9.5.2.0.0 – Ministère A.M.E.R

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Chaque mois le site numéro 1 du rap français aka www.booska-p.com propose à ses visiteurs une chronique sur un album classique du rap français. Pour le Booska Classic du mois de janvier j’ai été sollicité par l’équipe du site pour rédiger un article sur l’album « 95200 » du Ministère A.M.E.R. Voici l’article:

Les vrais amateurs de rap français connaissent forcément le groupe Ministère A.M.E.R (Action Musique Et Rap). Le groupe est composé des sarcellois Stomy Bugsy (Sierra Tango Oscar Mike Yankee) et Passi (Papa Alpha Sierra Sierra India) qui sont les principaux protagonistes mais aussi d’Hamed Daye, DJ Guetch et Kenzy qui deviendra producteur du label Secteur Ä.

Les débuts du Ministère A.M.E.R

Après leur premier maxi « Traitres » en 1991 puis « SOS », c’est en 1992 que le groupe arrive réellement dans l’univers du rap français qui à l’époque comptait, NTM (Authentik), IAM (De la planète Mars), Assassin (Note mon nom sur la liste & Le futur que nous réserve t-il? Vol.1 et 2) et le rappeur solo Mc Solaar (Qui sème le vent récolte le tempo). « Je me rappelle qu’en 89 on n’avait même pas encore sorti de cd que les renseignements généraux étaient venus frapper Chez nous pour nous dire: On sait qui vous êtes, on vous surveille !!! » raconte Stomy Bugsy.

Le Ministère A.M.E.R débarque avec son premier album « Pourquoi tant de haine ». Des rimes coups de poings et des textes chocs, avec cet album le groupe va défrayer la chronique et créer la polémique grâce au titre « Brigitte (Femme de Flic) » dans lequel les membres du groupe affirment que « les femmes de commissaires veulent coucher avec des bandits ». A l’époque, il n’en fallait pas plus pour s’attirer les foudres du gouvernement Pasqua qui ordonna de retirer les disques des bacs mais sans réussite. « On a échappé à la suppression des cds dans les bacs car le gouvernement avaient 3 mois de délai de prescription et ils ont déposé la plainte le 1er jour du 4ème mois c’était trop tard » selon Stomy.

95200: l’album visionnaire

L’album qui va confirmer le Ministère A.M.E.R s’appelle « 95200 », en référence au code postal de leur ville d’origine Sarcelles. « Cet album c’est la continuité en réponse à notre premier album « Pourquoi tant de haine? est en fait la réponse à cette question, c’est parce qu’on vient du 95200 » dixit Stomy. Dans « 95200 » le Ministère relate la vie des jeunes de la cité à travers 13 morceaux dans lesquels Stomy et Passi forment un duo de poids. Nous sommes en 1994 et force est de constater que 17 ans après la situation n’a pas changé voir même a empiré. L’oppression policière « Plus vite que les balles », les étés à la cité à galérer, s’embrouiller et rêver de sable fin jusqu’a tard la nuit « Un été à la cité », les meufs qui ne sortent qu’avec des « gangsters » et si t’en est pas un c’est « la dèche » pour toi « Les rates aiment les lascars », mais aussi le business et la drogue « Autopsie » feat Doc Gyneco. Concernant la vision Politique du groupe, dans le titre « J’ai fait un rêve » Stomy et Passi terminent leur couplet par « Vais-je devenir comme Sarkozy, Martinez ou Paniatowsky? », qui sont des politiciens immigrés tellement impliqués dans leurs rôles de français intégrés, qu’ils dénigrent les autres immigrés.

« 95200 » est un album qui n’a pas eu la reconnaissance qu’il mérite dans le rap français. Pourtant cet opus est bourré de vérité. Le système de l’époque y est efficacement pointé du doigt et le style des compères du Ministère mêlant provocation et réalité est inédit dans le hip hop français. Je pense même que s’il fallait constituer une Bible du rap français « 95200 » aurait entièrement sa place dans la Genèse. « On était le Seul groupe de Banlieusard, le Seul groupe composé que de noirs, on n’était pas trop dans la branchittude parisienne. Le Ministère A.M.E.R était écouté par les vrais mecs du Terrain, ceux dans la hass issus des sales quartiers c’est pour eux qu’on rappait de toute façon. D’ailleurs contrairement à la mentalité d’aujourd’hui, si un morceau du Ministère passait en radio on le percevait presque comme un échec, on rappait pas pour la radio, on voulait juste foutre le souk et mettre un coup de pied au cul du système » appuie Stomy.

Sincèrement, peut-on vraiment parler de cet album sans faire un focus sur le titre « Plus vite que les balles »? Ceux qui ont répondu « OUI » ont tout faux.

« Plus vite que les balles »: Un manifeste contre l’oppression policière

« Plus vite que les balles » c’est le moteur de l’album « 95200 ». Dans ce titre les deux lascars Stomy et Passi racontent une Course Poursuite interminable et musclée entre eux et les flics.

