Concert (07/05/2012) – Youssoupha à L’Olympia, la consécration du Gesteur

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Youssoupha à L’Olympia, la consécration du Gesteur

Lundi 7 mai 2012, 19h30, sortie du métro Opéra, je descends le Boulevard des Capucines dans le 9ème arrondissement de Paris, pour me rendre à L’Olympia. Ce soir, c’est Youssoupha, aka le potentiel MVP du rap game 2012, qui se produit sur les planches de l’une des salles les plus mythiques de la capitale. Si vous avez un tant soit peu suivi son actualité ces derniers mois, vous n’êtes pas sans savoir que l’album « Noir D**** », sorti en tout début d’année, a fait un véritable carton. Avec ce troisième opus, aujourd’hui certifié disque d’or, le lyriciste bantou a réussi à allier succès commercial et succès d’estime, à tel point qu’à la mi janvier, nombreux chuchotaient que l’album de l’année était déjà dans les bacs. Certes il est encore très tôt pour se prononcer, et vu la densité de l’activité rap cette année, tout peut arriver, mais faites un test très simple : demandez autour de vous, à vos amis, à vos collègues, etc. quel est l’album qu’ils ont préféré jusqu’ici, il y a fort à parier que l’on vous mentionnera la troisième galette du Prims parolier. En prenant tous cela en compte, vous comprendrez que ce concert, annoncé complet depuis des mois, était en réalité bien plus qu’un simple show : il s’agissait là de la consécration d’un rappeur besogneux, dont le parcours n’a pas toujours été simple, mais qui, à force de travail et grâce au soutien de ses proches (Bomayé Music), a réussi à imposer son talent aux yeux de tous. En bref, un moment d’apothéose pour un artiste désormais accompli. Si je vous disais maintenant que j’étais simplement curieux à l’idée de voir ce que cette soirée pouvait donner, je vous mentirais… La date était entourée, surlignée, marquée au fer rouge sur mon calendrier. Vous l’aurez donc compris, comme tout « supporter » de Youssoupha qui se respecte, j’attendais le 7 mai de pied ferme pour pouvoir dire : « A gesté » !

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Une première partie en crescendo : Ladéa, Taïpan et Sam’s

20H précises, le show débute et c’est la rappeuse Ladéa qui se charge d’ouvrir le bal. En provenance d’Aix en Provence, la jeune kickeuse de la génération Booska-Tape n’a pas froid aux yeux: elle débite ses lyrics avec intensité, devant quelques 3000 personnes, exclusivement venues pour soutenir Youssoupha. Pas une mince affaire, surtout que le public n’est, au premier abord, pas hyper concentré. La performance rap, elle, est là, malheureusement, le micro n’est pas très bien réglé au départ de son set. Les paroles ne sont pas toujours très audibles, mais l’ingé-son rectifie rapidement le tir. « Je voulais juste kicker » et « Les vrais héros » sont efficaces et ont le mérite de faire lever les mains dans la fosse, ce qui n’était pas acquis dès le départ. Trois/quatre titres sont joués et Ladéa laisse la place à la dernière signature Bomayé, j’ai nommé Taïpan.

Logiquement plus connu par les fans du lyriciste bantou que ne l’était Ladéa (Bomayé oblige), Taïpan entre en piste sous les acclamations du public. Fidèle à son habitude, le rappeur lorrain kicke ses textes provocateurs avec nonchalance et élégance. Pour ma part, j’adhère totalement à son rap et je dois dire que se prestation ne me déçoit pas. Après un premier morceau très solide, le clasheur des RC balance les premières notes de « Crame un gramme », sorte d’hymne à la fumette, qui a fait pas mal de bruit sur la toile. Au bout de quelques mesures, le MC s’interrompt brusquement : « Non, y’a Philo, toute l’équipe Bomayé et beaucoup de monde dans la salle, je vais pas faire ce genre de trucs chelous », plaisante-t-il. En revanche, c’est le moment qu’il choisit pour envoyer son couplet du morceau « Bouche à Oreilles » : le public est conquis et appuie toutes ses fins de phases, même les plus tendancieuses : « Repose en paix Colonel Kadafi ! ». Un dernier morceau, à la fois technique et profond, extrait de son prochain projet (« Le Monde est flingué »/ « Dans le circuit »), est balancé avant que le MC ne quitte la scène. Set très propre qui donne envie d’en écouter d’avantage.

C’est au tour de Sam’s de prendre le relais. Éminent membre de la Geste Team, le Bordelais fait une entrée remarquée : « Y a-t-il des Gesteurs ce soir ? », demande-t-il depuis les coulisses. Le MC d’Ecliptic Music frappe fort d’emblée, en rappant son couplet du morceau « Gestelude part. 1 ». Le public, euphorique, l’accompagne sur ce texte, et braille comme un seul homme lorsqu’il prononce la phase mythique : « On aime se saper chic, mais chez nous D&G, ça veut dire Dieu est grand! ». Phase qui sera d’ailleurs reprise plusieurs fois, histoire d’enfoncer le clou Il n’en fallait pas plus à L’Olympia pour s’embraser. Ce qui est intéressant sur cette première partie, c’est que l’ambiance monte d’un cran à chaque nouvelle apparition. Pour Sam’s, le public est désormais bouillant et le Bordelais en profite pour balancer ses « classiques » : « 60 mesures chrono », « Tetris ». Le flow est très speed, ce qui rend les lyrics parfois difficiles à décrypter, mais l’énergie et le jeu de scène compensent largement ce petit bémol. Un son de son dernier projet puis le featuring avec Taïro ponctuent sa partie : apparition efficace, mission accomplie !

