trouve pas abouti du tout mais c’était un bon premier apprentissage.

 

Ce EP sort pendant la période où tu bosses avec Active Records, comment est née cette collaboration ?

J’ai rencontré le directeur du label lorsque j’ai fais la nouvelle star, il y a 3 ou 4 ans. À cette époque j’étais dans le chant et la technique vocale, même si j’avais mon truc de rap à côté. Quand j’ai voulu faire mon premier projet, il m’a proposé de travailler avec eux. Je n’avais rien à perdre, ça ne pouvait que m’apporter du positif. J’enregistrais chez moi et pour tout ce qui était mix et mastering, c’était à eux de s’en occuper. De mon côté,  j’ai ce besoin d’avoir la main sur mon projet artistique de A à Z. Je pense d’ailleurs que c’est un problème et qu’un jour ça pourra me porter préjudice. Ça a bloqué parce qu’ils voulaient tout contrôler, et moi aussi. Vu que ça n’avançait pas, on en a conclu que c’était mieux d’arrêter de travailler ensemble. Ça reste des gens bien et humainement tout s’est bien passé, c’est juste qu’artistiquement, ça ne collait pas. Avec le recul, je me dis que je suis un peu bête de m’être tourné vers un label qui n’évoluait pas du tout dans mon courant musical.

 

 

Commençons par la fin, « Genesis » se referme avec « Bla bla » qui est introduit par un sample de Louis XIV, d’où est-ce que ça vient ?

C’est un sample du film « Le roi danse », quand Benoît Magimel parle à ses cardinaux. Je trouvais que c’était une belle manière de clôturer le projet. Ça renvoie à l’idée de royauté. C’est un film sur Louis XIV et son amour pour l’art.

 

Dans « Cavalier seul » tu dis : « J’suis le meilleur pourtant je fais cavalier seul ». Pourquoi opposes-tu ces deux notions ? Pour toi ça passe par quoi la réussite ?

Je bosse en solo et tout ce que t’écoutes ça vient de moi, et seulement moi. Je trouve ça cool de faire les choses par soi-même. Après c’est bien d’être entouré mais pour moi, l’auto-production c’est ce que je préfère. Je ne saurais pas te dire pourquoi, mais quand j’écoute un rappeur qui fait ses propres prods, je trouve que ça a plus de charme, ça rajoute un truc. Le mec est dans le processus créatif à 100%. « Genesis » c’est 100% moi.

 

Tu utilises beaucoup l’égotrip, qui répond logiquement à ce personnage de majesté que tu t’es créé. Finalement, ta musique retranscrit davantage des états d’esprit que des thèmes. Qu’est-ce qui t’inspire au quotidien ?

Je me pose énormément de questions, je dors peu, la nuit je taff. J’enregistre essentiellement la nuit d’ailleurs. Quand j’écris, j’aime bien avoir de la musique en fond. Je m’inspire principalement des réflexions que j’ai sur ce qui m’entoure. J’aime le côté obscur de la nuit, sans parler de tristesse ou de mélancolie, juste le côté sombre.

 

On découvre une vrai musicalité dans tes titres quand tu chantes. Comment abordes-tu l’utilisation de l’autotune ?

Je vois ça comme un instrument. Je ne sais plus qui avait dit ça mais je trouvais ça très juste : si on prend l’exemple de PNL, ils sont trois en fait. C’est les deux frères et l’autotune. Quand c’est bien géré, c’est super intéressant. Si tu ne chantes pas bien, ça ne va pas aller quoi qu’il arrive. Après ça m’arrive de chanter sans l’utiliser. Sur un son comme « City » par exemple, il n’y a pas d’autotune, je chante juste avec un petit filtre pour que ce soit clean mais c’est assez brut sinon.

 

 

À l’heure actuelle, tu as dévoilé 3 « Freestyle Majestueux ». C’est important pour toi de démontrer des qualités techniques en parallèle de ta production sur les EP qui semble plus dans la recherche artistique que technique ?

