Concert (23 avril 2012) – 1995 et Method Man au Zénith de Paris

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1995 et Method Man au Zénith de Paris

Lundi 23 avril, 19h10, sorti du métro Porte de Pantin, je prends la direction du Parc de la Villette, en compagnie de mon supérieur hiérarchique Franckie Small aka le CEO du site Baskets Blanches, pour me rendre au concert de 1995 et Method Man au Zénith de Paris. Oui, je vous confirme que vous avez bien lu : 1995 ET Method Man. Les noms de ces deux artistes sont effectivement côtes à côtes, car il s’agit là, non pas d’un concert de la seule superstar américaine, dont le groupe du moment assurera la première partie, mais bien d’un plateau rap à part entière, où les artistes se produiront à tour de rôle, un peu à la manière d’un festival. 1995 bénéficiera donc d’un set complet, au même titre que l’ogre du Wu Tang (et selon moi, l’un des meilleurs rappeurs que ce game ait connu), dans l’une des plus prestigieuses salles parisiennes. Belle récompense pour les membres du 95 Possee qui ont charbonné durant toute la saison 2011/2012, et bouffé de la scène en veux-tu en voilà aux quatre coins de la France. Rodés tels des vieux briscards, près de deux mois après la sortie de leur 2ème E.P. « La Suite », ils continuent à prouver que leur présence n’est nullement due au hasard, et sont devenus l’un des groupes de musique française qui tourne le plus !

Mais je sais ce que certains d’entre vous se disent… et je dois vous l’avouer, j’ai moi-même pensé la même chose ! Avec tout le respect que j’ai pour 1995 et ce qu’ils accomplissent en ce moment, partager l’affiche avec l’homme que l’on nomme Method Man, quand on sait ce qu’il a apporté (et apporte toujours) au Hip Hop en termes de technique, de charisme et d’attitude, et ce dans l’une des plus grandes salles de la capitale (au niveau de la capacité d’accueil), n’est-ce pas un peu prématuré pour un si jeune groupe ? Remettons les choses à plat, car je sens bien que les fans du crew 1995 auront subitement envie de me lapider : j’apprécie le groupe et je leur souhaite la plus belle des carrières. Mais soyons réalistes, il faut reconnaitre qu’il y a encore un fossé entre la leur et celle de Mister Meth’. Bref, j’imagine que vous souhaitez savoir comment s’est déroulé le show ? La réponse (ou plutôt MA réponse) dans les lignes qui vont suivre !

Ming8HallStarf / Fixpen Sill

Tout d’abord, quelques mots sur la première partie, assurée dans un premier temps par le groupe Ming8HallStarf, un collectif en provenance de Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise. La quinzaine de MC’s qui compose le crew, peu impressionnée par la taille de la salle, ni par le public s’entassant dans la fosse du Zénith, investit la scène en foutant un bon petit bordel. Une prestation pleine d’énergie, de kickage et d’envie, assortie de mises en scènes marrantes (feintes d’embrouille pour mettre en avant le prochain MC à rapper, par exemple), mais parfois un peu brouillonnes pour le non-averti que j’étais. Une vingtaine de minutes plus tard, les Lyonnais laissent la place à Fixpen Sill, un groupe bien connu des amateurs de 1995, puisqu’ils posé aux côtés de Nekfeu sur le projet « 5 Majeur ». Le binôme nantais, composé de Vidji et Kéroué, rappe quelques titres sur des prods teintés NY. La prestation est correcte, dans la lignée du rap que peut fournir toute la « mouvance L’Entourage ». Trois/quatre titres plus tard, les MC’s finissent leur set sur un instrumental de DJ Lo, avant que le speaker DJ Fab (qui avait ambiancé la soirée Time Bomb & Friends) ne fasse son apparition. Notre ami Fab vient prendre la température du moment : « Pour qui êtes-vous venus ? Method Man ? 1995 ? ». Logiquement, les gens semblent s’être déplacés massivement pour le rappeur US, même si une bonne partie du public a l’air assez jeune. DJ Fab annonce alors la suite des hostilités, à savoir l’arrivée du Un Double Neuf Cinq Possee.

20 ans, deux sque-di, un Zénith, qui dit mieux ?