« Youssoupha, rappeur d’élite ! »

Les lumières se rallument à l’issue de ce dernier set, sorte d’entracte avant l’arrivée de celui que tout le monde attend : Youssoupha. Le temps d’attente est un peu long, et au bout d’une bonne grosse vingtaine de minutes, quelques sifflets, tout d’abord espacés puis de plus en plus fréquents, se font entendre. Il est grand temps que le rappeur congolais montre le bout de son nez. Il est précisément 21h20 lorsque DJ Myst prend place derrière les platines. Pour annoncer les hostilités, ce dernier envoie le morceau original de Tabu Ley Rochereau, samplé sur le morceau « Les disques de mon père », avant d’entamer un mix de tubes US (M.O.P. « Ante Up », etc.), entrecoupé d’a capella de Youssoupha (« Éternel recommencement »). Le public gronde de joie. Myst, comme à son habitude décide de filmer la foule, pour immortaliser le moment. Un pianiste et un batteur s’installent en même temps. Tout est prêt, maintenant, il faut y aller ! Les premières notes du morceau « L’effet papillon » retentissent, alors que Youssoupha, suivi de très près par le soldat S-Pi, déboule sur scène. L’ambiance est impressionnante : essayez d’imaginer 3000 personnes qui reprennent mot pour mot chaque parole de la chanson, ça en jette, non ?! Le deuxième morceau est vite enchainé, il s’agit du second track de l’abum « Noir D**** », « Viens » (disponible ici). La boucle très soul, appuyée par musiciens et choristes, fait son effet. Moment fort du titre : « J’aime pas les minutes de silence, viens on fait un putain de boucan ! ». Message reçu 5 sur 5 par L’Olympia, qui après s’être égosillé pendant 20 bonnes secondes, scande le blaze du rappeur de la soirée comme dans un stade foot, pendant que ce dernier, visiblement ému, contemple le phénomène.

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Très charismatique, S-Pi, aka Ice Criminel, est parfait en tant que backeur et va même au -delà de son rôle. Lorsque les deux MC’s annoncent le prochain morceau (« Apprentissage ») sur lequel ils impliquent le public lors du refrain (chaque phrase sera ponctuée par un « Wow » émanant de la fosse), on a presque l’impression d’avoir à faire à un groupe. Il faut dire que les deux lascars se connaissent depuis un bon bout de temps (allez checker l’interview de S-Pi pour en savoir plus à ce sujet), et que leur relation transpire la complicité : accélération, ralentissement, etc. Chacun sait qui fait quoi à quel moment, impressionnant ! La participation du public l’est encore plus sur le morceau suivant « J’ai changé » : au delà des backs sur chaque parole de chaque couplet, L’Olympia « fait péter les claps », et croyez-moi, ça en valait le détour. Jusqu’ici le show est à la hauteur de toutes les espérances, mais qu’aurait été ce concert sans le morceau « A force de le dire » ? Je n’aurai pas à vous poser cette question, puisqu’il a été joué à ce moment précis, brillamment introduit par un beatbox du Ice Criminel. Les tympans de notre cher E*** Z***** ont dû siffler très fort ce soir-là, au moment de la fameuse phase dont on vous économisera la citation, vu que vous la connaissez tous (si ce n’est pas le cas, rattrapez votre retard ici). Devant la ferveur du public, remonté comme une horloge, Youssoupha se marre : « Allez, tous au tribunal ! ». Très logiquement, « Menace de Mort » est tout de suite enchainé, en mode karaoké puissance Olympia. S’en suit le morceau « Les apparences nous mentent » et S-Pi est mis au défi : « Je parie que je peux me passer de toi, L’Olympia fera ton taff », nargue le Prims parolier. La réaction de la foule est instantanée. Piqué (pour de faux bien sûr) dans son orgueil, le rappeur de la SD Click affirme pouvoir backer sur le beat pitché, en accéléré. Il s’exécute et le rendu est très très chaud… Vous pourrez en juger par vous-même lors de la diffusion intégrale du concert sur Canalstreet, le 14 mai. Youssoupha en profite pour mettre en avant son soldat de toujours et envoie le morceau « Gestelude Part.2 ». S-Pi peut alors faire étal de tout son talent sur ce couplet ainsi que sur un morceau solo « 24 heures à vivre ». Loin d’être un simple backeur, S to the Pi a lui aussi son mot à dire, niveau kickage (en témoigne la digitape « Geste avant l’album » qui vient de sortir). Sa mère présente dans les tribunes est elle aussi gratifiée d’un hommage : c’est visiblement la première fois qu’elle voit son fiston sur scène, on imagine bien sa fierté !. Suite à cet interlude du « Criminel frais », le lyriciste bantou reprend du service avec le morceau « Clashes », extrait de la digitape « En attendant Noir Désir ». Les paroles du titre sont récitées a capella, ce qui permet de mieux capter le nombre ahurissant de punchlines qu’il contient. La chanteuse de la Bomayé Team, Ayna, vient lui prêter main forte sur « Poids Plume », avant que ne soit balancé le cinglant « Irréversible ».

