[Interview] Lomepal – FLIP : « C’est tellement mieux quand on me regarde, laissez-moi faire ce que je veux »

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Pour Lomepal, les projets s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Fruit de deux ans de travail, il sort aujourd’hui « FLIP », son premier album. Si ce dernier conserve certains éléments du rap, il se rapproche davantage de la pop, tout en explorant un univers propre à l’artiste. Des paroles profondes, des productions soignées, des clips marquants, c’est avec Lomepal lui-même qu’on a décidé de parler de cette réussite artistique.

Salut Lomepal, après plusieurs EP et deux ans de travail sur ce projet, tu sors finalement ton premier album « FLIP », pourquoi maintenant ?

Je ne me sentais pas prêt avant, c’est aussi simple que ça. J’ai fini « Majesté » et j’ai commencé à travailler sur l’album, c’était mi-2015 et j’ai mis beaucoup de temps pour avoir des morceaux que je verrais bien dessus. Pendant deux ans j’ai expérimenté des trucs et au final, 95% des morceaux que j’ai gardés je les ai faits de septembre à décembre dernier. Après il y a des morceaux que j’ai dans mon ordi  et qui ne sont pas sortis mais que je sortirai peut-être plus tard.

Est-ce que tu peux nous parler du titre de ton album, « FLIP », ça a seulement un rapport au skate ?

Déjà y’a le skate que je voulais vraiment mettre en avant, et d’un autre côté, ça a beaucoup de sens avec l’univers de l’album. Un flip c’est quelque chose qui se retourne, un changement… Et y’a plusieurs personnalités en fait dans l’album, c’est toujours un peu en train de « flipper ».

Donc ça représente d’une part ce côté où tu te lâches plus et de l’autre ce côté plus mélancolique ?

Ouais c’est ça, y’a le truc très agressif, énervé et arrogant et en même temps très sensible… c’est paradoxal.

« Un connard et un mec bien dans le même corps », c’est ça ?

(Rires) Ouais, exactement !

C’est ces deux facettes que tu voulais mettre en avant en sortant les clips de « Pommade » puis « Yeux disent » ? Le côté « fou » et le côté « touchant » ?

Ouais c’est ça, à la base je voulais les sortir l’un après l’autre pour vraiment mettre en avant cette scission mais « Yeux disent » a pris du temps, donc j’ai sorti un petit truc pour « Ray Liotta » en attendant.

Pour cet album tu as choisi une pochette originale et dans le premier morceau, « Palpal », tu dis « C’est tellement mieux quand on me regarde, laissez-moi faire ce que je veux ». C’est comme ça que tu décris cette pochette ?

Bah ouais, je n’y ai jamais pensé mais au final c’est ça. En fait, je ne voulais pas mettre de skate sur la pochette parce que je trouvais ça trop facile. Donc j’ai cherché une autre idée et j’aimais bien le clip de Mac DeMarco qui s’appelle « My Kind of Woman » dans lequel il est en travesti, un peu triste et mal fait. Je trouvais qu’il y avait une émotion forte donc j’ai pensé à cette idée, j’en ai parlé au graphiste, Rægular, et on a commencé à travailler ça. A la base c’était une photo plus sobre qu’on devait garder, mais dans celle-là il y a plein d’émotions différentes. J’ai les yeux très tristes mais j’ai quand même un petit sourire en coin, donc c’est à la fois rieur et ironique mais il y a du mal-être. Au final, sur cette photo y’a plein de trucs différents qui sont sur tous les morceaux de l’album donc c’est cool.

Est-ce que tu as eu un fil conducteur dans cet album ? Comme on a vu, il s’appelle « FLIP » mais ce n’est pas seulement le skateboard.

Le skateboard c’était la couleur, je voulais que ça sonne comme ça mais après je ne parle pas de skate dans tous les morceaux. Y’a pas vraiment de fil conducteur, j’ai juste essayé de faire les meilleurs morceaux possibles et je les ai mis dans l’ordre que je trouvais cohérent. Tout s’est un peu fait au feeling.

