[Interview] Bradley – Askia : « Elles disent que je suis le prince de la ville yeah, Paris c’est chic avec des billets »

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Après avoir sorti 3 EP dans des styles différents, Bradley nous propose un rap chanté et très imagé avec son nouveau projet « Askia ». Sept titres sur lesquels le membre de La Confrerie BTM évoque sa place dans le monde et nous invite à découvrir son univers. Son entourage, ses choix, ses ambitions, autant de sujets sur lesquels on s’est entretenu avec le principal intéressé.

 

Salut Bradley, ça fait combien de temps que tu fais du rap ?

Alors je fais du rap depuis l’âge de 9 ans. J’ai eu une période où j’ai fait du rap en anglais mais c’était clairement pété (rires), et j’ai rebasculé direct en français après.

T’as touché à d’autres trucs dans la musique ? La production par exemple ?   

J’ai fait des prods à un moment, mais je préfère laisser ça à ceux qui savent le faire, et moi me concentrer sur le rap. Donc aujourd’hui je fais que du rap mais ma particularité c’est que je fais un rap plus chantonné.

D’ailleurs quand on écoute tes précédents projets, il y a beaucoup moins ce côté chantonnant qu’on retrouve sur « Askia », ça a été quoi le déclic pour toi ?

Je pense que le déclic c’est « Poet 2 » qui m’a permis vraiment d’assumer ce côté chantonné. Avant je le faisais, je kiffais ce que je faisais mais je ne me sentais pas forcément prêt à sortir un projet dans le délire.

Est-ce qu’il y a des artistes ou des projets qui t’ont marqué et qui t’ont influencé ?  

Côté US j’ai beaucoup écouté du 50 Cent. Et c’est peut-être ce qui fait que j’ai ce côté chantonné aujourd’hui, parce que lui il était grave dans ce truc. Du 2Pac aussi, mais surtout au niveau du personnage. Dans le rap français y’a un album qui m’a vraiment marqué c’est « Panthéon » de Booba. Et en particulier le morceau « Baby » avec Nessbeal. C’était tellement cru mais je trouvais ça poétique en même temps (rires). Et ce morceau il a vraiment inspiré ne serait-ce que les titres des projets « Poet » et « Poet 2 » par exemple. Mais habituellement j’écoute plus de rumba congolaise que de rap. J’ai été bercé par ça en fait, et j’aime beaucoup la musique africaine en général.

Donc aujourd’hui tu sors ce projet « Askia » après les 3 EP « La Saga », « Poet » puis « Poet 2 ». Pourquoi ce changement de titres ? Ça correspond à un changement d’univers ?

Ouais c’est ça, dans les deux « Poet », je ne vais pas dire qu’il y a une ligne directrice mais il y a un univers qui est un peu moins banger. Et quand j’ai commencé à travailler le projet j’avais pas forcément de nom, et en écoutant les morceaux je me suis rendu compte que c’était différent des « Poet », donc j’ai décidé de le renommer en « Askia ».

Pourquoi avoir choisi d’appeler le projet « Askia » ?

Askia c’est un mot que j’ai découvert en lisant, c’est le titre qu’on accorde au souverain dans l’empire Songhaï. Je voulais raconter l’histoire d’un roi déchu qui va tenter de récupérer son trône en fait. C’est subtil, mais à travers les morceaux je raconte un peu ma condition. Je me considère comme un roi personnellement, et je pense que tout le monde devrait se considérer comme un roi justement.

C’est donc ce roi qui est représenté sur la cover ?

Voilà, donc je suis sur le trône et on l’a mis en négatif parce que ça exprimait ce « roi sans couronne » tu vois. Y’a rien de beau en fait, c’est vraiment le roi déchu qui a perdu sa place.

Parle nous de « Askia », de ton univers et de ce que t’as essayé de transmettre dans ce projet.

Pour moi, la musique c’est un moyen d’exprimer ce que je ressens, c’est un exutoire. C’est comme un boxeur, j’arrive et je tape dans le punching-ball pour évacuer ce que je ressens. Ce que j’ai essayé de traduire dans « Askia » c’est qu’il n’y a pas plus réel que les émotions. C’est con mais des fois on est dans une fragilité et on se rend compte que c’est les émotions qui nous font. Dans ce projet, chaque morceau traduit quelque chose de différent, je passe du chaud au froid. Quand t’écoutes « Paris » après « Intro » ou « Bonnie Part.II » après « Mama Mia », t’as carrément l’impression que c’est pas le même gars. Avec mon manager Ismael (manager de La Confrerie BTM, ndlr), on s’est beaucoup concentré sur les thématiques, ça veut dire que chaque morceau raconte une histoire et parle d’une thématique précise. « Poet 2 » était bien mais c’était plus de l’egotrip, ce que j’aime bien faire hein, mais là je considérais qu’il fallait que je fasse un projet plus mature.

