29/01/2013 – Kendrick Lamar, “Good Kid, pARIs City”

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kendrick-lamar-en-concert-au-bataclan-paris-le-29-janvier29/01/2013 – Kendrick Lamar, “Good Kid, pARIs City”

Véritable révélation de l’exercice 2012, avec certainement l’un des albums les plus denses de ces dernières années, la venue de Kendrick Lamar à Paris était incontestablement l’attraction majeure du mois de janvier 2013. Si le Californien avait déjà approché son public parisien en juillet dernier, lors d’un show étouffant dans cette même salle du Bataclan, de l’eau a coulé sous les ponts entre temps. A l’époque, son blaze résonnait déjà lourdement dans la sphère Hip Hop internationale, mais sa dimension est aujourd’hui tout autre. Alors qu’il était l’un des plus grands espoirs du rap américain, Kendrick peut désormais se targuer d’en être l’une des plus grandes stars. Period ! La raison tient en quelques mots : « Good kid mAAd City » ! L’idée n’est pas d’effectuer une énième chronique sur cet album, qui a déjà tant fait couler d’encre, mais juste de contextualiser la venue de notre artiste, pour mieux vous en décrire les enjeux. Une fois la date de son concert annoncée, inutile de vous préciser qu’en seulement quelques semaines, le Bataclan affichait fermement complet et que les attentes du public étaient élevées… du moins, les miennes ! Le natif de Compton a-t-il répondu aux exigences du public français ? Ma réponse dans les lignes qui vont suivre.
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=uIoNDmY3Umc]

Une première partie surprenante

ofeiMardi 29 janvier 2013, aux alentours de 19h30, je sors du métro Oberkampf et me dirige vers le Boulevard Voltaire, « Money trees » dans le AKG, histoire de me plonger un peu plus dans l’ambiance. Naturellement, je suis loin d’être le seul à me rendre au concert : une file d’attente assez conséquente commence à se former à l’entrée de la mythique salle du 11ème. Heureusement, le « trafic » est assez fluide et à peine quelques minutes plus tard, me voici à l’intérieur du Bataclan, en train d’essayer de commander à boire et surtout de rager car « ils ne prennent pas la carte et pourtant, je le savais… ». Passé ces mésaventures, place à la première partie, plutôt surprenante vue la programmation du jour : Ofei, un chanteur/producteur de soul anglais que je découvre totalement. La prestation est bonne, mais je ne peux m’empêcher de penser qu’avec la densité de la scène rap actuelle, un bon MC français aurait, à mon sens, largement fait l’affaire. Mais bon l’histoire est ce qu’elle est ! Une vingtaine de minutes plus tard, notre chanteur quitte la scène, avec le sentiment du devoir accompli, même si le public n’était que partiellement attentif. L’attente se fait longue avant que Mr. Lamar ne pointe le bout de son nez. De manière cyclique, le public gronde pour manifester son impatience. Mais rien n’y fait, l’artiste a décidé de faire grimper les enchères et de n’apparaître qu’une fois la foule au bord de la rupture.
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=sjShAE4sx6M]

