Concert de Guizmo – Un « rookie » à suivre de près !

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Jeudi 22 décembre 2011, direction Barbès Rochechouart, plus précisément le centre Fleury Goutte d’Or, pour un concert qui, je dois l’admettre, attise ma curiosité. Ce soir, c’est le phénomène Guizmo qui se produit sur scène, avec en première partie, ni plus ni moins que le Sètois, Demi-Portion.

Deux artistes estampillés Y&W (Zone Sensible, Yonea et Willy L’Barge), qui ont chacun sorti un album au cours du dernier trimestre, plutôt pas mal, non ?

Si vous avez suivi le rap en 2011, impossible d’être passé à côté de l’un des rookies les plus prometteurs de la nouvelle génération. Depuis à peu près un an, Guizmo, aka le côté « rue » de L’Entourage, inonde nos écrans : freestyles vidéo, radio, clips, rap contenders, etc. Ces derniers temps, le MC originaire de Villeneuve la Garenne a été omniprésent, jusqu’à livrer, il y a deux mois de ça, son premier album solo, « Normal ». Une première galette qui a été très bien accueillie à la fois par le public et les médias spé, si bien qu’aujourd’hui, Guizmo peut à lui seul, ou presque (Demi-Portion, ce n’est quand même pas n’importe qui !), se permettre d’afficher complet, pour l’une de ses premières scènes sans son collectif. Ok, ce n’est pas une grosse salle comme le Bataclan, mais la performance reste tout de même très louable. J’avais, pour ma part, découvert Guizmo sur scène au festival de la goutte d’Or, l’été dernier, lorsqu’il accompagnait 1995, et j’avais été surpris par son style à la fois très street et old school, malgré sa vingtaine d’années. Ses textes tournant principalement autour des histoires de ghetto, de shit et d’alcool, c’est surtout sa prestance qui m’avait interpellé, au premier abord. Son flow posé, son attitude de « voyou fêtard » le distinguaient des autres MC’s de son crew, qui n’ont pas forcément cet aspect « hood », et qui débitent avec plus de cadence. Il faut avouer qu’il était remarquablement backé par Alpha Waan et le reste de la clique, notamment sur le freestyle « 92 mesures ». Bref, c’est celui qui m’avait le plus marqué, donc autant de vous dire que j’étais plutôt curieux de voir ce qu’il pouvait donner sur scène, seul.

Première partie : L’Artisan du Bic

Demi-Portion, quant à lui rappeur originaire de Sète, fait ses armes depuis pas mal d’années dans l’underground. Reconnu pour ses rimes conscientes, dans la lignée de groupes comme IAM, la Scred Connexion, etc., la moitié de Grandes Gueules a sorti son album solo au mois d’octobre, « Artisan du Bic », un premier long format qui s’est plutôt bien écoulé. Qui aurait parié il y a un an que l’expérimenté Demi-Portion ferait la première partie d’un « rookie » ? C’est en tout cas le sourire aux lèvres que le sudiste rentre sur scène, preuve que les deux MC’s s’apprécient. Ajouté à ça, tous les freestyles radios qu’ils ont pu partager dernièrement, et on a là deux rappeurs artistiquement opposés, du moins dans le fond, pas tant dans la forme, mais qui finalement se respectent et collaborent. On a bien trop souvent tendance à enfermer les rappeurs dans des cases, selon leur style, et c’est là un message positif que ces deux artistes nous envoient !

Demi-Portion ouvre donc le bal… avec 1h de retard par rapport à l’horaire annoncée initialement. L’attente a été longue et le public, plus que prêt, se met directement dans le bain. Le MC lâche ses phases, backé par son binôme Sprinter et dès la fin du premier morceau (« Mes outils »), il teste la réactivité du public : « Tout le monde les mains en l’air ! ». La salle Barbara s’exécute. Demi-P, visiblement flatté par l’accueil, remercie la foule, avant de continuer son set. Les morceaux de l’album s’enchainent : « Artisan du Bic », « Le droit de tuer », très bon morceau où il met en scène le procès d’un « tueur de mesures ». Il kickera d’ailleurs une partie du son sur une instru de Primo. Mais là où le public se manifeste réellement, c’est lorsqu’il balance «  Vie particulière », sur une face B de Dre. Il faut dire qu’au moment de sa sortie, le clip avait pas mal buzzé. DJ Simsima, assure derrière les platines, et lâche des scratchs de qualité. Une première partie vraiment Hip Hop, qui se ponctue par le morceau « Mon Dico ». Demi-Portion quitte la scène, en faisant scander le nom de Guizmo au public. Bonne première partie, quoique un peu courte.

