09/10/2012 – Taipan « pète les tambours » à La Boule Noire

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 « J’suis de retour dans ma saloperie, ma gueule ! »

Amateurs de second degré, adeptes de punchlines salées, aficionados de rimes, tantôt sarcastiques, profondes ou déjantées, mais toujours bien ficelées, réjouissez-vous : Taipan est de retour, et pour de bon, semble-t-il !

Le double-album « Court-Circuit », dans les bacs depuis le 1er octobre, fait preuve d’un succès quasi-unanime auprès de la critique et du public. Après des années à œuvrer dans le rap game du « Nord-Est de la France, s’il en est », et environ un an après son transfert vers l’une des écuries les plus performantes du moment (Bomayé Music), Taipan est enfin en passe d’obtenir la reconnaissance qu’il mérite. Impossible de passer au travers, le « gros PAN » occupe le terrain (Can I Kick It, Planète Rap, Canal Street, etc.) avec la fraicheur et la verve d’un rookie, « ma p’tite gueule ». Inutile de revenir sur le contenu de l’opus qui vient de sortir, le colonel Franckie Small, C.E.O de votre site préféré, s’en est chargé. Pour ma part, je vous donnais mes impressions sur « Dans le circuit » en mai dernier. Et pour couronner le tout, Taipan himself nous faisait part de ses humeurs il y a moins de deux semaines, à quelques jours de la date fatidique, en direct-même de Baskets Blanches TV.


Vous l’aurez donc compris, nous suivons d’un œil (et d’une oreille) attentif la carrière du Meurthe et Mosellan. Lorsque notre rappeur a annoncé sa première date parisienne en tant que tête d’affiche, prévue une semaine après la sortie de son double-album, j’ai bien entendu réservé ma soirée. Qui plus est lorsque j’ai appris que le bordelais Sam’s assurerait la première partie, et que de nombreuses surprises avaient été concoctées (« On se prépare tout ça à base de sueur ! »).

9 octobre 2012, 20 h, direction La Boule Noire dans le quartier Pigalle pour le show de l’OVNI du rap français.

« Au mic’, c’est S.A.M.S »

Petite salle du Nord parisien, la Boule Noire n’est pas conçue pour attirer un millier de personnes, contrairement à sa voisine de palier, La Cigalle (dont l’entrée se trouve à seulement quelques mètres). Avec une capacité de quelques centaines de personnes, elle est en effet plutôt faite pour accueillir des shows intimistes, ce qui correspond parfaitement à la physionomie de la soirée. Aux alentours de 20h, une poignée de personnes attend sagement le coup d’envoi, en discutant ou en sirotant un verre, sur les banquettes qui encerclent la salle. Celle-ci se remplit petit à petit, jusqu’à ce que Sam’s, fer de lance du mouvement bordelais, fasse son apparition. Gravitant depuis un bon petit moment dans l’entourage de la Bomayé team, Sam’s sait parfaitement comment appréhender une scène. A peine arrivé, notre MC se charge, avec beaucoup d’aisance, de rameuter les plus timides jusque devant l’estrade, histoire de dynamiser l’ambiance. La salle n’est qu’à moitié remplie, mais qu’importe, le premier morceau est balancé : Sam’s exécute proprement son couplet du morceau « Gestlude part.1 », présent sur l’album « Noir Désir » de vous savez qui ! Ses traditionnels « Yeah Ma’ », agrémentés de passages a capella, viennent entrecouper ses morceaux, et donner plus de punch à son set. Entre les titres de la « Go Fast Mixtape », ceux de l’EP « Gestlude », et les couplets extraits de ses diverses collaborations, le répertoire du Sudiste est plutôt bien étoffé. Son flow, rapide et saccadé, réveille le public, surtout lorsqu’il rappe sur l’instru du tube « Niggaz in Paris » ou qu’il se réapproprie la prod de « Clique » (G.O.O.D. Music), pour y placer les lyrics du morceau « One Shot ». Bien qu’ayant rassemblé la plupart des gens au pied de la scène, Sam’s n’a pas l’air totalement satisfait et voudrait que tout le monde, sans exception, se rapproche… en particulier le jeune homme vêtu d’un sweat Adidas bleu, près de l’ingé-son… qui  en réalité n’est autre que S-Pi ! Logiquement, la SD Click (Lefty, Ricci et S-Pi) s’est déplacé pour soutenir ses amis. S-Pi s’exécute et s’incruste au premier rang pour donner de la voix lors du dernier morceau, « Déraciné », qui revisite « Bongo Bong » de Manu Chao. Sur cette note, Sam’s quitte l’estrade en remerciant le public de l’avoir fait transpirer, et annonce l’arrivée imminente de l’homme fort de la soirée, Taipan.

La Boule-Noire, « court-circuitée » !