Tu l’as fait au feeling mais certains thèmes reviennent assez souvent, les relations avec les femmes, le skateboard… Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Je dirais même qu’on peut retrouver quatre thèmes : les relations avec les femmes et le skate, qui revient vraiment sur un morceau et sinon y’a une petite phase par-ci, par-là. Il y a un « thème » qui revient aussi beaucoup, c’est ce que je faisais déjà avant, ce truc d’egotrip sérieux, « je mérite ci, je mérite ça… », on le retrouve un peu dans « Avion » ou « Palpal ». Et il y a le « thème » qu’on retrouve pas mal dans des morceaux comme « Pommade », « Malaise », « Billet »… C’est des morceaux complètement débiles, et j’aime bien.

On est loin des sonorités hip hop dans cet album, comment tu le qualifierais ?

Je n’ai pas voulu faire un truc hip hop, ni rap parce que j’ai envie de faire ma musique sans qu’elle soit dans un genre. Mais c’est peut-être ça le fil conducteur dont on parlait tout à l’heure, c’était juste essayer de sortir du moule rap et ne pas faire de morceau qui soit actuel. J’ai essayé de faire un truc qui soit intemporel, je ne sais pas si j’ai réussi mais on verra dans quelques années (rires). Quelque chose qui sonne Lomepal et pas 2017.

L’album est très mélancolique et il y a beaucoup de morceaux dans lesquels tu « dénonces » pas mal de choses. Au final, est-ce que tu as une vision optimiste du présent et du futur ?

Non, j’ai une vision assez pessimiste mais ce n’est pas moralisateur ce que je fais. C’est plus descriptif, c’est de l’ironie en fait. Je trouve ça drôle d’ironiser sur le monde mal foutu. Dans un autre morceau je dis « la vie est une imparfaite perfection » et dans un morceau que je n’ai pas gardé je dis pile l’inverse « la vie est une parfaite imperfection ». Mais c’est un peu ça, tout est magique et pourtant on arrive à tout foutre en l’air, c’est paradoxal.

Par rapport à ce monde, dans les jours qui ont précédé la sortie de l’album tu as souvent écrit « On change le monde » ou « FLIP change le monde ». Qu’est-ce que ça signifie ?

Je ne sais même pas comment j’ai commencé à dire ça, c’était pour dire que j’apportais ma vision en fait. Parce qu’il est bienveillant cet album en réalité. Il n’y a pas de haine dedans, on n’a pas envie de détester quelque chose quand on le finit. Je suis quelqu’un de bienveillant, je souhaite du bien à tout le monde, et c’est peut-être juste ça changer le monde.

Parmi les collaborations, on retrouve un storytelling en deux parties avec Caballero. Comment est-ce que l’idée vous est venue ? 

A la base j’avais fait un autre morceau avec Caba et le morceau était vraiment comme ce qu’on aime faire, très « Double Hélice », c’était une grosse prod, de l’egotrip… C’était super cool mais je me suis dit que j’avais envie de le ramener dans un autre univers. Du coup, je l’ai fait venir sur un truc qu’il ne met pas en avant assez souvent, cette qualité de narrateur. Je lui ai proposé ce thème et finalement je suis vraiment content, ça me permet d’avoir un Caba différent.

Dans « Les troubles du seigneur », tu avais utilisé ce sample : « Tu crois qu’tu vas faire danser du monde avec tes histoires d’angoissé ? Tu veux pas parler d’argent et d’femmes comme tout le monde ? Ben ouais, voilà, les femmes, l’amour… C’est bien l’amour ! T’as pas une chanson sur l’amour ? ». Aujourd’hui c’est « Yeux disent » ta chanson sur l’amour ?

Ah, j’en ai plein maintenant (rires) ! Ce morceau s’il marche, c’est parce que les gens sont touchés, ça les fait penser à eux-mêmes. Quand je l’ai écrit, il me touchait beaucoup et pareil pour la personne qu’il concerne, et après, avec des mois de mix, d’arrangements… il perd un peu de ça, tu ne vois plus que la technique, tu te demandes si c’est bien fait, t’es plus du tout dans l’émotion de base. Et c’est quand tu le rejoues en live que ça revient.