Des invités prestigieux : Youssoupha fédère.

A l’écoute de l’album, je n’avais pas été convaincu par le passage dubstep sur « La vie est belle », mais je retire mes propos : en live, c’est une TUERIE ! Evidemment, tout le monde attend l’arrivée de Kery James, qui ne peut pas ne pas venir (vous me suivez ?), pour la conclusion du morceau… Malheureusement, l’attente est vaine, Youssoupha en rajoutera même une couche à ce propos : « Grosse dédicace à Kery, même s’il n’est pas là. ». Et là coup de théâtre et probablement le meilleur moment de la soirée, le rappeur d’Orly déboule telle une furie et rappe le premier couplet du classique « Le combat continue part. 3 », dans une ambiance démentielle. C’est bien simple, dès que L’Olympia a réalisé que l’ex leader d’Idéal J était sur scène, tout le monde s’est rué vers l’avant de la salle, d’un bond de 2 mètres provoquant ainsi un mouvement de foule assez impressionnant. Épique ! « Ma destinée », « Histoires vraies », et « Les disques de mon père » seront les tracks suivants. Sur ce dernier, S-Pi et Youss, fiers de leurs origines zaïroises, apprendront quelques pas de rumba au public parisien. Rumba congolaise, « rumba du geste » puis « rumba carnaval », l’humeur est à la fête ! Une petite pause est marquée, les lumières s’éteignent mais pas le public, qui continue à gronder. Lorsqu’elles se rallument, le pianiste du Geste Band nous fait part de toute sa dextérité, tandis que les choristes fredonnent une mélodie et que le batteur rythme le tout. Dans une ambiance tamisée, notre rappeur s’approche alors de son micro pour chanter « L’amour », le morceau qui introduit son dernier album. Comme sur le disque, la musique gagne en intensité, au fur et à mesure que Youssoupha débite son texte. Grand moment musical (cliquez ici pour le revivre) ! A l’issue de ce son, DJ Myst se joint à S-Pi pour reprocher à Youss de toujours rapper l’amour… « Ne nous la fais pas. L’amour, l’amour, toujours l’amourT’as bien eu des mésaventures, non ?! ». Belle intro pour envoyer le morceau « Tour l’amour du monde », qui raconte, non sans humour, ses échecs sentimentaux du passé. La danse de Myst d’un bout à l’autre de la scène, avec ses dreads qui dessinent des cercles tels des nunchakus, est sûrement l’une des choses les plus drôles que j’ai vue dans ma vie. Parole !

C’est l’heure de la touche féminine du show : Irma puis Indila se succèdent pour accompagner le rappeur de Cergy dans son épopée. Deux featurings de choix avec deux chanteuses de talent. C’est le moment choisi par Philo et Lassana, ses managers et amis de toujours, pour lui remettre son disque d’or tant mérité, assorti d’un joli discours. Son fils est également présent, et Youssoupha peine à retenir ses larmes. Séquence émotion et sincérité, pouvait-on espérer une meilleure intro pour le magistral « Espérance de vie » ? Les confettis sont lâchés et le rappeur quitte la scène, en remerciant ses fans.

Le public,  rassasié, s’apprêtait à partir. Feinte de départ à laquelle nous avons tous mordu ! S-Pi réapparaît aussitôt : « Mais vous allez où ? Vous croyiez vraiment qu’on allait partir comme ça ?! ». Comme on le dit si bien, le meilleur est pour la fin, et en cette soirée du 7 mai, c’est vraiment le cas de le dire ! Voici venue l’heure de l’ « Apprentissage remix », avec de très belles surprises, inattendues pour la plupart. Des invités de marque se succèdent pour kicker un couplet du morceau (ou un autre couplet de leur choix, s’ils n’apparaissaient pas sur le morceau original), mais surtout pour soutenir un sérieux (le plus sérieux ?) prétendant à la couronne du rap game 2012 : Médine, Ol Kainry, Sinik, Rimk, Orelsan, Mac Tyer, Oxmo Puccino ! Un moment historique, qui vient conclure un concert de rap historique.

Energie, émotion, performance, musicalité, surprises… Rien n’a manqué lors de ce show. Je me demandais plus tôt si « Noir D**** » était l’album de l’année… Je me demande à présent si je n’ai pas assisté au concert de l’année… Rendez-vous au Zénith en novembre.

Affaire à suivre, peace !

Renaud M.

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Renaud M.

J'écris sur les autres, pas sur moi.

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