Paysages & Altitudes : VIEWS par Drake

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Il faudrait être ce crétin de caddie, l’avant bras enfoncé dans le trou numéro 6, à la recherche de son idiote de balle perdue à la Ryder Cup de 2003. Il faudrait être la victime des découpes auriculaires d’un sanguinolent chirurgien bulgare. Il faudrait être à côté de la plaque, celle qui est à l’Ouest de la masse, pour n’avoir jamais avoir entendu parler d’Aubrey Graham. Eh yo ! Drake pour les intimes consommateurs hiphop. Les roues du fauteuil handisport ont tourné depuis 2009 et cette pièce montée, sucrée et lunaire, qu’était So Far Gone. Pas besoin de revenir lustrer l’étalage à charcutaille. 4 filets mignons. Des testaments imprimés par un Canadien braillard et romantique. Bombes farcies de rap acide, gousses de samples et soufflettes sensuelles, ont retourné des gueules (sales & charmantes) pour redéfini les règles de notre jeu de société préféré, ce stimulant RAP.

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Le point primordial qui s’impose à l’écoute de VIEWS ? L’esthétique, l’essence luxuriante, séductrice, transgenre, créée et promue par le Raptor de Toronto. Manipulée, maîtrisée et encore perfectionnée. Sur une diffusion productiviste de 20 titres, les styles (l’amour pour le R&B made in 90’s, du nu-jack swing et du dancehall se déclame avec regain, par une science martienne de l’échantillonnage) , l’interprétation (chants narcoleptiques, puissantes envolées, diction nasillarde en pâte à gomme) les flows artisanaux (pliant la concurrence en origamis et transats) et une écriture savoureuse (pure délectation calligraphique, musclant le poignet entre plaisir du rire, efficiente facilité + photographies introverties et tortures complexes des sentiments humains) s’enchevêtrent dans une composition harmonieuse. Ce design rafraîchissant est conceptualisé par un escadron, aussi dévoué dans la fidélité, qu’efficace dans la proposition sonore.

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Nous retrouvons donc au générique le génial Noah 40 Shebib, posant son œil laser immortel sur l’intégralité de l’enregistrement. Du mixage à l’ossature des beats, il intègre à son univers, si spécifique, d’autres petits malins de la compo comme Boi-1Da, Majid Jordan, Nineteen85 (le beatmaker de dvsn, nouveau crew signé OVO), Maneesh, Kanye West, DJ Dahi, Murda Beatz, Beat Bully, DAXZ, Cardiak, Cardo, Metro Boomin, Southside, Sevn Thomas ou Frank Dukes. C’est Le Boulevard de la Mort. On va prendre notre putain de pied !

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Dans l’aventure des arcanes de l’album, on sait que Drake a modelé son dernier joujou en fonction des saisons qui traversent Toronto. Surtout L’hiver et l’été. Pour contrer le blizzard qui souffle au pic de la Tour CN, il faut s’entourer de la famille et des proches. Dans une ambiance polar noir des années 70, Drake, chanteur rôdé, alpaga enfilé, vient complimenter sa meute de Woes sur « Keep The Family Closer ». Si le givre persiste, le maire remplaçant de Rob Ford nous mettra au chaud dans le congélo, près de l’orgueilleux anthem « 9 » et de son chorus talkbox-ragga. Décisif. Puissant. Les codes mais aussi les fondations de la 6-Town s’inversent. Par habitude, les parties introductives de Drake sont profondes et confessionnelles. « U Wit Me ? » conclut cette tri-intrologie, en psychanalyse d’une effarante paranoïa. Cimenté dans un ascenseur étroit, il se demande si sa nouvelle conquête lui sera fidèle. Est ce que les courbes du charme contemporain se marient aux arches remuantes de la vieille école ? Noah 40 et Kanye West nous font hocher la tête. Clébard sur la plage arrière. Les pistons et les lumières de la Delorean s’activent . En survival du R&B, le sample de Mary J Blige, bon souvenir des CD de nos sœurs aînées, nous guide sur la route de « Weston Road Flows ». Rue d’enfance de Drake, où les pizzas huileuses aiguisaent l’appétit et les ballons de basket explosaient les narines. Surtout le lieu où allaient s’acter ses premières décisions musicales. Du ciment a coulé depuis. Il est bon d’y attarder un œil bienveillant.