Est-ce que le titre qui suit, « Bécane », renvoie à la même histoire que « Yeux disent » ?

Ouais mais c’est la suite du coup. « Yeux disent » c’est le moment où tu te rends compte que ça ne va pas mais t’es impuissant et « Bécane » c’est trop tard et tu regrettes.

Tu conclues l’album avec « Sur le sol », un morceau très touchant, tu peux nous parler de sa conception ?

L’histoire je ne la raconterai jamais, c’est pas important je pense. Ce qui compte c’est l’émotion qu’il y a dedans. Si je la racontais, ça toucherait moins de gens, certains ne se reconnaitraient plus dedans et penseraient « Ah, c’est son histoire ». Alors que là, c’est une émotion que beaucoup peuvent connaître. Il y a plein de gens qui ont écouté ce morceau et qui m’ont dit ça m’a fait penser à mon histoire avec ma mère, avec mon père… et tant mieux, c’est ça que je voulais faire ressentir. Et comment je l’ai conçu ? J’ai eu des histoires familiales très compliquées et j’ai voulu faire un morceau dessus depuis longtemps. Et là j’ai eu la bonne instru, j’étais dans le bon mood et c’est venu tout seul.

On parlait du fait que l’album était pessimiste, c’était encore une volonté de finir sur ce morceau ?

C’est un morceau qui est dark mais il finit bien au final, il y a quand même une petite touche de soleil (rires). J’ai fait exprès de finir sur une histoire comme ça parce que c’est un peu optimiste, ça ouvre un peu pour un deuxième album.

Ce premier album représente quoi pour toi ? Qu’est-ce que tu as voulu transmettre ?

J’ai essayé de travailler des émotions dans chaque morceau. Je pense que c’est ça la démarche de l’album, c’est des émotions, des parcelles de ma vie et de ma personnalité qui prouvent que je suis aussi M. tout le monde dans un sens. Plein de gens sont comme moi et ils peuvent se reconnaître sur les morceaux. C’est cette connexion avec le public que j’aime.

Est-ce que tu as un morceau préféré ?

C’est très difficile vu qu’il y a beaucoup de morceaux différents… J’aime beaucoup « Bryan Herman » parce qu’il veut vraiment dire quelque chose pour moi. Ce que j’aime particulièrement c’est que ce morceau est un peu « élitiste ». Je ne faisais pas du tout de musique quand j’étais petit, que du skate.

C’est quoi la suite pour toi ? La tournée d’abord ?

Ça va vraiment être le développement de l’album dans un premier temps, le travailler au maximum. Là il y a la tournée en automne mais avant ça on voudrait faire une tournée des skateshops de France, peut-être aussi de Belgique et de Barcelone. Faire quelques morceaux et aller skater avec les mecs de la ville. Normalement ça va se faire !

Tu penses déjà à un futur projet ?

En fait, tout mon travail sur deux ans a été de ne pas faire de la musique consommable. Je me disais « peu importe si on doit recommencer, si c’est à jeter on jette, mais pitié que j’ai un album qui ne meurt pas en un mois ». Et j’espère que ce sera ça, j’espère que même dans cinq ans des gens réécouteront « FLIP ». C’est comme ça qu’on faisait à l’ancienne et maintenant on ne le fait plus parce qu’on est dans un truc consommable, tu sors quelque chose, t’as bouffé, tu veux autre chose… Si ma musique pouvait rester autant, j’aurais gagné. C’est le plus important pour moi. Pas être écouté par des millions mais au moins être écouté pendant longtemps. On verra bien (rires).

Merci à Lomepal, rendez-vous donc dans cinq ans pour voir si le projet est encore écouté. En attendant, on ne peut que vous le conseiller.

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Ismaël

Des rêves en tête, on fait pas semblant de vivre.

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