Un show crescendo

kendrick lamarVers 21h, soit un peu plus d’une heure après la fin de la première partie, les lumières s’éteignent et le DJ de Kendrick s’installe discrètement derrière les platines. Sans plus attendre, il démarre (fort) en envoyant l’introduction de « The Art of Peer Pressure », dans une salle qui se métamorphose instntanément. C’est alors que l’intéressé apparait, coiffé d’une casquette LA du plus bel effet, mais si petit par la taille que j’avais, au départ, raté son entrée. Ponctuant le track en mimant des rafales de balles (« tu tu tu tu »), le MC rappelle à son public (chose qu’il doit faire à chaque apparition scénique) à quel point il est heureux d’être là : « It feels good to be mothafuckin’ back home ! ». Applaudissement général du Bataclan qui lui renvoie la pareille. Le show semble bien lancé, mais avant de proposer ses titres les plus récents, Kendrick se doit de jauger la foule du soir, en interprétant la musique qui lui a permis d’accéder là où il est actuellement : « Westide Right on Time », « Pnp », et surtout « Hol Up » qui aura le mérite de remuer un public, pour l’instant timide, si ce n’est tout devant dans la fosse. Face une audience de connaisseurs, notre rappeur peut se détendre. Moment idéal pour kicker son couplet du street banger « Fuckin Problems », tout en plaçant une dédicace à l’autre jeune étoile montante du rap game, son collègue Harlémite A$AP Rocky. S’en suit un long speech sur ses débuts et la mixtape qui l’a révélé au grand public (« Section.80 ») : un discours de choix pour introduire l’un des morceaux phares de ce projet , « ADHD ». Le refrain est repris à l’unisson par le public parisien, qui bien que difficile à bouger, semble conquis. « 8 doobies to the face… FUCK THAT ! ». Exactement de la même manière qu’en juillet (tout artiste possède sa propre routine), le fer de lance de TDE prend à partie une jeune fille du public, lui demande son prénom, cherche à savoir si le garçon qui l’accompagne est bien son copain, puis lui pose la traditionnelle question : « Are you faithful ? ». Les aficionados l’auront compris, notre MC est tout simplement en train d’annoncer le morceau « Tamy’s song », qui traite de l’infidélité avec un angle de vue très intéressant. La pression est montée d’un cran, tout comme le MC qui semble prêt à proposer ce qu’il sait faire de mieux niveau flow : « Look out for Detox », impressionnant de vitesse et de maitrise. Chose très plaisante, notre rappeur interprète ses morceaux de bout en bout et ne se contente pas d’un simple medley de ses meilleurs couplets. Cela pèsera certainement dans la balance lorsque je donnerai mon verdict sur sa prestation.
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Ce que tout le monde attend !

kendrick livePlace à ce que tout le monde attend, les tubes de « Good kid mAAd city », le fameux projet qui a embrasé les charts en 2K12. « Money Trees », qui à mon humble avis est le meilleur titre de l’album, lance les hostilités et à en croire la réaction du public, je ne suis pas le seul à avoir ce ressenti.  Après un rapide coup d’œil aux quatre coins de la salle, je me rends compte qu’il n’y pas que dans la fosse que les gens mouillent le maillot. On atteint très certainement le sommet du concert lorsque le très bouncy « Backseat Freestyle » est joué. Seul sur scène, sans backeur si ce n’est son DJ, Kendrick fait le boulot très proprement. Dommage que Sherane ne l’accompagne pas sur sa tournée, car il y a fort à parier qu’à ce moment précis, sa danse mythique (à 2min30) aurait été très bien accueillie ! Le public joue le jeu en appuyant  le refrain, mais surtout en fin de morceau, en donnant de la voix sur le légendaire « Biaaatch ! » bien racailleux. Les bpm s’adoucissent mais pas l’ambiance ; c’est l’heure du futur classique « Bitch don’t kill my vibe ». Pour la petite histoire, le Californien prendra (fictivement) à partie un spectateur juste après « Backseat Freestyle », lui demandera de se calmer si on l’a bousculé, car son public est ainsi : fantasque et dévoué. Il le priera de rester tranquille pour la suite, de ne pas… « kill his vibe » ! « Poetic Justice » maintiendra cette atmosphère plus posée jusqu’au nouvel ouragan : la première partie de « mAAd City ». Paris deviendra, en l’espace de deux minutes, « Trap City », tant la prod fera l’effet recherché. Quel dommage cependant de ne pas avoir poursuivi jusqu’à la deuxième partie du morceau, et son instrumentale West Coast capable à elle seule de briser des nuques… Kendrick se rattrape comme il peut en demandant à son DJ de passer le « Chapter 6 » de « Section.80 ». C’est surtout pour lui l’occasion de souffler et de distribuer des bouteilles d’eau aux sportives et sportifs des premiers rangs. La pause ne durera pas bien longtemps :  rebelote avec « The Recipe » puis « Blow my High ». Ce show peut finalement être résumé ainsi : un bel équilibre entre bangers et balades. K.Dot remercie son public pour son énergie, pour sa fidélité, mais surtout pour avoir accepté sa musique telle quelle. Il précise qu’il est d’autant plus fier d’être là où il en est aujourd’hui, car il n’a jamais courbé l’échine face à l’industrie et ne s’est jamais plié aux formats qu’elle impose. Pour preuve, le magistral « Swimming pools » qui n’a absolument rien d’un single et qui a pourtant tourné sur les radios des quatre coins du globe. A l’issue de ce track et dans l’hystérie générale, le rappeur quitte la scène pour mieux revenir et interpréter « Cartoon and Cereal » (le grand absent de l’album)… avant de disparaitre pour de bon.
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=mLkpk9YxlXM]