Un « rookie » qui monte en puissance

Après une très courte pause, DJ Sims reprend du service et annonce l’arrivée du MC du 92, en mixant quelques sons de l’album. Guizmo, pas encore sur scène, se charge d’ambiancer depuis les coulisses. Puis les premières notes de « Shook Ones » retentissent, et le MC grimpe sur les planches, petite bouteille à la main, micro dans l’autre, accompagné d’un backeur, pour droper le fameux « 92 mesures ». Le public est chaud et appuie ses fins de phase comme un seul homme : « Tu veux une lamelle de hasch ? Petit, ramène le cash… ». Il enchaine ensuite des couplets de l’album sur faces B : « Keep it thoro » de Prodigy, toujours dans le East Coast, et se permet même de rapper sur « Effort de Paix » de Lunatic. Les gens ne connaissent pas aussi bien ces lyrics, mais l’ambiance est toujours là. Pour sa part, le rappeur a l’air concentré, ce qui semble un peu l’empêcher de se lâcher. Nul doute qu’il se débridera à mesure que le show avancera.

C’est le moment d’envoyer le morceau « Guizmo », que j’apprécie particulièrement pour son atmosphère soul/jazz. C’est d’ailleurs ça qui fait la touche du MC de la Caravelle : un savant mélange jazzy- hardcore. Guizmo parle en général peu entre chaque morceau (peut-être par manque d’expérience ?), et laisse place à la musique. « Normal », que tout le monde connait, et dont le refrain est appuyé par une majeure partie de la salle, est ensuite joué. Il durcit le ton sur « Ramène-moi n’importe lequel », morceau très égotrip, dans lequel il lance deux/trois piques salées envers la concurrence : « Quand je rappe, ils se justifient ! ». Son backeur et lui-même se livrent à quelques tours de passe-passe, pas toujours bien calés, mais l’ensemble reste quand même réussi.

Fidèle à son personnage, Guizmo marque une petite pause, pour péter le champagne. Après tout, qui peut le blâmer de fêter son ascension ? Surtout qu’il partagera même une ou deux coupes avec des gens dans le public. Il balance ensuite « Marqué par la vie », puis s’assoit pour « se raconter » à ses auditeurs à travers le très bon « J’te déteste », dans lequel il s’adresse à sa bouteille. A l’issue de ce son, Guizmo en profite pour rendre hommage à son DJ, qui, dans l’ombre, réalise un très gros taff. Scratchs, enchainements de beat. Le gars maitrise sa partition à la perfection ! Il faut dire qu’il est loin d’être un novice, clin d’œil à ceux qui ont déjà vu la Scred en live. Un petit du premier rang profite d’un bref moment de silence pour chambrer Guizmo : « J’te coupe la tête, j’te chie dans le cou ! ». Si vous ne comprenez pas la référence, rendez-vous ici !

Guizmo laissera même le champ libre à DJ Simsima pendant quelques minutes. Mais le public, un peu irrespectueux, s’en fiche un peu, et la salle se vide de moitié. Le MC reviendra vite sur scène pour finir le travail. Il balance quelques uns de ses nombreux couplets, issus des freestyles de L’Entourage, avant de rapper un morceau sur l’instru « She Will » de Lil Wayne. Son flow glisse tout seul sur ce genre de beat, mais son domaine de prédilection reste le New-Yorkais : « Alcool, rap, sexe et drogue…! », sur « I shot ya » de LL Cool J. Rejoint sur scène par Willy le Barge venu en renfort, on sent Guizmo complètement libéré, avec l’appui d’un de ses mentors : « J’fais du son à l’ancienne, pas du son de vacancier ». « Guiz La Banquise » déroule jusqu’à la fin du concert, qui se termine par une session freestyle avec L’Indien de Bèzbar et Lascar de Valenton. Il s’adonnera même à de l’impro, avant de quitter la salle sous un tonnerre d’applaudissements.

Guizmo est arrivé sur scène un peu timide, mais est monté en puissance tout au long du show, pour finir sur une très belle note. C’est confirmé, le MC du 92 est bel et bien l’un des rookies les plus prometteurs du game : des morceaux efficaces,une équipe solide, un public fidèle… Verdict : affaire à suivre !

Peace,

RM

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Renaud M.

J'écris sur les autres, pas sur moi.

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