[Chronique] Yuri de Dosseh: 14 bastos pour le calibre qu’il te faut.

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Il aura fallu 7 mixtapes (Bolide 1 & 2,DesperaDOSS, Summer Crack 1,2 & 3, Perestroïka), un film (Karma) et plus de 12 années de dur labeur et de succès d’estime pour que Dosseh sorte – enfin – sont tout premier album. Il était temps, le MC d’Orléans faisait monter la pression projet après projet, apparition après apparition jusqu’à la sortie des singles de l’album. Tout d’abord « Milliers d’euros » featuring Young Thug puis « Afrikan History X« , « Abel & Caïn« , « Infréquentables » feat. Booba jusqu’au percutant « Freestyle Barbarossa #1 » qui est venu mettre d’accord les quelques auditeurs encore sceptiques (ou bien?).

Personnellement, j’ai été pris par le rouleau compresseur dès la sortie du clip « Afrikan History X« . Criant de vérité, alliant fond et forme, ce titre qui selon moi est l’un des incontournables de l’album mais aussi de la carrière de l’artiste m’a réellement gardé en haleine jusqu’à la sortie de « Yuri« , le 4 novembre dernier. On connait les aptitudes de Dosseh derrière un micro et à vrai dire cet album c’était aussi une manière de jauger ce que le MC pouvait apporter de mieux que ce qui n’avait déjà été livré auparavant, l’appellation « album » en plus.

Après une poignée d’écoutes, la messe est dite, le quinté+ est révélé: 25 décembre, Infréquentables, Coeur de pirate, Le temps béni des colonies, Myah Bay, Putain d’époque. je suis entrain de citer quasiment tous les titres de l’album mais il s’avère que nous sommes face à un projet de très bonne facture. Entre les tracks conforment au style qui a fait la réputation de Dosseh (25 décembre, Putain d’époque, Myah Bay…) et ceux sur lesquels le rappeur nous attire vers de nouveaux délires (Keblo, Coeur de pirate…), la sauce prend sans faire sourciller.

Pas facile de passer d’Infréquentables (ego trip) à Keblo (composition club) en passant par Coeur de pirate (story telling autour d’une relation amoureuse) à la première écoute mais une fois le disque bien rodé, les prises de risques – si on peut appeler cela comme ça – passent crème. Les fans de la première heure ou du Dosseh de Le Dehors – pour ne citer qu’un titre récent« switcheront »  surement certains titres parce que; pas assez street dans le texte ou trop club dans la sonorité. Même si chacun est libre de faire son petit marché parmi les 14 titres de Yuri, il faut préciser que fondamentalement les textes sont fidèles à ce que le MC véhicule depuis toujours, entre autres: rue, attitude, thug life, argent…

Inutile de préciser que techniquement Dosseh n’est pas passé à côté de son premier grand rendez-vous. Les flows varient à chaque titre et les textes sont truffés de phases fortes pour ne pas dire le mot « punchline » (même si je viens de le dire, je fais ce que bon me semble). Entre les morceaux dans lesquels Doss’ dépeint froidement des réalités du monde actuel (racisme, colonisation, situation de l’homme noir…) et les bangers (Myah Bay, Milliers d’euros,…) qui donnent la sale envie d’appuyer sur le champignon en voiture ou de crier dans le métro, casque vissé aux oreilles, Yuri est une des grandes réussites de cette fin d’année.

J’ai eu du mal avec le titre « Abel & Caïn » pour des raisons vraiment subjectives (instru, fin de l’histoire, longueur du morceau), d’ailleurs c’est toujours le cas mais je reconnais que le story telling y est maitrisé et que toute personne ayant vécu la rue de près ou d’un peu plus loin ressentira la véracité des propos et la pertinence des caractères des deux personnages que raconte Dosseh (même les fils de p*te, jaloux, qui engrènent dont parle le rappeur dans ce titre, on en a tous connu).

Les featurings avec Young Thug et Tory Lanez sont bons. Les identités de chaque artiste se mélangent bien sur les deux pistes mais encore une fois, les associations rap français & US ne sont jamais celles marquent le plus. En bon vieux chauvin que je suis – quand ça m’arrange – je préfère bien plus la fusion avec Kopp sur Infréquentables ou celle avec Nekfeu sur Putain d’époque. Les passages de Dosseh sont dingues, ce qui donnent deux des chansons les plus réussies de l’album. Petit clin d’oeil au clip de Putain d’époque qui était un véritable bijou visuel mais qui a été retiré pour des raisons que je considère abusives (l’artiste Kader Attia a porté plainte contre Dosseh prétendant que certaines scènes étaient un plagiat d’une de ses oeuvres). C’est bien dommage, vu le succès qu’a eu le clip en quelques jours (plus de 2 millions de vues en 4 jours).

Yuri est un album que je conseille fortement. Il m’a fallut plusieurs semaines avant de vous pondre cette chronique, j’ai même failli ne pas la sortir mais c’était important de parler du premier album de cet artiste. Le projet propose plusieurs couleurs tout en gardant une ligne directrice cohérente. Dosseh a tout donné: le flow, les thèmes, l’originalité, des featurings pertinents mais surtout réussis ainsi qu’un choix d’instrumentaux en adéquation avec chacun des sujets abordés. Espérons pour l’artiste que ce projet sera couronné d’un disque d’or -mérité – car il fait malheureusement parti des mc’s talentueux (voire au dessus de la mêlé) qui n’ont essuyé jusqu’ici que des succès d’estime (Mac Tyer, Ol’Kainry…).

Note: 3,5/5

 

 

 

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Franckie Small

Hoodster. Je chausse du 42,5 et je vous emmerde.

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