[Dossier] Bucksland #2 – 5 mixtapes de rap français à connaître !

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La première fois qu’on s’est rencontré, c’était dans le bus, il m’a sorti « c’est toi Evans d’Herriot ? Vas-y, tu passeras récupérer le cd que tu as prêté à Morad, il est chez moi… », il parlait de l’EP de M Group, un des rares cd de rap FR qu’il n’avait pas. Lui c’est Bébé, ce n’est pas seulement l’ami d’enfance que j’ai rencontré au collège, c’est aujourd’hui mon frère de son et ce texte lui est indirectement dédié.

Je vous balance le synopsis : un mercredi par mois, Si Mohamed et moi nous retrouvions chez lui pour écouter nos dernières trouvailles musicales. Pour moi, c’était et c’est sans conteste la meilleure référence en rap français. De nos séances musicales hebdomadaires, j’ai pu découvrir et apprécier plein plein de mixtapes dont certaines sont des pépites à mes yeux. A l’époque peu ou quasiment personne n’avait Internet, les plateformes musicales étaient quasi inexistantes et c’était surtout pas à travers la radio ou MTV France qu’on allait s’épanouir musicalement. Du coup, le seul moyen de capter de la bonne musique était d’échanger, fouiner, et, surtout, écouter des K7, des CD, et, plus particulièrement, des mixtapes.

Petit rappel lexical : mixtape : n.f  compilation mixée et synchronisée de différentes manières par un disc-jockey. Le bon Dee-Jay est celui qui sait ambiancer tes soirées, mais c’est avant tout celui qui a toutes les nouveautés avant tout le monde, c’est le liant entre l’artiste et le public.

Avant de commencer mon écriture, j’ai contacté Si Mohamed par téléphone pour lui annoncer que ma 2ème chronique porterait sur les mixtapes qui nous ont le plus marqués, au travers de ma vision et mon ressenti de la musique. Je voulais connaître son avis, ses suggestions et si possible, qu’il me scanne les pochettes de ses k7 qu’il a gardé dans ses boîtes Nike taille quarante-cinq. Après plusieurs échanges, il m’a envoyé les covers par message et on s’est mis d’accord pour vous en présenter cinq…

Cut Killer – Hip-Hop never die (1999)

Est-ce qu’il y a réellement besoin de présenter Cut Killer ? Est-ce que quelqu’un dans cette sombre France ne connaît pas le DJ le plus connu et estimé de l’hexagone ? Dans le doute, je vais brièvement le présenter. Cut est le créateur du collectif de Dj « Double H production » avec Cutee B, Dj Pone ou Dj Mouss, pour ne citer qu’eux. On a pu le voir dans le film la Haine en train de mixer par sa fenêtre ou  l’entendre animer depuis plusieurs années l’émission « CutKillerShow » sur Skyrock. C’est l’un des premiers à avoir sorti des mixtapes en France, si ce n’est pas le premier, ça en fait beaucoup pour un seul homme… De mon avis, Hip-Hop Never Die est l’une des moins connue mais c’est aussi l’une des plus sous-estimée. Elle reste tout de même l’une de mes préférées avec R&B Vol. 9, par la simplicité de leurs mix. Comme à son habitude, on sent un Cut Killer à l’aise, il est dans son élément, le rap français, ce style musical lui va si bien et lui parle tant…. c’est son truc. Contrairement à son habitude, il ne balance quasiment que des classiques, pas d’exclus ou de freestyles, hormis sur la face B où ce sont les Saïan Supa Crew qui se chargent de l’intro. C’est peut-être pour ça que je l’aime tant…. écouter des bons classiques français bien mixés et remixés, c’est rare et ça fait juste du bien. Quand t’écoutes cette tape aujourd’hui, tu fais un throwback dans la France des années 90/2000 (oui le temps de la golf GTI et des survêts Tacchini). L’identité est forte, aussi bien dans les écritures que dans les instrus. Je ne suis pas partisan du « rap c’était mieux avant », mais force est de constater que les français étaient plus doués à cette époque. Le rap américain a toujours été la source d’inspiration des français, mais, peu importe le titre, on percevait cette french touch qui faisait la différence et qui était tant appréciée dans la Gaule et en dehors, surtout en Russie et en Allemagne. Les rappeurs étaient énervés, les marseillais Shurik’N Shang Ti, Akhenaton ou Prodige Namor, c’était la même histoire que les parisiens du 113, IV My People ou Rocca : ils voulaient en découdre au micro, trop de choses à raconter. Cette mixtape me rend nostalgique, c’est peut-être pour ça que je l’aime un peu plus que les autres.