Ambianceur officiel de Bomayé Music, DJ Myst s’installe confortablement derrière les platines et se charge de chauffer le public, avant l’arrivée du MC Lorrain. « Comment ça va, ma p’tite Boule Noire ? », entend-on depuis les coulisses. Taipan prend la température, avant d’investir une salle visiblement déjà acquise à sa cause. Si celle-ci n’est pas totalement pleine (un bon quart reste vaquant), elle s’est manifestement étoffée depuis la première partie. Ce qui est sûr, c’est que les gens qui se sont déplacés ne l’ont pas fait par hasard, et c’est un point très positif. Taipan déboule sur l’intro de « Dans le circuit », avec beaucoup d’énergie. Comme il le fait régulièrement dans ses sets, le rappeur alterne ses couplets sur des prods originales, ou sur des faces B : « NY State of Mind » de Nas, « 187 on an undercover cop » de Snoop & Dre, etc. Il voyage d’un bout à l’autre des Etats-Unis, histoire d’affirmer ses premières influences, tout en faisant glisser son flow nonchalant sur le beat. « Court-Circuit », « Lâchez votre comme », etc. Les fins de phase sont backées ici et là dans la fosse, ce qui confirme ma première impression : c’est la véritable fanbase de Taipan qui est présente ce soir. Une bonne partie du public l’attendait, l’instant « relaxation » arrive avec le morceau « Crame un gramme » (bande de chenapans !). Taipan demande au public de l’épauler dans sa lourde tâche (cramer un gramme…), et fera rouler une cigarette magique à un chanceux du premier rang… avant que des problèmes de son ne viennent perturber son programme. Plus d’instru ? Pas grave, Taipan demande au public de lui fournir le beat (claquement de doigt ou applaudissement, au choix). Vu que la situation tarde à se régler, le rappeur prend les devants et va chercher « l’apéro » : une belle bouteille de Jack Daniel’s, quelques gobelets et le voilà en train de trinquer avec ses fans, à la santé de « Court-Circuit ». La bouteille se perdra d’ailleurs dans le public… Intimiste vous avais-je dit ? Là, c’est plutôt carrément convivial !

Des guests à n’en plus finir !

Le son reprend, et première surprise, nous avons droit à un « Crame un gramme remix », avec l’homme que l’on nomme Zekwe Ramos. Grosse collaboration, qui je l’espère, sera disponible sur disque (ou mp3), car avec le talent et la folie de ces deux personnages, le résultat vaut le détour ! Forcément, le public est réchauffé par les artifices et ce qui se passe on stage, le titre « Le monde est flingué », très rythmé et tout en flow, tombe à pic ! S’en suivent « Bas les pattes », ponctué par « La Fièvre » de NTM, le plus ouvert « Cash Cash », ainsi qu’une impro orchestrée par le public : Taipan freestyle à partir de mots qui lui sont donnés sur le tas, histoire de montrer que sa palette de MC est très large. Après Zek’, place au second guest de la soirée, j’ai nommé Youssoupha, pour interpréter le titre « T’es parfait ». Grosse réaction du public, à la hauteur du morceau. Arrêt sur image lors d’une phase du lyriciste bantou : « T’as gagné les Rap Contenders et tu t’es pris pour Eminem… ». « Hé mais Youss, tu parles pas de moi quand même ? », lance Taipan en souriant. « Non, non, gros, je parle du babtou là, tu sais… ». Il est coupé dans son élan par Jazzy Bazz, qui fait une apparition surprise sur la scène de La Boule Noire. « De moi ? », lance le rouquin de L’Entourage. « Non pas du tout, je voulais dire le costaud… ». Eff Gee se ramène : « Qui ça moi ?! ». Youss bégaye : « Non, en fait c’est le renoi là… ». Blackapar, Lunik, Badsam et Stunner font leur entrée. Appel de détresse du futur MVP 2012 : « Lassana (MDLR : son manager), où es-tu ?! ».

« Tu veux dire le babtou que ton poulain a affronté ? », lance Stunner dans l’hilarité générale, avant d’enchainer : « Du bruit pour Deen Burbigo ! ». Belle entrée en matière pour l’un des plus sérieux candidats au titre de rookie de l’année. Les anciens adversaires, aujourd’hui amis, interprètent le morceau « Les gens parlent », extrait de « Dans le circuit ». Un gros featuring qui devrait certainement en appeler d’autres dans le futur, vu le respect qu’ont Deen et Taipan l’un pour l’autre.

Tout le monde quitte la scène pour revenir en force, après le stroy-telling « Bonne Année » : c’est l’heure du « freestyle légendaire ». Aux MC’s du Rap Contenders mentionnés plus tôt, s’ajoutent A2H,Driver et Sam’s, pour une session qui durera près de 15 minutes. Un grand moment  ponctué par un « genre historique », initié par Stunner et repris en chœur par toute la foule! Juste avant que les lumières ne s’éteignent, Youssoupha interprète « Menace de Mort » dans un moment d’euphorie : « Je fais ce que je veux, c’est Bomayé qui paye ! ».
[youtube http://www.youtube.com/watch?v=paRxHiO72jk&w=560&h=315]

Bilan

Une belle gestion des imprévus, une guest liste longue comme le bras, des morceaux efficaces et un public réactif… Taipan aura fait le taf pour sa « première » parisienne en tant que tête d’affiche. Voir toute une partie du rap français se déplacer pour lui apporter du soutien est très révélateur : le « Gros PAN », avec son style et sa personnalité uniques, s’installe confortablement dans le game, tout en ayant la bénédiction de ses pairs. Si le mot tourne, de plus grosses salles pour l’avenir devaient se profiler, et c’est tout le mal qu’on lui souhaite. En attendant, longue vie à « Court-Circuit », et que le blaze de Taipan continue à résonner à travers la France !

Peace,

Renaud M.

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Renaud M.

J’écris sur les autres, pas sur moi.

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