C’est après une soirée entre « sauces » qu’ils vont se retrouver confrontés aux forces de l’ordre. Afin d’éviter la garde à vue, Stomy et Passi vont s’exécuter à un remake du 100 mètres mais cette fois-ci sur plusieurs kilomètres évitant les tirs des keufs et narguant les sommations.

Ce morceau c’est typiquement ce que vivent, ce que vivront ou ce qu’ont vécus « les jeunes de tess » au moins une fois dans leur vie. Cette fameuse Course Poursuite avec la Police ou le contrôle pour délit de faciès, quel « scarla » digne de ce nom ne l’a jamais vécu? C’est en quelque sorte un baptême pour devenir un mec de la street, et sur « Plus vite que les balles » Passi et Stomy content la situation comme s’ils l’avaient vécu des milliards de fois.

Ne vous y méprenez pas, « Plus vite que les balles » n’est pas un morceau égotrip même si sur certaines rimes les deux mc’s en rajoutent. Sachez que sur ce titre ils dénoncent une réalité qui perdure malheureusement, celle de l’oppression de la Police. Se faire contrôler 10 fois dans la même journée, les Bavures et les délits de faciès, c’est sur ces problèmes de société que le Ministère A.M.E.R appuie.

« C’est la peine maximale ou la pierre tombale ». Cette phrase que Stomy répète aux refrains du morceau, résume tout à fait la situation entre la Police et les jeunes. Il faut courir pour éviter la prison ou la mort, l’arrestation ou la Bavure. C’est de ça qu’il s’agit sur ce titre et pourtant comme le dit Stomy « Ai-je tué quelqu’un? Suis-je un assassin? » Stomy rajoute : « Ce titre c’était une réponse à toutes les Bavures de l’époque : Comme Khaled Kelkal et tous les mecs qui prenaient des balles dans la tête. Passi et moi, on voulait montrer qu’il y a un Espoir, qu’on pouvait user de ruse et de vice pour éviter les balles de la Police. C’etait une métaphore pour dénoncer mais aussi pour pas que les mecs s’apitoient sur leur sort. »

Après « 95200 » le Ministère A.M.E.R a participé à la B.O du film « La haine » avec le morceau « Sacrifice de Poulets ». Vous l’avez compris le titre coule de source, Stomy Bugsy et Passi racontent une émeute dans laquelle ils tuent un gardien de la paix. « Pas de paix sans que Babylone paie […] Pas de paix sans que le poulet repose en paix… ». Cette fois-ci s’en est trop, ces rimes vont valoir au groupe une plainte du ministère de l’intérieur ainsi qu’une amende de plus de 200 000 francs (soit plus de 30 000 euros). Depuis, l’intégral du Ministère A.M.E.R est sorti dans les bacs en 1997 mais le groupe le plus « Scarla » du rap français ne s’est jamais réellement reformé. « Chacun a fait son chemin en solo et à cause des contrats de chacun c’était compliqué. Le Ministère A.M.E.R c’est une entitée qui ne peut pas se reformer avec des membres en moins » conclu Stomy Bugsy.

Pour ceux qui n’ont jamais écouté cet album, il est temps de vous refaire une santé parce qu’on ne peut pas se prétendre puriste ou amateur de rap français sans avoir écouté ce classique du genre. Pour les autres, je vous laisse fouiller dans votre discothèque, dépoussiérer le CD et réécouter « 95200 » car Je sais que ça vous a donné envie.


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Franckie Small

Hoodster. Je chausse du 42,5 et je vous emmerde.

1 comment

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  1. Amine Bend 21 juin, 2016 at 08:04 Répondre

    ce titre à pour moi beaucoup de valeur. Effectivement c’est une chose qu’un mec de tess à au moins vécu une fois dans sa vie. Moi je l’ai vécu un tas de fois. Me faire tirer dessus, courir pour éviter une balle, me cacher après une fuite effréné pour ne pas finir en G.A.V., au point qu’il m’est arrivé parfois de ma casser les orteils du pieds car seul recours coincé dans un rue j’ai du sauter dans le vide pour pas que les flics me choppent…juste parce-que je venais de la cité et qu’il voulait me contrôler encore et encore. Ce morceau sonne vrai à mes oreilles, c’est ce que j’ai vécu. Quand j’ai découvert cet album à l’époque personne ne l’écoutait encore, on était très peu à s’y intéresser. 9a a mit un certain tempos avant qu’il explose vraiment. J’allais en cours sapé en casquette, jean et basket et mes écouteurs vissé dans mes oreilles tout en écoutant du Ministere Amer. Mythique même encore aujourd’hui il a toute sa saveur, tout son sens. Indémodable et intemporel. Hey les jeunes refaites-vous une santé et apprenez vos bases bordel il faut vous faire une culture musicale pour mieux apprécier le rap.

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