Dj Skalp – Mix Tape Vol. 2 (1999)

Si je vous dis Raï N B Fever, ça vous dit quelque chose ? Cet album sorti par deux anciens dj nommés Kore et Skalp, qui a eu un grand succès dans les années 2000, vous vous souvenez ? Oui oui, c’est bien de lui dont je vous parle, le deuxième nommé. Je ne suis pas forcément fan de ce que fait Skalpovitch en tant que producteur, mais en tant que dj, c’est une toute autre histoire. Ce volume 2 de ses mixtapes spéciales R&B est juste un petit bijou, écoutez-la, vous n’allez pas le regretter. Je me souviens encore de la première fois que je l’ai écoutée, c’était un soir de printemps, Baybiz était venu me chercher en vélo avec son poste radio posé devant, on a ridé dessus jusqu’au coucher du soleil sur notre deux roues sans moteur. Le mix, les enchaînements, les scratchs…. tout était bon. Dès l’intro, le ton est donné, on sent que la tape va être chaude. Mais la puissance de cette K7 réside dans la sélection des titres qui est juste superbe. Ça commence calmement avec le classique de Brandy & Monica remixé sur l’instru du groupe de R&B français « Ex-Clusive ». D’autres chanteuses et rappeuses connues comme Miss Jones et Mc Lyte font leurs apparitions, il y a aussi les freestyles bien sentis de la Scred Connexion et Busta Flex. Pour le reste, que du R&B de qualité comme « All I Want’s You » de Camille Douglas ou « So Want You » d’Andrea Martins, des choix musicaux qui transpirent l’été, qui rayonnent comme le soleil, qui se conjuguent à merveille avec le temps. Le seul gros bémol de cette mixtape ? Sa courte durée qui nous laisse sur notre faim. Mais bon, on ne peut pas tout avoir, le beurre, l’argent du beurre, sa bonne humeur et sa crémière, avoir sa musique, c’est déjà pas si mal non ?

Manu Key & Dj Mosko – À fonk la caisse vol 2 (2000)

En réalité, je voulais axer mon article sur 5 mixtapes de rap français, mais il a suffi que je retombe sur cette merveille de tape pour que je dévie un chouia. Si tu n’as jamais écouté cette mixtape, je te la mets en partage, et dépêche-toi de finir de lire l’article pour l’écouter.  Allez, en creusant un peu dans tes souvenirs, je suis persuadé que tu connais déjà tous les sons de la playlist (le fameux « ah celle-là, mais oui je la connais !! ») Il n’y a que des classiques comme « Must Be The Music » de Jérôme Prister », Forget Me Nots » de Patrice Rushen, ou « Love Town » de Booker Newbury III. Cette tape que je trouve juste géniale est unique en son genre, par sa conception, son originalité et sa différence. C’est les beaux jours, le ciel est bleu, la température est douce, imagine-toi en voiture en train de cruiser sur du funk avec la voix de Manu Key en commentateur de ride comme si c’était Xavier Vaution qui commentait un match de NBA. Durant les 60 minutes de mix de Dj Mosko (celui qui est derrière les compiles « Talents Fâchés » avec Ikbal, le petit frère de Rohff), MK fait des clins d’oeil à ses potes de la Mafia K’1 Fry sur chaque son. Il est marrant, sort des petites vannes et est nonchalant à souhait. C’est notre compagnon de route imaginaire, le gars sûr qu’on aurait tous aimé avoir. Il balance même Jackpot 2000 de 113, je vous laisse deviner l’enchaînement, c’est juste un délice pour les oreilles. Tu sais quoi, arrête de lire, accorde toi une pause, écoute la mixtape, tu reprendras ta lecture plus tard, tu vas vite comprendre mon ressenti, en attendant je vais te parler de Dj Toz.

Dj Toz: Touche pas à ma funk (199?) / 504 Funk (2002)