Un projet c’est long à mettre en place. En attendant, il faut alimenter ta fanbase. Aujourd’hui, si tu ne sors rien pendant 4 mois, les gens t’oublient. La musique se consomme beaucoup trop vite. Je ne travailles pas les freestyles différemment des morceaux pour un projet. D’ailleurs je suis content de ce dernier freestyle (le 3, ndlr) parce qu’il est différent dans la forme. Je pense que certains pourront avoir du mal à comprendre la démarche derrière « Genesis » ou derrière certains titres comme « Bla bla ». Ce freestyle peut les initier, c’est comme une introduction.

 

Pourquoi avoir nommé ton EP « Genesis », rapport à la genèse en latin, alors que c’est finalement ton 2ème projet en solo ?

Premièrement, il y a une connotation biblique. Ensuite « Genesis » ça a plus d’impact que « Genèse », et ça me faisait aussi penser au groupe (de rock britannique, ndlr) que j’aime beaucoup, à Phil Collins notamment. La connotation biblique rejoint un peu le côté royauté, ancien temps, etc. Je considère ce EP comme mon premier projet vraiment travaillé et vraiment abouti.

 

La pochette du EP contraste totalement avec le titre. D’un côté le titre a une connotation en rapport avec quelque chose d’originel, de l’autre on semble apercevoir sur la pochette des boutons pour mixer, avec un effet étiré comme un bug et des bandes de couleurs qui font très actuel. Pourquoi ce contraste ?

C’est moi qui ai réalisé cette pochette, quand je te dis que je fais tout de A à Z (rires). J’avais envie de montrer une table de mixage, d’une part, et j’avais aussi envie de symboliser une montée qui part du bas vers le haut, c’est pour ça qu’on en est qu’à la genèse. Le but c’est d’être dans une ascension vers un prochain palier, même s’il peut y avoir des variations comme le montre le petit creux en « v ».

 

 

Tu fais souvent référence à LVS dans tes textes, est-ce un collectif ?

LVS c’est mon équipe, c’est un lieu, c’est un tout (rires). Ça représente là d’où l’on vient, c’est même devenu une expression entre nous. C’est un projet à long terme de monter une structure ensemble. Chacun avance dans son domaine : j’ai un pote qui fait du son, un gars sur Amiens qui est dans le design et le graphisme et un pote en Turquie qui fait du journalisme. Tout se relie et ensemble on voudrait créer un truc artistique. C’est une fraternité.

 

Ce qui frappe particulièrement sur ce EP c’est que tu produis, tu t’enregistres et tu mixes tous tes morceaux toi-même. Est-ce une volonté ou une obligation ?

C’est certain que ça n’est pas une obligation. C’est plutôt une volonté. Dans mes projets solo, c’est important pour moi de tout maîtriser. Je ne suis pas du tout contre le fait de collaborer avec un autre beatmaker, mais pour le moment c’est comme ça que je travaille. Là on a un projet avec mon pote Ramses (réalisateur de ses clips et également beatmaker, ndlr) qui serait entièrement produit par lui.

 

Tu as bossé entièrement seul sur ce projet, quelles ont été tes influences pendant son élaboration et quelles sont-elles aujourd’hui ?

En ce moment c’est Chopin, pour moi c’est le boss. Si aujourd’hui il était beatmaker, il ferait du sale (rires). C’est le compositeur par excellence, d’ailleurs j’écris beaucoup sur du classique. J’adore les ambiances, j’espère que ça se ressent dans le projet d’ailleurs. Quand j’ouvre avec le morceau « Soda », je trouve qu’il y a vraiment une ambiance particulière sur le morceau. Chopin m’influence beaucoup dans la création d’ambiance. Sinon pendant la conception du projet j’écoutais beaucoup Alpha Wann, Hamza, Travis Scott, Big Sean, Eli Sostre, Ash Kid… et beaucoup d’autres.

 

« Genesis » de Louis J est disponible sur toutes les plateformes de streaming !

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Toni S.

Dans la matrice comme Néo. Peu d’élus dans nos milieux. Paris East-Side

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