Les lumières se tamisent et les planches du Zénith se voient envahies par une quinzaine d’individus masqués, qui s’éparpillent puis se figent aux quatre coins de la scène. Pendant ce temps-là, DJ Lo entre en piste, chauffe la foule avant d’envoyer la prod du morceau « Renégats », devant un public qui commence à donner de la voix. Sneazzy, le premier à rapper sur ce titre, surgit du mystérieux groupe en retirant son masque, et tour à tour les MC’s tombent le masque au moment de kicker leur couplet. Sur celui de Nekfeu, qui ponctue le morceau, les quinze individus ont tous le visage découvert et sautent de gauche à droite, en rythme sur la prod. Une bonne entrée en matière et surtout un morceau qui, sur scène, fait son effet même si la foule n’est pas encore totalement dedans ! Le second titre est logiquement « La Source », histoire d’appuyer ce début de show. C’est le moment que choisit mon collaborateur F.Small pour se glisser aux pieds de l’estrade et « shooter » les MC’s (photos qui illustrent l’article). Pendant ce temps, le public chantonne sur le refrain : « On prend le rap à la souuurce », mais finalement les décibels ne sont pas tant au rendez-vous que ça. Etonnant par rapport à ce que j’avais pu voir dans d’autres salles (Festival Bobigny), où les gens étaient totalement décomplexés. Mes craintes se confirmeraient-elles ? La salle est-elle trop grande pour le groupe ? Une chose est sûre, les 5 rappeurs comme le DJ donnent leur maximum, en tenant d’impliquer le public sur le refrain du prochain son : « On s’arrête pas frangin,on s’arrête pas, nannnn ! ». Effet réussi, la fosse est un peu plus bruyante. De son côté, l’ingé-son connait quelques problèmes de logistique : il a parfois du mal à repérer qui rappe à quel moment, ce qui donne un petit temps de latence lors des changements de couplets. Pas dramatique non plus, le show se poursuit : « The Motto remix », « La Suite », etc. Des morceaux bien connus qui arrivaient à point pour maintenir la dynamique, car finalement garder 4500 personnes dans le coup, ça n’est pas évident, même lorsque l’on s’appelle 1995 et que l’on affiche complet partout où l’on se déplace. S’en suit la traditionnelle session Beatbox, et c’est Fonky Flav qui s’y colle tandis que Nekfeu et Alpha Wann enchainent en impro. Et là, on ne peut que s’incliner devant la performance : les deux MC’s improvisent pendant 5 grosses minutes sur des thèmes d’actualité (les fameux 20% de la veille…), tout en prenant à partie le public. Une seule chose à dire : gros niveau, respect ! Retour des autres rappeurs « on stage », pour des morceaux plus rythmés « Bouffons du roi », « Milliardaires », etc. Ce n’est vraiment qu’à ce moment que la salle affiche enfin complet et que la chaleur du public se fait vraiment ressentir. Les titres s’enchainent (« En Soum Soum », « La Flemme »), et le set se termine sur « Flava in Ya Ear  remix ». Ou plutôt feint de se terminer, car c’est généralement le moment de l’habituel rappel. Mais le public ne se manifeste pas plus que ça et était prêt, me semble-t-il à passer à autre chose. Qu’importe le Ninety-Fivers reviennent gonflés à bloc (piqués dans leur égo ?) pour quelques morceaux supplémentaires : le solo de Sneazzy, le « 6 foot 7 remix », lors duquel les MC’s se livrent à un gros concours de saut (bonne détente d’Alpha d’ailleurs), pendant que Sneazz’ effectue son traditionnel plongeon dans la foule. Et enfin « Dans ta ressoi » vient clôturer la partie de 1995 rejoint par quelques têtes de L’Entourage, après 1h15 de show. Place désormais à Method Man !

« Wu Tang Clan Ain’t Nuthin To Fuck With! »