Je l’admets, je triche, je suis en train de présenter deux mixtapes. Et pour cause, on ne peut pas parler de l’un sans l’autre, c’est comme parler de Olive, sans parler de Tom, ça va de pair. Avant de commencer l’écriture, j’ai été à la pêche aux infos, hormis la tracklist et la pochette de 504 Funk, nada, pas d’informations sur Dj Toz et encore moins sur « Touche Pas À Ma Funk » et pourtant tout mon amour du funk vient de là. Je baigne dans le funk depuis ma tendre enfance, sans pour autant y avoir prêté un intérêt particulier à cet âge-là, étant trop occupé à écouter du Ministère Amer et du Snoop pour me pencher attentivement sur ce genre musical. Mais béni soit le jour où j’ai écouté cette k7 qui a totalement chamboulé ma vision de la musique. Cette cassette dont je te parle est chez mes parents dans une de mes boîtes d’Air Max. Trop fragilisée par le temps et l’usure, je ne la touche plus, je ne l’ai quasiment jamais prêtée, quand j’aime, je bichonne, je prends soin, je veux garder à vie et que pour moi. Ça doit faire 15ans que je ne l’ai pas réécoutée, j’ai une mémoire de poisson et pourtant je me rappelle de chaque enchaînement, plus particulièrement de son intro basé sur l’instru « Stay The Night » de Billy Ocean. Je me souviens du moment où il balance « Galaxy » de War, les scratchs posés dessus, moment à partir duquel l’orgie musicale commence. C’est du soundporn, que du funk qui te retourne. À mes yeux, la meilleure mixtape de tous les temps c’est celle-ci, tu n’peux pas trouver mieux et j’engage ma réputation là-dessus. « 504 Funk », c’est la suite logique de « TPMF ».J’avoue, à la première écoute, je l’ai  bien aimé mais sans plus, et à mesure que la re-re-re-re-écoutais, mon amour pour cette tape augmentait jusqu’à tout simplement l’adorer. Je ne vais pas faire un long discours sur cette mixtape, je peux aussi la mettre en ligne, tu vas l’écouter une fois, deux fois, trois fois, tu vas réaliser que tes oreilles en deviennent dépendantes. C’est un peu comme avec la meuf tant désirée avec qui tu as eu plusieurs rendez-vous. La première fois, elle est agréable à regarder, la deuxième fois, elle dégage un bail lourd de fou, la troisième fois, c’est la plus belle femme du monde, bah 504 Funk c’est un peu pareil !

Dj Cream – Gangsta Shit (2003)

Je suis le plus grand fan de Mr Creaminamina, (surnom attribué par Oxmo Puccino, son compagnon de scène avec qui il a sorti plusieurs projets). Mon cœur balance entre « Nique la musique de France », « Pour tous les quartiers en France » et surtout avec « West Coast Killas » mais, après avoir longuement hésité, j’ai choisi celle-ci pour le style et l’ambiance qu’elle dégage. Cream fait partie du collectif « Natural Deejays » en compagnie de Dj comme Lord Issa et Dj Phaxx. Il a sorti énormément de mixtapes, toutes aussi réussies les unes que les autres. Oui, je les aime vraiment toutes, sans exception. Si t’es un amateur de mix et que t’en possèdes une bonne connaissance, je te laisse écouter et apprécier le contenu proposé par le Dj, et, si t’es un novice, prends-en de la graine, ce sont des plus grands dont on en apprend le plus.

Le plus ? Les enchaînements ne se ressemblent pas, tu n’sais jamais comment et à quel moment le morceau suivant va débouler, mais tu sais toujours que ce sera limpide et fluide. À chaque transition, tu as le droit à soit quelques pass pass, des phasings, ou des scratchs dosés avec justesse. En somme, une partie d’un savoir-faire d’un dj qui maîtrise son art. Mais ce qui rend ce projet encore plus charmant, c’est qu’il est mixé à l’américaine. Pendant que le dj fait son business sur ses platines, Dj Iso anime avec qualité la tape durant les 90min, en sachant subtilement intervenir au bon moment, ce qui donne une petite touche de fraîcheur à cette tape aussi chaude que le désert des Mojaves, en Californie. Et que dire de la sélection musicale ? Que des MC de renoms à commencer par l’incontournable Dj Quik (c’était tellement évident). On retrouve presque toutes les grosses pointures de la scène West de cette époque telles que Warren G, Tha Dogg Pound ou Nate Dogg , la liste est bien trop longue, mais elle est surtout bien trop lourde!!!

Je vous ai présenté 5 tapes, comme j’aurais pu vous en présenter 5 autres qui auraient pu être, pour ne citer qu’elles, « Marseille envahit » de Dj Teach, « Opération coup de poing » de Lord Issa et encore Cream, « Dj Kost vol. 21 », les mixtapes de Dj Abdel, de Dj Defwa ou de Dj Poska, mais un sélectionneur compose ses équipes en fonction du feeling du moment et j’espère avoir fait les bons choix. La musique ça touche aux sentiments et aux goûts de tout un chacun, difficile donc de faire l’unanimité. J’espère donc que vous apprécierez par vous-même cette sélection.

Ah oui, le prochain article sera écrit par Geoffray Keters, un de mes frères de sons, bah ouais gros, on est une famille nombreuse. C’est lui qui rédigera la recette de notre prochain plat musical, il sera exquis, mets ta serviette autour du cou…

Bienvenue dans mon Buckskand !!!

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Evans Bucks

Evans Bucks, cool est l'homme, groovy est son attitude!!!

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