Une fin… brusque !

kendrickLe public ne sait pas comment interpréter ce nouveau départ. Est-ce une nouvelle invitation au rappel ? Oui ? Non ? Les lumières s’allument, comme pour répondre à mes questions, et viennent anéantir les espoirs des plus ambitieux… Pas de « Hiii Power », pas de « Ronald Reagan Era », pas de « The Spiteful Chant », qui figurent pourtant parmi ses masterpieces… Dans une moindre mesure pas de « No Make Up », ni de « Fuck your ethnicity ». Pas non plus de « Good Kid », ni de « Compton »… et forcément des regrets de voir le show si brusquement stoppé. Une heure pile poil. C’est beaucoup pour certains américains, mais trop peu pour un artiste de l’acabit de King Kendrick. Sa prestation était maitrisée et énergique de bout en bout, de nombreux tubes ont été joués et bien ! En revanche, les quelques absents suffisent à me laisser sur ma faim et à alimenter ce sentiment de mini-déception… Avec trois/quatre titres supplémentaires, je n’aurai trouvé absolument rien à redire. Malheureusement, tout ça me renvoie à un dicton pourtant bien connu des amateurs de concert : « Ne jamais trop attendre d’un show » !

Peace,

Renaud M.
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=in8dar_4Vc8]

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Renaud M.

J’écris sur les autres, pas sur moi.

4 comments

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  1. Dims 6 février, 2013 at 12:55 Répondre

    Ton article est nickel, traduit exactement mon ressentiment de cette soirée.
    C’est vrai que j’en attendais plus de lui.

    Au second départ, je pense que le public n’a pas assez rappelé K. DOT, comme ca avait été le cas au premier concert ! Il était revenu avec un Spiteful chant de tueur….

    Rien a dire, le premier concert était better, un privilège d’y avoir participé. Mais j’avoue que Backseat freestyle was amazing ………..

    J’espere que Kendrick parlera moins next time, il aurai pu poser 1 son sur toutes ces prises de paroles…. Un son qui aurait fait la dif sur le ressenti de fin de concert. Bref, en tous cas, ca reste du kendrick, on m’aurai di il ne reste que 30 minute, j’aurai payé quand meme !!

    Bon Reporting BB, Thx a lot! bless u

  2. aliluimeme 1 février, 2013 at 22:33 Répondre

    Spiteful Chant , Hiipower , R Reagan Era —– RIGAMORTIS !!!!
    Que de morceaux que j’aurai voulu entendre. Ma première réaction dès queles lumières s’allument damn il a rien donné (a peine 75 minutes?)!! Peut etre que le public n’encourageait pas assez (à mon goût)

    Le show de Londres était parait il d’une intensité bien plus élevée!
    Bref en tant que fan du gars Lamar, jsuis assez décu de sa prestation, mais ca en appellera de meilleures !

  3. Julien Pesquet 31 janvier, 2013 at 00:56 Répondre

    Très bon dossier spé Renaud.M. C’est toujours un plaisir d’avoir le ressenti de connaisseurs sur un artiste qu’on admire & écoute en boucle. Surtout pour les personnes comme moi qui habite un peut trop loin des salles bouillante de Paris. Bonne continuation & continu ce bon taf !! Bye!

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