T’as sorti le clip de « Paris » le jour de la sortie du projet. Pourquoi avoir choisi d’écrire sur cette ville alors que t’as pas mal voyagé ?

En fait je suis né à Paris et j’y suis resté jusqu’à mes 4 ans. Ensuite je suis parti dans mon bled au Congo et je suis rentré à l’âge de 12 ans pour habiter à Evreux, à une heure de Paris. Après je suis revenu à Paris, ça va bientôt faire 10 ans maintenant. « Paris » c’est vraiment le morceau qui m’a débridé, j’ai vécu beaucoup de choses dans cette ville et j’ai réussi à bien les retranscrire sur le morceau.

T’as un feat avec Le Huss, également membre de La Confrerie BTM. Comment t’as intégré le collectif et qu’est-ce que ça t’apporte aujourd’hui ?

Alors j’ai rejoint La Confrerie il y a à peu près un an, et c’est « Poet 2 » qui a vraiment lancé notre collaboration. A l’époque j’avais qu’un seul morceau pour le projet, c’était « Paradis », et Ismael l’a écouté, il a kiffé et ça s’est fait naturellement. La Confrérie m’a beaucoup apporté même au-delà de la musique. Je pense que dans la vie d’un artiste ça joue beaucoup, il faut que tout se passe bien avec les gens qui l’entourent, qu’ils soient en symbiose. D’ailleurs dans le refrain du morceau, Le Huss dit qu’il faut pas qu’il y ait de faux-semblants entre nous, il faut que ce soit réel. Et y’a ces relations réelles dans La Confrerie, ce qui fait que le travail en devient forcément meilleur et plus évident.

Comment s’est fait le choix des prods ?

La-plupart des beatmakers sont dans l’équipe, donc ça s’est fait naturellement. Et y’a deux morceaux qui sont produits par Dwin. J’avais posé sur une de ses prods pour « Poet 2 » mais je n’étais pas forcément à l’aise. Il fallait me sortir de ma zone de confort et pour le coup ça a donné des bons résultats parce que l’échange a été gagnant sur « Paris » et « Mama Mia ».

Tous les projets que t’as sortis sont plutôt courts, sept titres sur « Askia ». Y’a une raison particulière pour ce choix de format ? 

Moi c’est ma vision des choses mais j’ai l’impression que c’est le format court qui est efficace aujourd’hui. Après si je commence à vraiment me constituer une vraie fanbase et que je vois qu’il y a une réelle demande pourquoi pas faire quelque chose de plus long.

Comme tu disais en expliquant le choix du titre du projet, dans les morceaux t’évoques ta place dans le monde. Et on remarque que certains thèmes reviennent assez souvent : les femmes, l’argent et la réussite. C’est des thèmes qui te tiennent particulièrement à cœur ?

Y’a pas meilleure source d’inspiration que les femmes. Vraiment (rires). Et moi j’y crois pas à la phrase « l’argent ne fait pas le bonheur ». Je ne dis pas que c’est une fin mais ça contribue à beaucoup. Et j’ai vécu pas mal de choses compliquées, donc quand t’as la possibilité de faire certains trucs avec juste un peu d’argent, tu réfléchis et tu te dis que l’argent a quand même une grande place dans ce monde. Je ne parle pas d’avoir de l’argent et de le claquer bêtement, je parle d’ouvrir des business, de mettre à l’abri ses proches…

T’espères avoir cette réussite grâce au rap ?

Gagner beaucoup d’argent avec, je dis pas non, mais j’espère déjà me lever le matin et me dire que je fais ce que je kiffe, que je peux payer mon loyer et être un minimum bien.

Aujourd’hui t’attends quoi de cet EP, et comment est-ce que t’imagines la suite ?

J’espère me faire une petite fanbase et avoir des retours concrets. Et pourquoi pas qu’on me sollicite pour des scènes.

T’as une phase qui pourrait résumer le projet ?

Elles disent que je suis le prince de la ville yeah, Paris c’est chic avec des billets.

Et un mot pour la fin ?

Bradley, continuez à suivre ! Merci à Baskets Blanches !

Un personnage franc et sympathique pour un projet cohérent et travaillé, on attend la suite avec impatience ! « Askia » est disponible en téléchargement gratuit et sur toutes les plateformes de streaming.

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Ismaël

Des rêves en tête, on fait pas semblant de vivre.

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