J’ai pris peur, je l’avoue, lorsque j’ai vu le public se diriger massivement vers la sortie à l’issue du show de 1995. J’ai tout de suite pensé à un crime de lèse-majesté : même si l’on est avant tout venu soutenir le groupe parisien, comment imaginer ne pas vouloir observer l’un des pionniers du Hip Hop en déplacement sur nos terres ? Fort heureusement, les gens étaient juste sortis se désaltérer, manger, un bout, etc. Paranoïa, quand tu nous tiens… Alors que chacun regagne sa place, DJ Fab prend possession des platines, et envoie du très gros son : tous les classiques y passent (MOP, Mobb Deep, Snoop, etc.), rien de tel pour se mettre dans l’ambiance avant l’arrivée d’un des cadors du rap US. Et tant qu’on est sur du « classique », grosse surprise : le célébrissime Afrika Bambaataa profite de ce moment plutôt sympathique pour venir faire un petit coucou au public parisien. Pas mal, non ?! Fab reprend son mix après cet interlude, et pour faire patienter la foule dans les derniers instants, le rappeur perpignanais Nemir vient kicker quelques mesures en impro sur la prod de « Hell on Earth ». L’arrivée de la légende du Wu est alors imminente : « France, ça vaaaa ? ». A entendre la réaction du public à cette question pourtant banale, tout semble aller pour le mieux. Surtout lorsque les premières notes du classique « Release Yo Delf’ » retentissent. Le rappeur New-Yorkais entre sur scène en rappant les lyrics de l’un des meilleurs titres de son premier album solo « Tical ». Seul, sans backeur, mais avec charisme et prestance, le MC fait forte impression : « When I say Wu, Ya’ll say Tang ». Inutile de vous préciser que le public parisien ne rechigne pas à accompagner l’artiste dans sa démarche : « WU-TANG, WU-TANG ! ». Les titres s’enchainent, et les tubes sont envoyés d’emblée : « M.E.T.H.O.D Man », « In da pain », etc. Mais notre rappeur se contente malheureusement d’un couplet par ci, d’un refrain par là. Un peu dommage, mais lorsqu’un Américain transite par la France, on sait pertinemment ce que l’on risque : assister à un grand medley… Autant profiter de ce qu’on nous donne, le bilan viendra plus tard ! Mister Meth’ fume un gros blunt et s’approche du devant de la scène. A peine trois titres joués, et déjà lui prend l’envie de sauter dans la foule ! « C.R.E.A.M », « All I Need », « What The Blood Clot » etc. Vous avez dit classique? Mon collègue Franckie Small me glisse à l’oreille : « Si toutes les tueries sont lâchées maintenant, va falloir qu’il assume et pas qu’il parte dans 10 minutes… ! ». Car c’est évidemment la crainte qu’on a tous : se faire rouler une fois de plus par l’une de nos idoles américaines… « Au moins, il rappe pas par-dessus son CD… ! », lui rétorquai-je. En tout cas, au niveau de l’attitude et de la gestuelle, difficile de faire mieux que Meth’. A pourtant 40 ans passés, le rappeur maitrise vraiment son sujet : entre petit pas de danse, et gimmicks d’ambiances entre les tracks, il sait comment mettre le public dans sa poche et le garder bien chaud. Et surtout, il ne s’économise pas ! Dans la fosse toutes les mains sont en l’air, et les scratchs du DJ accompagnent leurs mouvements. « How High », « Four Laugh », les morceaux s’allongent un peu, mais je ne me fais plus d’illusions : peu de chance pour qu’on en ait un entier ce soir ! Method demande au public parisien s’il connait son acolyte Redman, histoire d’annoncer un morceau du Black Out 2. En passant, une petite exclue est lâchée : il y aura d’ici peu de temps un Black Out 3. « There is a country for old men. », rigole le rappeur. D’ailleurs, tant qu’on parle d’ « anciens », nouveau flashback vers les années Wu, et surtout gros hommage au regretté ODB : « Shame on Nigga », « Shimmy Yo », « Brooklyn Zoo ». Visiblement ému, notre rappeur marquera un temps d’arrêt. Sur le côté de la scène, les membres de 1995 sont bouillants et n’ont qu’une envie : rentrer sur scène pour backer la star. Ils s’abstiennent… pour le moment, pendant Method y va de son moment de folie : il jette des packs d’eau dans la fosse, pour remercier ses fans de transpirer à ce point pour lui. C’est bien le grain de folie Made in USA, mais surtout cela lui permet de souffler un peu. Même s’il est très énergique et dynamique, Method Man n’est plus tout jeune, et cela se ressent forcément au bout de 45 minutes de show et surtout après au moins 3 ou 4 plongeons dans la fosse (oui, oui… 3 ou 4 !). Le morceau que tout le monde attendait est ensuite envoyé  « Da Rockwilder », et tout L’Entourage débarque sur scène pour donner de la force au MC, mais surtout pour réaliser un rêve de gosse ! Backer Method Man, lorsqu’on est MC, ça doit être un très gros kiff ! Lessivé, le rappeur quitte la scène sur cette note. J’étais persuadé qu’il ne reviendrait pas, mais il me fait mentir : retour en puissance pour son couplet sur « Gravel Pit ». Cette fois-ci c’est bel et bien la fin, le dinosaure du Wu nous dit au revoir !

Bilan

Pour résumer, ce fut une très bonne soirée, avec des jeunes rappeurs pleins d’envie, face à un public pas toujours aussi réactif que dans les plus petites salles auxquelles ils sont habitués. L’épreuve n’était pas simple, mais 1995 s’en est tout de même très bien sorti. J’ai pu lire ici et là sur Twitter que le show était incroyable et l’ambiance démentielle. Je n’irai pas jusque-là… La performance rap était réelle (surtout la partie « improvisation » qui m’a laissé bouche bée), le Zénith bondé, mais j’ai connu des concerts beaucoup plus chauds. Mais ça ne reste que mon humble avis !

Quant à Method Man, nous avons eu droit à un rappeur US qui a donné de l’amour à son public francophone. On peut regretter que les titres n’aient pas été joués en entier, qu’il n’y ait pas eu plus de mises en scène, que ceci, que cela, etc. Mais ce que je retiens de son passage, c’est surtout une vraie performance de Maitre de Cérémonie, avec une liste de tubes longue comme ça. Pour faire court, Method Man s’est amusé et nous aussi !

Peace,

Renaud M.

http://youtu.be/QrGJ8M_ca5w

 

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Renaud M.

J'écris sur les autres, pas sur moi.

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