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Les discussions au coin du feu, m’ont fait découvrir un leitmotiv Take Care dessinant les volumes de VIEWS. Sur « Redemption », on retrouve la patte hallucinogène chère à Noah 40, offrant une tribune nuageuse, des synthétiseurs en sous titres audio-descriptifs, pour le flow quadrilatère de son protégé. Tendant la main vers ces old newfriends (qui ont profité de son succès et de sa compassion), son ascèse pétillante reste à l’ordre du jour. Les vieux esprits qui l’influencent scintillent au dessus de son frais dégradé. Pimp C, dans son cercueil pourpre, fait siffler les charmeurs de cobras. Pour cette femme qui n’attache pas d’importance à la vie de couple, Drake et dvsn sauront être patients. Leurs vocalises de proxos convertis vibrent pour forcer le destin de « Faithful ». Mais Aubrey Graham a ce radar à minettes en alerte constante. Sur « Fire & Desire », il regrette de ne plus parler à cette femme, aux hanches arrondies et maquée. Les connexions se font. Les bookmakers avisés suggèrent le contexte tendu entre Meek Mill/Drake et Nicki Minaj. Mais ciao aux potins de Café du commerce et retour dans le cratère. La farouche boîte musicale de « Still Here » ne nous rappellerait pas la production exponentielle de « Headlines » ? Celle qui éminçait les fondations de la CN Tower, haut lieu chargé d’histoire ? Vous raffolez duDrake imbu, insolent et auto-complaisant ? Sortez les couverts !

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A la recherche de notre ventoline, nous voilà écrasés au milieu d’un royal rumble de pachydermes quand se lance « Hype ». C’est le jeu du taureau version Boi-1Da, Nineteen85 et Beatbully qui essouffle les détracteurs et permettent à Drake de régler ses comptes avec le business. Les réflexions sur la gloire et le succès s’enchaînent. Le duo à chemises fleuries et lunettes brunies de What A Time To Be Alive se reforme pour tambouriner le minimalisme de « Grammys ». Claquants et instinctifs, les versets déchirent le système industriel américain. Pour rafler les statuettes d’or et y verser une cuvée d’époque. Les baskets blanches enracinées dans l’obscurité, « Pop Style » n’est pas un hit dancefloor aux vibes glossy. Juste la cartouche fumante qu’on droppe dans la sono du manoir, sur laquelle vont crâner nos fumants camarades. Quand on brosse si bien le crin du succès, on peut même se permettre d’outshiner le duo originel Jay-Z/Kanye. C’est comme à l’avant de l’avion, tout n’est question que de business. Commandant de bord ? Faites cap sur la Mer des Caraïbes …

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Vue depuis le hublot. Pourtour balnéaire. Crépuscule violacé et ligne d’orangers. En dehors des opiacés et des siestes diurnes, se proposent d’autres trips. Jordan Ullman, le prodo de « Just Hold On We’re Going Home » récidive dans la vibe chaleureuse sur « Feel No Ways », offrant gracieusement un ticket d’expression 80’s à Drake. Dans les compartiments de l’aéronef, il y a PARTYNEXTDOOR le chaman, philosophe de la vie de couple. Dans un living aimanté, se pratique la valse « With You » qu’on voudrait étirer sur plus de 1000 temps. Jeremih, le mésestimé, est venu chantonner en joker de luxe. Arrivée sur le sable perlé des archipels. Sonnent les pianos de rêve. Comme ton ami, l’artiste bourru qui se pointe tard la nuit, la compo de « Controlla » amène weed, gobelets et réflexions ivres sur la gente féminine. La tête tourne sur la piste et les samples britanniques/nigérians de « One Dance » invitent la panthère à ne pas renfiler son écharpe. Jouons l’overtime un samedi soir ! Si la misogynie poétique et le jeu de bassin font craquer les ficelles du collant de « Childs Play », c’est pour éviter de tomber dans la routine. Soit « Too Good » et l’envol confus des réflexes du couple. La prétention de voir l’amour du prochain acquis. Le thème est frénétique, enrobé. Une savoureuse marmite antillaise qui ne peut être éternelle.

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Par l’interprétation extra-temporelle de Majid Al Maskati, « Summers Over » s’expose en peinture de la balance climatique été/hiver. Une chevauchée musicale allégorique, que Drake éperonne, pour faire tourner la mécanique de VIEWS en 20 pistes. Posté sur le mirador de Toronto, il y voit le royaume qu’il a érigé. Ce jeu de questions/ réponses, en outro du titre éponyme, est une exégèse, un dépassement des perspectives, évoquées en ouverture du bal. Drake, à 457 mètres de haut, prêche fidèle loyauté à son entourage, avec un florilège de punches réflexives, liées aux parcours l’ayant amené au succès. Loin des médisants et des obstacles, le pacha, brandit un scintillant verre de caïpirinha sur le tango caramélisé de « Hotline Bling ». Comme un pied de nez à l’intérêt des tentatrices, le point final de son dernier album est chaloupé. Si le monstrueux single est déjà tamponné dans l’almanach de l’histoire du rap, VIEWS danse avec aisance et panache sur le podium des albums de 2016.

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Roby

Le Roby qui cache la pépite

1 comment

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  1. Hammer_Jr 7 mai, 2016 at 23:05 Répondre

    S’il vous plaît, soyez plus simples comme avant sur vos chroniques. Parlez plus de musique, arrêtez de faire les poètes pour rien. Je comprends cette volonté de rendre les chroniques et la musique plus imagée mais parfois on est vraiment dans l’excès à croire qu’il faut un BAC+5 en littérature pour pouvoir apprécier vos chroniques. Je dis pas ça forcément pour cette chronique qui ça va a été plaisante à lire et compréhensible, mais revenez à plus de simplicité

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